Où en est-on avec le cuivre pesticide ?
(Source)
Je ne suis sans doute pas le seul à ne pas être au clair sur l'évolution récente s'agissant des autorisations de mise en marché et d'utilisation des produits fongicides à base de cuivre, gérées par l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES). Il est possible que les décisions pénalisent les filières « bio » qui sont dépendantes de ces produits, certaines lourdement comme la viticulture.
Voici en tout cas deux billets « pêchés » sur LinkedIn.
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Patrick Hautefeuille, sur LinkedIn*
L’@Anses_fr vient de retirer 19 fongicides à base de cuivre (et restreindre 8 autres), ne laissant que deux produits encore autorisés, sous conditions si strictes qu’ils en deviennent pratiquement inutilisables.
👉 Ces décisions s’appuient sur des évaluations de risque environnemental, notamment pour la faune aquatique et les organismes du sol : le cuivre est un métal lourd, non biodégradable, qui peut s’accumuler dans les sols à long terme.
👉 Problème : aucune alternative crédible n’existe aujourd’hui pour protéger la vigne bio du mildiou.
Résultat : une filière entière se retrouve sans solution technique viable, alors qu’elle repose sur ce levier depuis des décennies.
Face à cela, la Task Force du cuivre – autrement dit le collectif de défense du cuivre agricole (fabricants, instituts techniques, syndicats) – a déposé un recours gracieux contre la décision de l’ANSES.
🔹 Le dilemme est connu, mais jamais tranché :
➡️ Comment concilier la protection de l’environnement à long terme et la survie immédiate des pratiques biologiques ?
➡️ Faut-il interdire avant d’avoir trouvé mieux ?**
Une interdiction qui pénalisera l’ensemble de la filière bio : l’Anses retire 19 fongicides contenant du cuivre utilisés pour lutter contre le mildiou de la vigne
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* Auto-entrepreneur retraité.
** Ma réponse à ce billet :
« Il faut commencer par le commencement : l'agriculture dite "biologique" n'est pas une vache sacrée.
Partant, la dernière question est incongrue dans ce cas précis : « Faut-il interdire avant d’avoir trouvé mieux ?" Car nous avons trouvé mieux : les produits de protection des plantes de synthèse !
La question précédente est tout aussi incongrue. Il devrait être inconcevable de vouloir "concilier la protection de l’environnement à long terme et la survie immédiate des pratiques biologiques" : priorité à l'environnement, en particulier s'agissant du cuivre.
J'ajouterai qu'il existe une autre voie, certes longue ou très longue à mettre en œuvre : les cépages résistants au mildiou.
Le génie génétique moderne nous permet sans aucun doute de transformer les cépages traditionnels qui font nos AOC, AOP, nos traditions et... notre plaisir pour les rendre résistants. Les idéologues du "bio" s'y opposent (et je crains que les dirigeants et chercheurs de nos instituts aussi).
Il est temps de faire un peu de ménage. »
Source : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7381942105524572160/
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Faut il faire un choix entre candidature à la présidentielle et la sauvegarde des producteurs agricoles ?
Michel Demon, sur LinkedIn*
Visiblement, le choix est vite fait : présidentielle bien sûr.
L’incertitude sur le budget 2026, sur un gouvernement de plein exercice est l’occasion pour les uns et les autres de se positionner en vue de la prochaine présidentielle, à mots couverts bien entendu, mais qui laisse la désagréable impression que les préoccupations des Français sont secondaires.
Pourquoi alors, l’agriculture serait-elle à traiter différemment de l’ensemble des Français ? Parce qu’il faut une réponse urgente au risque de démontrer que les agences non élues feront la politique de demain (et donc inutile de prendre les mesures du costume présidentiel). Le cas précis : les AMM du cuivre.
Interdictions et restrictions drastiques par l’ANSES sont intervenues cet été, plongeant dans un très sérieux embarras les viticulteurs, arboriculteurs et particulièrement en Bio, les maraîchers à un degré moindre et (c’est extrêmement secondaire) les jardiniers du dimanche.
Pour faire simple : le cuivre (métal lourd) est dangereux pour l’environnement donc on l’interdit (on est pleinement dans le rôle de l’ANSES) sauf quelques spécialités pour des raisons économiques (et là l’ANSES sort de son rôle) dont on restreint les conditions d’utilisation à un niveau problématique.
Après le déchaînement sur l’acétamipride, comment faut-il interpréter l’assourdissant silence des ONG et des partis politiques (Bayrou était encore en poste, Lecornu pas encore nommé ni démissionnaire précoce) ?
Pour ce qui est de la droite et de l’extrême droite la position est assez simple car conforme à leur position sur l’acétamipride : pas d’alternative = maintien de l’autorisation. Mais visiblement, le sujet n’occupe pas le cœur de l’actu donc… Pas très glorieux.
Au centre les positions sont contrastées selon l’inclinaison de l’élu. Pas mieux.
Au NFP, et bien entendu à EÉLV, il est bien complexe de prendre position : impossible de désavouer l’ANSES après avoir accusé le gouvernement de ne pas respecter l’indépendance de l’agence, difficile de ne pas apporter son soutien aux agriculteurs Bio, ce qui peut expliquer le silence radio. Néanmoins, le silence de Benoît Biteau reste une énigme en tant qu’agriculteur BIO alors que s’est tenue le 1er octobre une réunion sur la pétition contre la loi Duplomb.
Bref, circulez, rien à voir, il y a beaucoup plus important politiquement.
Reste le recours gracieux de la Task Force Cuivre (quelle horreur cette dénomination). Un recours gracieux, c’est un recours auprès de l’autorité administrative décisionnaire. Difficile d’imaginer le Directeur de l’ANSES désavouer ses équipes après avoir mis en balance sa démission sur l’acétamipride, sans faire de sa position une prise de position politique non compatible avec sa position.
Visiblement, aucune agriculture ne vaut mieux qu’une ambition présidentielle.
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* « Fort de 15 ans d’expertise au service des filières agricoles, j’identifie les signaux faibles et les paradoxes comportementaux. J’accompagne l’intégration de ces insights complexes dans votre prospective stratégique. »
Source : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7382028706120241152/
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