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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Toute l'Allemagne devient végétalienne : ce que cela signifie pour les agriculteurs

13 Octobre 2025 Publié dans #Allemagne, #Véganisme

Toute l'Allemagne devient végétalienne : ce que cela signifie pour les agriculteurs

 

Peter Laufmann, AGRARHEUTE*

 

 

© stock.adobe.com/Karl-Heinz Spremberg

Une étable sans bétail. Dans un monde végétalien, cet espace n'est plus nécessaire.

 

 

Les défenseurs des droits des animaux et les végétaliens (végans) exigent que plus aucun animal ne soit utilisé pour satisfaire les besoins humains. Si l'on pousse le raisonnement jusqu'au bout, cela aurait des conséquences bien plus importantes que le simple renoncement aux escalopes, au lait et au cuir.

 

 

Être végétalien (végan) ne signifie pas seulement se nourrir de fruits, de légumes, de légumineuses et de céréales. Le végétalisme est un mode de vie qui rejette toute forme d'utilisation des animaux et des produits issus des animaux. Les animaux ne doivent plus être exploités, maltraités. Les défenseurs des droits des animaux de Peta ont publié un document dans lequel ils réclament une Allemagne végétalienne. Ils y brossent un tableau qui est agréable à regarder.

 

À première vue, beaucoup de choses semblent justes. Certaines sont discutées depuis des années par les agriculteurs et leurs représentants. Certaines des revendications des défenseurs des droits des animaux pourraient changer radicalement le pays. L'exemple d'un agriculteur fictif avec une ferme fictive permet de mettre en évidence les opportunités et surtout les points critiques. Place donc à l'agriculteur Huber, qui passe du jour au lendemain au végétalisme. Et ce, de manière radicale. Dans notre exemple, il le fait de son plein gré. Voyons ce que cela implique pour ses terres et son exploitation.

 

 

Les vaches de l'agriculteur Huber disparaissent

 

Tout d'abord, voici le point de départ de cette expérience de pensée : M. Huber possède 100 vaches laitières, il loue 50 hectares de prairies et possède 60 hectares sur lesquels il pratique l'agriculture. Il possède également un pré avec 20 pommiers à haute tige derrière sa maison. Il vit avec sa famille, son chien, qu'il utilise également pour la chasse, et trois chats.

 

Grâce à ses vaches, il produit non seulement du lait, mais aussi du biogaz à partir du fumier. M. Huber gagne sa vie grâce aux revenus du lait et des productions de ses champs. Pour simplifier, cela représente 1.000 euros par an et par hectare, soit 60.000 euros qu'il tire de ses champs.

 

À cela s'ajoute le revenu provenant de l'élevage laitier : un agriculteur peut par exemple recevoir 40 centimes par litre de lait de la laiterie. S'il produit 30 litres par vache et par jour et qu'il possède 100 vaches, cela représente 1.200 euros par jour, soit 360.000 euros par an pour une durée de lactation de 300 jours. Pour simplifier, nous ne tenons pas compte des coûts.

 

 

Plus de bétail, plus d'animaux domestiques

 

Il se reconvertit. Dans ce scénario, personne n'a besoin de tuer ses vaches. Elles disparaissent tout simplement. Tout comme le chien, les chats et d'ailleurs aussi les abeilles qui pollinisent ses pommiers. Tous rendent finalement service à l'agriculteur Huber d'une manière ou d'une autre. Le sort du chien et des chats l'attriste, mais il faut être cohérent.

 

Et les vaches ? Son bilan climatique s'améliore soudainement, car les vaches sont considérées comme un facteur du changement climatique. Et ce, non seulement en raison des émissions de méthane, mais aussi de la production des aliments pour animaux, du déboisement, etc. Selon Peta, l'abandon de l'élevage pourrait permettre d'économiser au moins 113 millions de tonnes d'équivalent CO2 par an, ce qui correspondrait à environ un septième des émissions de l'Allemagne.

 

 

Sans bétail, le paysage change

 

L'étable est désormais vide. Il reste alors les 50 hectares de prairies dont M. Huber n'a plus besoin. Il n'a plus à payer le loyer. Jusqu'à présent, le jeu est rentable pour M. Huber. Il ne touche certes plus d'argent pour le lait, mais il n'a plus à débourser 10.000 euros de loyer (200 euros par hectare et par an). Il n'a plus besoin de la faucheuse non plus, il peut la vendre [ma note : mais personne ne la lui achètera dans un scénario de conversion généralisée]. Les prairies ne sont de toute façon pas bien situées. Elles se trouvent à flanc de colline, en partie entre deux zones forestières. Aucun nouvel agriculteur ne souhaite les exploiter. Ces terres ne sont pas rentables pour l'agriculture arable.

 

Elles redeviennent donc des forêts au fil des années, des décennies et des siècles. Cela entraîne la disparition d'habitats abritant des espèces qui leur sont propres. En Bavière, par exemple, malgré l'étalement urbain dans les plaines, près de 3.000 kilomètres carrés de nouvelles forêts ont vu le jour au cours des 100 dernières années sur d'anciennes prairies, pâturages et champs. Personne n'avait plus besoin des alpages et des prairies de montagne, alors les arbres ont repris possession des terres. Et de nombreuses prairies, même dans les régions plus plates, ne présentent aucun intérêt pour l'agriculture, le pâturage étant la seule utilisation possible. Il est très probable que le paysage changerait considérablement, que de nombreuses zones ouvertes et leur inventaire d'espèces disparaîtraient et que la forêt gagnerait du terrain.

 

Oui, mais M. Huber pourrait continuer à faucher ici, non ? Mais pourquoi le ferait-il ? Si l'herbe n'est pas exploitée, cela signifie du travail supplémentaire. Et quelqu'un devrait payer pour cela. L'éleveur Huber deviendrait alors le gardien du paysage Huber. Il faudrait également éliminer les déchets de fauchage si l'on veut maintenir le statu quo. Cela signifie les transporter et les valoriser d'une manière ou d'une autre. Si personne ne les mange. Bien sûr, la nature peut s'épanouir plus librement dans ce cas, mais une société doit être prête à payer le prix d'un paysage moins exploité. Tout comme le prix d'une agriculture qui exploite le paysage, pourrait-on ajouter.

 

 

Les végétaliens réclament la suppression des animaux

 

De plus, les vaches ne sont pas les seuls animaux de la ferme de M. Huber. La race que M. Huber élevait n'existerait plus. Tout comme toutes les autres races d'animaux de rente, tous les élevages et toutes les adaptations aux besoins et aux utilisations. Plus de moutons pour les pulls, ni pour l'entretien des digues ou des paysages, plus de poules ni de pigeons, les œufs ne sont plus nécessaires et les lettres circulent de toute façon par voie électronique à travers le monde. Ne nous leurrons pas : l'élevage est une forme de culture. On peut le critiquer, le modifier, mais sans élevage, il manquera quelque chose.

 

Le concept végétalien s'applique également à un autre service que les animaux fournissent « contre leur gré » : polliniser les fleurs, récolter le nectar et produire du miel. L'abeille mellifère n'a plus sa place dans cette idéologie.

 

Bien sûr, les abeilles sauvages, les syrphes et autres insectes ainsi que l'autopollinisation peuvent remplir une partie de cette tâche, mais l'abeille mellifère est essentielle au rendement de nombreuses cultures. Dans le cas du colza, par exemple, la plante produit 1 à 10 graines par silique sans abeille, mais 15 à 30 graines par silique avec la pollinisation des abeilles. Cela peut représenter un rendement supplémentaire de 1.000 kilogrammes par hectare. Pour les framboises, la récolte peut être réduite de 80 % sans abeilles. Et pour les pommes, sans abeilles, seule une fleur sur dix donne un fruit. Dans ce cas, l'entretien des pommiers à haute tige ne vaut de toute façon pas la peine pour l'agriculteur Huber.

 

Il y a aussi le chien de chasse. Il attire l'attention sur un autre aspect lorsque le véganisme est la doctrine officielle. Sans chasse, il faut un certain temps pour que l'équilibre naturel se rétablisse. M. Huber aura fort à faire pour éloigner les sangliers, les oies et les chevreuils de ses champs.

 

Les chats ont également disparu, et avec eux les chasseurs de souris. La lutte contre les nuisibles n'existe plus. Qu'est-ce que cela signifie pour l'agriculture de M. Huber ? Elle change de toute façon, car au lieu de réutiliser une partie du lisier de ses vaches dans ses champs, il doit désormais acheter davantage d'engrais minéraux. Mais comment va-t-il faire dans un idyllique environnement végétalien envahi par des insectes, des papillons et des mouches affamés ? Et les campagnols ? Et que dire des insectes et des vers qu'il tue en labourant ses champs ? L'amour végétalien pour les animaux prend-il fin lorsque ceux-ci ne sont plus mignons ?

 

 

Végétalien convaincu, l'agriculteur abandonne

 

C'est maintenant que M. Huber se rend compte que les conséquences le dépassent. De toute façon, il ne peut plus se le permettre. Le manque à gagner lié à l'abandon de l'élevage, les coûts des engrais, du matériel, de la protection des cultures : avec 60 hectares de terres agricoles, il lui est difficile de nourrir sa famille.

 

En conclusion, la cohérence exigée par Peta et d'autres a une série de conséquences. Cela concerne le paysage culturel, la culture et les animaux eux-mêmes. Une société végétalienne ne détient plus d'animaux. Pas d'agriculture, pas d'animaux de ferme, pas de zoos. Les animaux sauvages sont laissés tranquilles. Et s'ils s'approchent trop près, ils sont tout au plus effrayés ou repoussés.

 

On pourrait entrer davantage dans les détails sur tous ces points, et même débattre de leurs effets respectifs. Le changement climatique joue ici un rôle, tout comme la fertilisation, qui modifie les surfaces, et le fragile équilibre de la nature. Mais en fin de compte, une société végétalienne cohérente n'est pas la seule solution pour atteindre le bonheur.

 

_______________

 

* Peter Laufmann travaille comme chef de texte à la rédaction d'AGRARHEUTE. Le rédacteur et auteur travaille depuis de nombreuses années dans le journalisme environnemental et scientifique. Son intérêt porte régulièrement sur le grand écart entre l'utilisation et la protection des ressources naturelles.

 

Source : Ganz Deutschland wird vegan: Was das für Landwirte bedeutet | agrarheute.com

 

 

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