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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Carte interactive pour l'eau potable : beaucoup de bruit et une dérive !

23 Octobre 2025 Publié dans #Générations futures, #critique de l'information

Carte interactive pour l'eau potable : beaucoup de bruit et une dérive !

 

 

 

 

Un argumentaire de vente alléchant – avec un appel à dons –, des relais modérés dans les médias, complaisants dans Le Monde et, au final...

 

 

Le problème des entités incorporées sous forme d'associations loi 1901 – souvent présentées comme des « organisations non gouvernementales » (ONG) – faisant commerce de la peur est simple : il faut régulièrement relancer les donateurs – convaincus ou naïfs, ou encore intéressés dans le cadre de relations à bénéfice mutuel – pour alimenter le fonds de commerce en espèces sonnantes et trébuchantes. Et donc produire régulièrement un nouveau discours anxiogène, un autre sujet anxiogène ou une autre matière à revendications et pétitions.

 

 

Une nouvelle opération, un nouveau site web... en co-production

 

Générations Futures vient donc de produire – avec une entité dont nous découvrons en même temps l'existence, Data for Good – un « un outil inédit pour en savoir plus sur les polluants chimiques présents dans votre eau du robinet » produit sur un site dédié, « Dans mon Eau ».

 

Prenons-le de Data for Good :

 

« Dans mon eau est un projet porté avec Générations Futures, une association engagée dans la lutte contre les pollutions chimiques. Le projet vise à rendre compréhensibles et accessibles les données techniques sur la qualité de l’eau, afin d’informer les citoyens et les décideurs sur l’impact des polluants chimiques, comme les pesticides, leurs métabolites, les PFAS, et autres substances toxiques.

 

En 2023, une personne sur quatre en France a consommé une eau contaminée par des pesticides, illustrant l’urgence d’agir face à ce problème croissant. Cependant, malgré l’existence de bases de données publiques comme Naïades et Ades, ces informations restent dispersées, complexes et peu compréhensibles pour le grand public.

 

Ce projet développe une carte interactive qui centralise ces données. Elle est accessible à tous et simple d’utilisation. L’objectif est de sensibiliser les citoyens, de permettre aux collectivités locales de mieux comprendre les enjeux sur leur territoire, et d’encourager des actions concrètes pour réduire la pollution de l’eau. »

 

Grandiloquence plus anxiogenèse... Deux mamelles de l'activisme...

 

La liste des « livrables » est impressionnante :

 

  • Carte interactive web affichant les polluants par zone géographique.

  • Système de recherche par commune pour consulter les données locales.

  • Visualisation intuitive des dépassements de normes avec un code couleur simple et impactant.

  • Pipeline de données automatisé pour agréger et mettre à jour les informations en temps réel.

 

 

Des cartes interactives, et des explications de bonne facture

 

Précipitons-nous donc sur le site Dans mon Eau...

 

 

 

 

L'élément principal, ce sont des cartes interactives pour l'ensemble des polluants, avec des données sur cinq niveaux pour six années :

 

  • Aucun polluants recherché dans les 12 derniers mois (dernière analyse disponible pour 2025 : 29 août) ;

  • Aucun polluant quantifié ;

  • Au moins un polluant quantifié sans dépassement des limites de qualité ;

  • Au moins un polluant dépassant les limites de qualité (eau non conforme) ;

  • Eau devant être déconseillée à la consommation pour tout ou partie de la population (d'après les recommandations du Ministère de la Santé ou du Haut Conseil de la Santé Publique).

 

Il y a aussi des cartes pour des polluants plus spécifiques.

 

Et cela vient avec des explications accessibles directement ou en navigant dans les pages (les développeurs se sont fait plaisir). Ces explications sont bien faites et bienvenues – surtout compte tenu de l'indigence des informations livrées par les services officiels.

 

Ainsi :

 

« 2 types de limites considérées

 

Les niveaux de polluants sont comparés à 2 types de limites :

 

  • Des limites de qualité fixées par la réglementation : si ces limites sont dépassées, l’eau est déclarée “non conforme”.

    Un dépassement d’une limite de qualité indique une dégradation de la qualité de l’eau mais ne signifie pas forcément qu’il y ait un risque sanitaire.

     

  • A des limites sanitaires recommandées par les autorités de santé qui correspondent à la concentration maximale d’une substance ne présentant pas de risque pour la santé. Si une limite sanitaire est dépassée, l’eau ne devrait pas être consommée »

 

 

Et voici ce que l'on obtient

 

Le mélange du bon et du « moins bon » est évidemment un procédé classique.

 

Quand vous avez bien erré sur la carte pour trouver le réseau recherché, ou que vous avez trouvé l'onglet en haut à droite qui permet de saisir une adresse, vous pouvez obtenir ce genre d'information :

 

Ou encore :

 

 

 

Bref, il n'y a pas de quoi s'extasier à ce stade. Et à condition que ce soit juste (dans le cas des Moises, on n'a pas recherché les nitrates, mais les nitrites, à la date indiquée (le 2 juillet 2025)) ; mais il y a tout lieu de croire que les erreurs sont rares.

 

Un problème réside dans l'interprétation.

 

Savoir par exemple qu'on a trouvé « des pesticides » dans la région louhanaise le 21 mai 2025 ne nous avance pas beaucoup. En fait, selon les données – de référence – de Sante.gouv.fr, il s'agissait du métabolite chlorothalonil R417888 (0,048 µg/L), du polluant persistant atrazine déséthyl (0,006 µg/L) et de la 2-aminosulfonyl-N,N-dimethylnicotine (0,015 µg/L). Dans les trois cas, la limite de qualité fixée administrativement à 0,1 µg/L s'applique. Le total des pesticides analysés s'établissait à 0,069 µg/L pour une norme de qualité (qui n'est pas une norme de potabilité) de 0,5 µg/L. On a aussi trouvé le métabolite ESA métolachlore à 0,163 µg/L (pas de norme de qualité).

 

Ce site apporte certes des éléments intéressants, particulièrement au regard des sites officiels dont la convivialité est toute... administrative. Toujours à condition qu'ils soient justes.

 

Mais il est rustique et contestable. Ainsi, les codes couleurs des « bilans des non-conformités » n'ont guère de sens, le pourcentage des analyses non conformes dépendant du nombre d'analyses, de leur date, de leur ampleur (les pesticides par exemple ne sont pas analysés à chaque prise) ou de la localisation de la prise d'échantillon.

 

C'est notamment le cas pour le chlorure de vinyle monomère (CVM) qui est relargué par des canalisations en PVC vieillissantes : le problème est localisé et, quand il existe, il peut être permanent ou récurrent. Indiquer que 17 % des analyses étaient non conformes dans la région louhanaise en 2025 (une sur six... ce qui pose le problème de l'emploi de pourcentages pour des nombres aussi petits) n'a guère de sens. C'est certes expliqué... mais il faut lire ! On peut aussi trouver... à condition de consulter toutes les cartes.

 

Le résumé pour l'ensemble des polluants considérés et pour le CVM.

 

 

L'approche générale qui a été choisie laisse aussi à désirer : on a sans doute cherché à faire peur plutôt qu'à rassurer. Pourquoi le jaune correspond-il à « Au moins un polluant quantifié sans dépassement des limites de qualité » sur la carte générale et la carte pour les pesticides – pourquoi n'a-t-on pas produit des cartes avec le nombre de polluants ? L'information était facilement disponible. On pouvait aussi préciser les concentrations,

 

 

Les faits sont têtus : des données plutôt rassurantes

 

Mais, sauf pour les hypocondriaques et, bien sûr, les activistes, ces cartes sont plutôt rassurantes : les optimistes noterons la prédominance du jaune, avec des taches non négligeables de vert (aucun pesticide quantifié, malgré la sensibilité des méthodes d'analyse), sauf dans le nord de la France, et très peu de taches rouges.

 

Le jaune, et même le vert, se trouvent aussi dans les régions qui font l'objet d'une suspicion d'excès de cancers pédiatriques, ou dans celle de l'Ain qui a alimenté la polémique des « bébés sans bras ».

 

Voici la carte pour les pesticides :

 

 

 

 

Dans les médias...

 

Sans surprise, l'Agence France-Presse (AFP) a publié une dépêche le 16 octobre 2025, reprise par exemple par France24 sous le titre : « Deux ONG publient une carte de France des polluants dans l'eau du robinet ».

 

C'est, sans surprise, complaisant, mais ni obséquieux ni outrancier.

 

L'article souligne que plus de 87 % des unités de distribution d'eau sont conformes aux réglementations sanitaires ; mais « ce chiffre est "à interpréter avec prudence", car il exclut les métabolites (molécules issues de la dégradation des pesticides) classés comme "non pertinents" par les autorités sanitaires). »

 

Il y a aussi un couplet sur les PFAS ou « polluants éternels » dont le suivi serait inégal... le nouveau cheval de bataille pour l'activisme.

 

 

...et Le Monde...

 

Pour le journal qui fut de référence, Le Monde, c'est : « Une carte interactive inédite permet de connaître les polluants présents dans l’eau potable distribuée à chaque adresse ».

 

C'est problématique dès le titre... En chapô :

 

« Les associations Générations futures et Data for Good ont intégré dans une même carte interactive les données sur la présence de pesticides, nitrates, PFAS, ou CVM dans l’eau distribuée en France métropolitaine. Elle révèle des inégalités territoriales et des défauts d’information des populations. »

 

C'est de Mme Raphaëlle Aubert et... M. Stéphane Foucart.

 

Petit extrait :

 

« La France a été mise en demeure par la Commission européenne, en juillet, de fournir au public "les informations obligatoires" sur la qualité de l’eau du robinet, mais à défaut d’action de l’Etat, ce sont Générations futures et Data for Good qui ont accompli cette tâche. Les deux associations ont réalisé un important travail de collection et d’agrégation des données officielles [...] »

 

« ...accompli cette tâche » ? Avec les données officielles librement accessibles ! Quel culot !

 

 

Le début d'un rapport d'analyse officiel, accessible à partir d'ici.

 

Il y a aussi :

 

« […] Le dépassement des seuils de qualité, des valeurs réglementaires de précaution censées exclure les risques sanitaires, n’entraîne pas nécessairement d’effets délétères, tandis que le franchissement des seuils sanitaires – souvent bien plus élevés – indique un risque potentiel en cas d’exposition chronique. [...] »

 

Quel charabia ! C'est à se demander si ce télescopage des notions de norme de qualité et de norme sanitaire (la valeur toxicologique de référence – VTR) n'est pas volontaire.

 

 

...et sur le site Dans mon Eau...

 

Une confusion similaire est cependant entretenue sur le site Dans mon Eau.

 

Voici par exemple les « conclusions sanitaires » pour l'analyse du 2 juillet 2025 de l'unité de Breux Tillières dans l'Eure :

 

« Eau d'alimentation non conforme aux exigences de qualité fixées pour la terbuthylazine LM6 et pour le chlorothalonil R417888. La valeur sanitaire transitoire de la terbuthylazine LM6, fixée à 1 µg/L, n'est pas dépassée. La valeur sanitaire transitoire du chlorothalonil R417888, fixée à 3 µg/L, n'est pas dépassée. Cette eau peut être consommée sans restriction d'usage. Un contrôle renforcé est mis en place pour suivre l'évolution de ces paramètres. »

 

 

Et voici, ci-contre, ce que cela devient sur Dans mon Eau :

 

« Eau devant être déconseillée à la consommation en raison de la présence de pesticides [...] »

 

« Anxiogenèse » avions-nous écrit ci-dessus...

 

Bien sûr, on n'aura pas oublié, ici ou là, de renvoyer l'ascenseur aux généreux donateurs du biobusiness.

 

 

Et, bien sûr aussi, cela vient avec une invitation à signer une pétition ou à écrire aux autorités. Sans compter l'appel à contribuer au financement de l'opération et aux dons.

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