Les scientifiques doivent mieux communiquer... mais communiquer quoi ?
À propos d'une tribune de MM. Gilles Boeuf et Marc-André Selosse dans le Monde
« Les interactions entre scientifiques, politiques et citoyens doivent être reconstruites »... c'est le titre d'une tribune des biologistes Gilles Boeuf et Marc-André Selosse publiée le 26 août 2025 par le Monde – « Reconstruisons les interactions entre scientifiques, politiques et citoyens » dans l'édition papier. Pourquoi « reconstruire » ? Et pour quoi reconstruire ?
En chapô dans la version électronique :
« Après les récents reculs politiques sur la santé et l’environnement, les biologistes Gilles Bœuf et Marc-André Selosse appellent, dans une tribune au « Monde », à mieux former les scientifiques à raconter leurs découvertes et à placer le vivant et l’environnement au cœur des enseignements scolaires. »
Dans la version papier, c'est :
« Les biologistes Gilles Bœuf et Marc-André Selosse appellent à mieux former les scientifiques à raconter leurs découvertes et à enseigner autrement le vivant à l'école. »
Ces textes ne sont pas un modèle de clarté. Nous supposerons que leur fin se rapporte à l'appel des deux auteurs et non à la formation des scientifiques. Ceux-ci, du reste, ne s'occupent pas tous du vivant – et de l'environnement (mot magique...) –, ni de l'enseignement scolaire.
Dans la version papier, le mot clé est sans nul doute « autrement ». Mais la tribune est si méandreuse...
Sa conclusion se veut sans doute philosophique :
« Les sciences n'ont pas vocation à gouverner la société, mais celle-ci ne saurait être menée sans science. Demain, une vulgarisation repensée doit rencontrer une génération plus réceptive. Car il n'y a pas de liberté sans évaluer les conséquences des choix : la liberté n'est peut-être, d'ailleurs, que le choix des conséquences... grâce aux sciences. »
Partons d'un constat allégué, dystopique, figurant au milieu du texte :
« Aujourd'hui, les scientifiques sont cantonnés dans la réponse aux journalistes, face aux catastrophes. Et quand ils répondent à ceux qui nient leurs travaux, ils ne peuvent gagner car, les répliques aux rumeurs le prouvent, les fake news circulent mieux que les démentis. […] »
Vraiment ? Il y a des scientifiques qui ont quasiment table ouverte dans certains médias ; cette tribune peut être prise pour preuve ! Et ce n'est pas vraiment pour populariser leur science, mais plutôt leurs opinions ! Des opinions qui, du reste, « circulent mieux » que les réponses argumentées... Pour des raisons diverses telles que la supériorité de l'émotion sur la raison en termes de force de conviction, la discrétion des rationalistes dans le débat public, la loi de Brandolini, ou encore les lignes éditoriales des médias.
Mais on ne peut qu'être d'accord avec la suite – avec une réserve sur le mot « imaginaire » :
« Popularisons mieux, en amont des débats, ce que les sciences promettent à la société. Le rendu des travaux de recherche doit activement et positivement contribuer aux imaginaires collectifs.
Vulgariser n'est pas dire ce qu'on sait, mais ce que l'auditeur ne sait pas. [...] »
Et voici donc une des préconisations :
« [...] Un entraînement adapté des scientifiques aux médias est requis. En particulier pour insérer inextricablement dans les réponses aux questions ce qu'on souhaite dire soi-même, comme les politiques le font ; pour rendre désirables les alternatives qu'offrent les sciences, comme les publicitaires savent le faire. Le propos porterait mieux. »
La comparaison avec les politiques et les publicitaires est un beau sujet de devoir de philosophie...
Bref, « [l]es sciences n'ont pas vocation à gouverner la société » selon la conclusion de la tribune, mais la vulgarisation doit inclure les opinions personnelles et la description des alternatives « désirables » (sans doute un euphémisme...).
Bref aussi, on s'aventure vers une sorte de science prolétarienne ou de lyssenkisme, de sinistre mémoire, appelé à promouvoir les dogmes « environnementaux ».
« En face, l'auditoire doit se saisir du message. Formons les prochaines générations à ne pas réitérer ce que la nôtre fait de sa santé et de son environnement. Mais comment peut-il en être autrement, avec des fondamentaux réduits à lire, écrire et compter ? La formation au vivant et à l'environnement doit devenir plus centrale. [...] »
Quels doivent être les « fondamentaux » ? Nouveau sujet de devoir de philosophie...
Formattons donc – oups ! Formons ! – re-oups ! n'est-il pas dit dans la conclusion que « [l]es sciences n'ont pas vocation à gouverner la société » ?
Bref, l'argumentation relève du chat de Schrödinger...
Il faut revenir à la mise en route, très fleurie :
« Les fleurs des sciences du vivant et de la santé sont flétries par de récentes décisions politiques. [...] »
Hélas pour les auteurs de la tribune, après des années d'orgies « environnementales » aux niveaux tant français qu'européen, des décideurs politiques ont pris conscience des délires et ont arrêté la course infernale vers le choc frontal contre le mur des réalités.
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Gilles Bœuf et Marc-André Selosse listent leurs griefs et, dans le même temps, nous indiquent implicitement ce que devrait être à leurs yeux la vulgarisation et la « vérité » :
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Revenir sur les zones à faible émission (ZFE) serait nier « les 40 000 décès par an dus à la qualité de l'air, selon Santé publique France ».
Outre que ce chiffre est très contestable et contesté, et que, manifestement, les ZFE d'un nombre limité de centres urbains ne seraient au mieux qu'une réponse très limitée au problème, on voit mal comment la décision politique implique la négation du fait allégué.
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Revenir sur la loi « zéro artificialisation nette » serait nier « la perte annuelle de surfaces agricoles [...] » et promettrait « des inondations faute de sols perméables lors de pluies extrêmes ».
De manière similaire, les liens allégués sont très audacieux.
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La loi Duplomb « conserve[rait] les pesticides si aucune alternative n'existe, alors que les agriculteurs souffrent de leur toxicité (selon Agrican, en comparaison de la population générale, ils ont + 54% de lymphomes plasmocytaires, + 20% de myélomes et + 13 % de Parkinson à 55 ans) ».
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C'est faux pour la première assertion, le Conseil Constitutionnel ayant censuré la disposition en cause plus de deux semaines avant la publication de la tribune.
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Et c'est au mieux fallacieux pour la deuxième : d'une part, les agriculteurs – selon précisément AGRICAN – sont moins atteints par le cancer que la population générale ; d'autre part, les statistiques d'AGRICAN portent sur une cohorte d'agriculteurs et autres affiliés à la MSA sans distinction d'activités ; et, enfin, les statistiques ne se rapportent pas spécifiquement aux utilisateurs de pesticides et ne font pas de lien entre cancers et utilisation de pesticides.
Avouez que cela fait beaucoup ! Les auteurs de la tribune pensent toutefois avoir trouvé une échappatoire :
« Certes, il est difficile de limiter la circulation automobile, l'utilisation de pesticides ou l'artificialisation liée au développement local : mais c'est dans l'accompagnement de ces dispositions qu'on attend le politique. »
C'est un sophisme de très mauvais aloi : cet « accompagnement » est prohibé par l'intransigeance des griefs formulés contre les décisions politiques critiquées.
Mais l'important est que la vulgarisation et de l'enseignement appelés de leur vœux devraient inclure ce genre de réponses et promouvoir leurs « alternatives désirables »... Une forme de lyssenkisme ou de science prolétarienne...
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(Source)
La Société Française d'Énergie Nucléaire s'est penchée sur le projet de nouveau programme de physique-chimie au collège. Que faut-il penser lorsque la liste des énergies primaires omet de citer le gaz et, en revanche, inclut l'hydrogène ? Lorsque, sur la question des enjeux environnementaux liés à l’épuisement des ressources, l’exemple choisi (avec les terres rares) est celui de l’uranium ?
En réalité, l'enseignement est déjà aujourd'hui pollué par l'activisme « environnemental », serait-ce du fait des programmes ou des maîtres qui ont eux-mêmes biberonné cet activisme... ou encore par le prosélytisme qui s'exerce par le biais des menus de la cantine.
Mais, pour nos auteurs, ce n'est manifestement pas suffisant.
Ce n'est pas sans lien...
(Source)
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