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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'histoire des 10 % que nous avons tous entendue [aux États-Unis d'Amérique] : la vérité sur le rôle de l'agriculture dans les émissions de GES

3 Septembre 2025 Publié dans #Elevage, #Climat

L'histoire des 10 % que nous avons tous entendue [aux États-Unis d'Amérique] : la vérité sur le rôle de l'agriculture dans les émissions de GES

 

Ben Henson et Roseanna Adams, AGDAILY*

 

 

Selon une enquête nationale menée auprès de près de 800 agriculteurs, 70,3 % des agriculteurs utilisant des cultures de couverture ont déclaré que celles-ci étaient utiles pour passer à l'agriculture sans labour (de conservation). (Image : Conservation Technology Information Center)

 

 

Nous avons tous entendu dire que l'agriculture représente 10 % des émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis. Cela a été répété si souvent que les gens le prennent pour argent comptant. Et bien sûr, si vous examinez les rapports de l'Agence Fédérale de Protection de l'Environnement, vous trouverez un chiffre précis : environ 600 millions de tonnes métriques de CO2éq. par an, soit 10,8 % du total.

 

Mais il y a un hic. Ce chiffre ne reflète qu'une partie de la réalité. Il prend en compte ce qui sort des étables, mais pas ce qui retourne dans le sol. Et il traite les rots des vaches comme s'ils restaient éternellement dans l'atmosphère, alors qu'en réalité, ils disparaissent plus vite que la brume matinale. Il ignore le travail discret et constant des agriculteurs qui enrichissent les sols, sèment des cultures de couverture et gèrent les pâturages qui absorbent chaque jour le carbone présent dans l'atmosphère.

 

Que se passe-t-il si on tient également compte de cet aspect ? Eh bien, il s'avère que le tableau change. Beaucoup.

 

 

Ce qui est pris en compte et ce qui ne l'est pas

 

Le calcul de l'EPA inclut :

 

  • Le méthane issu de la digestion du bétail et du fumier ;

  • L'oxyde nitreux issu des engrais et des sols ;

  • Le dioxyde de carbone issu du diesel et des équipements.

 

Ce qu'il n'inclut pas :

 

  • Le carbone stocké dans les sols sains grâce aux pratiques de non-labour (semis direct) :

  • Les racines et les résidus des cultures de couverture ;

  • Les pâturages pérennes et les rangées d'arbres qui absorbent le carbone en profondeur dans le sous-sol ;

  • Le compost et la matière organique qui forment l'humus année après année.

 

 

Les espèces telles que le seigle, qui présente un rapport carbone/azote élevé, restituent l'azote au début de la campagne suivante, lequel devient disponible plus tard dans la saison de végétation à mesure qu'elles se décomposent. (Image : Grassland Oregon)

 

 

Ainsi, alors que l'EPA comptabilise tout ce qu'un agriculteur rejette, elle ne tient pas compte de ce qu'il récupère. C'est comme juger un chéquier en fonction des retraits sans jamais tenir compte des dépôts.

 

 

Le méthane : un gaz à la mémoire courte

 

Il y a ensuite le méthane. Il a mauvaise réputation parce qu'il est puissant. Mais ce que la plupart des gens ne réalisent pas, c'est que le méthane se décompose rapidement, en disparaissant en 12 ans environ. Ainsi, si la taille d'un troupeau de bovins n'augmente pas, le méthane qu'il produit ne contribue pas au réchauffement. Il suit simplement son cycle.

 

Les scientifiques ont mis au point une meilleure façon de tenir compte de ce phénomène, appelée PRG★ (potentiel de réchauffement global étoile – Global Warming Potential Star (GWP★)). Dans un article largement cité, Allen et al. (2018) ont montré que l'utilisation du PRG★ au lieu du PRG100 offre une vision beaucoup plus précise de l'effet de réchauffement du méthane au fil du temps. Les émissions constantes de méthane ne s'accumulent pas comme le CO2, et si la taille des troupeaux diminue, l'effet net du méthane peut même être un refroidissement. Cette conclusion a été reprise par Cain et Lynch (2019), qui ont démontré plus en détail comment les polluants climatiques à courte durée de vie se comportent différemment des gaz à longue durée de vie comme le dioxyde de carbone.

 

Il ne s'agit pas seulement d'une solution théorique. Aux États-Unis, le nombre de bovins est stable ou en baisse depuis des décennies. Et grâce à une meilleure alimentation et à des progrès génétiques, nous obtenons plus de viande et de lait par animal que jamais auparavant. Les données de 2023 du Service de Recherche Économique du département américain de l'Agriculture montrent une amélioration constante de la conversion alimentaire et de la productivité, ce qui signifie que moins d'animaux produisent plus de nourriture, et ce de manière plus propre.

 

 

Ce que font déjà les agriculteurs

 

Ici, sur le terrain, les gens n'attendent pas les directives. Ils font leur travail discrètement depuis des années. L'agriculture sans labour (le semis direct) s'est répandue sur des millions d'hectares, aidant les sols à retenir le carbone et à rester en place. West et Post (2002) ont estimé que des systèmes sans labour bien gérés peuvent séquestrer 0,75 à 1,25 tonne métrique de CO2éq. par hectare et par an. Lal et al. (2003) ont approfondi cette question, montrant comment les terres agricoles américaines pourraient jouer un rôle clé dans l'atténuation du changement climatique.

 

 

Les nettoyeurs de rangs assurent un bon contact entre les semences et le sol (Image : LG Seeds)

 

 

Les cultures de couverture s'enracinent dans des champs qui restaient autrefois nus tout l'hiver, nourrissent le réseau trophique du sol et piègent le carbone sous terre. Poeplau et Don (2015) ont constaté que les systèmes de cultures de couverture séquestrent entre 0,75 et 1,75 tonne de CO2éq. par hectare et par an. Les pâturages sont exploités selon des rotations plus intelligentes, ce qui permet d'accroître la matière organique et la capacité de rétention d'eau. Des études menées par Teague et al. (2016) et Stanley et al. (2018) ont confirmé que le pâturage adaptatif peut entraîner des gains de carbone dans le sol de 2,5 à 5 tonnes de CO2éq. par hectare et par an. Le compostage, les haies, les ceintures d'arbres... Ce ne sont pas des idées nouvelles, mais des pratiques éprouvées que les agriculteurs remettent au goût du jour avec un nouvel objectif.

 

Au total, ces pratiques permettent de séquestrer environ 250 millions de tonnes de CO2éq. chaque année. Un rapport de l'USDA de 2016 intitulé « Building Blocks for Climate Smart Agriculture » (les fondements d'une agriculture intelligente face au climat) confirme cette estimation, soulignant la contribution réelle et récurrente de ces systèmes. C'est réel. C'est mesurable. Et cela se produit en ce moment même, sans politique autoritaire.

 

 

Perspectives d'avenir : nous n'en avons pas encore fini

 

Et voici un aspect qui est souvent négligé : les agriculteurs ne se contentent pas de réagir aux préoccupations climatiques, ils les anticipent. Dans un nombre croissant d'exploitations agricoles, les tracteurs se dirigent eux-mêmes avec la précision du GPS, semant et épandant des engrais uniquement là où cela est nécessaire. Des drones surveillent la santé des cultures, identifiant les endroits où un peu d'attention peut faire une grande différence. Les amendements du sol à base de biochar ou de compost permettent de conserver les nutriments et d'améliorer la résilience à la sécheresse.

 

Dans certains pâturages, les agriculteurs sèment des graminées telles que le Brachiaria qui réduisent les émissions d'oxyde nitreux du sol. Ces graminées possèdent une propriété appelée inhibition biologique de la nitrification (BNI – biological nitrification inhibition), qui limite la conversion bactérienne de l'azote en oxyde nitreux, un puissant gaz à effet de serre. Cette découverte, étayée par des essais sur le terrain et des recherches agronomiques en cours, ouvre de nouvelles perspectives pour des solutions climatiques biologiques qui ne nécessitent ni produits chimiques ni technologies de pointe.

 

 

Un digesteur dans une ferme laitière de la vallée centrale contribue à réduire les émissions de méthane. (Image : Chelsea Preble, UC Berkeley)

 

 

Il existe des panneaux solaires qui alimentent les étables et les pompes. Des digesteurs de fumier qui transforment les déchets en énergie. Et dans les ateliers agricoles à travers le pays, de jeunes mécaniciens soudent des solutions qui allient la sagesse ancestrale aux nouveaux outils. Il ne s'agit pas seulement d'efforts provisoires. Ils s'inscrivent dans un changement plus large, une évolution continue qui place la gestion responsable et la rentabilité sur le même plan.

 

Ce que cela nous apprend est simple : la trajectoire des émissions agricoles n'est ni stable ni ascendante. Elle est en baisse. Et ce n'est pas un hasard. C'est parce que les agriculteurs, les forestiers et les éleveurs ont examiné attentivement leurs terres et se sont dit : « Nous pouvons faire mieux. » Et ils l'ont fait. Et ils continueront à le faire.

 

 

Voici donc le véritable calcul

 

Commencez par les 600 Mt d'émissions déclarées. Soustrayez les 250 Mt séquestrées. Nous arrivons alors à 350.

 

Ensuite, corrigez le méthane en tenant compte du fait qu'il ne s'accumule pas comme le CO2. Cet ajustement permet de réduire encore environ 90 Mt.

 

Résultat final ? Environ 260 Mt d'émissions nettes, soit seulement 4,6 % du total des États-Unis.

 

C'est loin des 10,8 % !

 

Il ne s'agit pas ici de plaider en faveur d'un passe-droit, mais plutôt de demander que toute la vérité soit dite. Les agriculteurs ne restent pas les bras croisés. Ils sont à l'avant-garde en matière de santé des sols, de gestion des terres et de résilience climatique. Ils n'ont tout simplement pas obtenu la reconnaissance qu'ils méritent.

 

Au lieu de pointer du doigt, il est peut-être temps de montrer du doigt les champs et de dire : « Voici un endroit où des progrès sont déjà réalisés. »

 

Soutenons-le. Comptons-le. Et élaborons une politique climatique fondée sur toute la vérité, et pas seulement sur la partie qui s'inscrit parfaitement dans un tableau.

 

 

Le sol : il y a plus que des cultures

 

Certaines des réponses les plus efficaces poussent déjà sous nos pieds. Du semis de Brachiaria pour réduire l'oxyde nitreux à la réduction du labour et des pertes de carbone, les agriculteurs ont développé des pratiques respectueuses du climat pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.

 

Le travail des agriculteurs est discret, à long terme et loin d'être médiatisé. Comment peuvent-ils alors retrouver leur réputation dans les discussions sur le climat ?

 

Tout commence par la sensibilisation, grâce à des articles comme celui-ci, qui mettent en avant les efforts constants et méconnus des agriculteurs pour séquestrer le carbone. Ensuite, il faut passer à la défense des intérêts : pour une représentation fidèle dans les politiques et pour une meilleure compréhension par le public des outils de comptabilisation du méthane tels que le PRG★.

 

 

 

 

Ensuite, nous avons besoin d'un deuxième niveau de plaidoyer. Les agriculteurs s'expriment rarement eux-mêmes, car ils sont trop occupés à cultiver. Les conversations ont lieu sur les routes secondaires et entre deux chargements de foin, et non lors de conférences de presse ou de sommets politiques. C'est pourquoi il est essentiel de disposer de meilleurs systèmes de communication des données, tels que le PRG★. Une comptabilisation précise permettrait d'élaborer des politiques plus intelligentes, qui reflètent le véritable rôle de l'agriculture dans le climat et soutiennent une agriculture respectueuse du climat. Cela se répercuterait sur les médias et la conscience des consommateurs, sensibilisant le public aux contributions positives des agriculteurs en faveur du climat.

 

Les agriculteurs ne sont pas le problème, ils font partie de la solution. Il est temps que le discours change et que les agriculteurs reçoivent la confiance et la reconnaissance qu'ils méritent. Les agriculteurs luttent contre le problème, ils ne font pas partie des 10 %.

 

 

References

 

Allen, M.R., et al. (2018). A solution to the misrepresentation of methane in climate policy. Nature, 564, 393–396.

Cain, M., Lynch, J., et al. (2019). Improved calculation of warming-equivalent emissions for short-lived climate pollutants. npj Climate and Atmospheric Science, 2(1).

EPA. (2024). Inventory of U.S. Greenhouse Gas Emissions and Sinks: 1990–2022.

Lal, R., et al. (2003). Soil carbon sequestration and greenhouse gas mitigation in U.S. cropland. Soil & Tillage Research, 78, 5–18.

Lynch, J., Cain, M., Allen, M.R. (2020). Demonstrating GWP*: A means of reporting warming-equivalent emissions. Environmental Research Letters, 15(4).

Nair, P.K.R., et al. (2010). Carbon sequestration in agroforestry systems. Advances in Agronomy, 108, 237–307.

Poeplau, C., & Don, A. (2015). Carbon sequestration in agricultural soils via cover crops. Agriculture, Ecosystems & Environment, 200, 33–41.

Stanley, P.L., et al. (2018). Impacts of adaptive multi-paddock grazing on soil carbon. Agriculture, Ecosystems & Environment, 253, 176–186.

Teague, R., et al. (2016). The role of ruminants in reducing agriculture’s carbon footprint. Journal of Soil and Water Conservation, 71(2), 156–164.

USDA ERS. (2023). U.S. Livestock and Dairy Data Tables.

West, T.O., & Post, W.M. (2002). Soil organic carbon sequestration rates by tillage. Soil Science Society of America Journal, 66(6), 1930–1946.

 

_______________

 

Ben Henson est un agriculteur de longue date et un consultant international en agriculture avec plus de 30 ans d'expérience aux États-Unis et en Afrique. Il partage actuellement son temps entre une exploitation de foin et de bétail dans l'Oregon et une initiative d'agriculture intelligente face au climat au Rwanda.

 

Roseanna Adams a grandi en Ouganda, mais sa famille a fondé le célèbre ranch Scharbauer à Seminole, au Texas, où elle a passé du temps avec ses grands-parents. Elle étudie les systèmes agricoles à Texas A&M et travaille également pour B&H Agricultural Products dans l'Oregon.

 

Source : The 10% story we've all heard: Here's ag's real role in GHG emissions

 

Ma note : Je suis un béotien sur cette question des émissions de gaz à effet de serre. Mais je n'ai aucun doute sur le fait que les calculs concernant l'agriculture sont faux et incomplets.

 

J'ai publié plusieurs articles (des traductions) sur ce blog sur le cas du méthane. Ils sont, comme celui-ci, convaincants.

 

Je suis beaucoup plus réservé sur le volet « séquestration ». Des progrès sont sans conteste faits actuellement avec l'évolution des pratiques culturales, notamment l'introduction de cultures intermédiaires qui retournent au sol, les techniques culturales simplifiées et l'agriculture de conservation. Il faut cependant garder à l'esprit que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel et, inversement, que la matière organique ne s'accumule pas indéfiniment, sauf exception. Il y a un équilibre qui s'établit entre apport et minéralisation.

 

Les grandes idées de rémunération pour l'« agrostockage de carbone » ne sont pas à mon sens des voies d'avenir, sauf sans doute pour les vendeurs de crédits carbone en mal de greenwashing.

 

 

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J
Réponse gemini:<br /> Non, les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'agriculture aux États-Unis ne comprennent pas le stockage de carbone. Le stockage de carbone est compté séparément.<br /> <br /> Émissions et séquestration : une comptabilité distincte<br /> Le calcul du bilan carbone du secteur agricole américain, réalisé notamment par l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA), fait une distinction claire entre les émissions de GES et la séquestration du carbone.<br /> <br /> Émissions de GES : Ces émissions brutes proviennent principalement du méthane (CH 4) issu de la fermentation entérique des animaux et de la gestion du fumier, ainsi que du protoxyde d'azote (N2O) provenant de la gestion des sols agricoles (engrais, effluents d'élevage). Les émissions de dioxyde de carbone (CO<br /> 2) sont également prises en compte, mais elles représentent une part plus faible de l'empreinte totale du secteur.<br /> <br /> Séquestration du carbone : Cette mesure concerne la capacité des pratiques agricoles à stocker du carbone dans les sols et la biomasse végétale. Elle est évaluée et comptabilisée séparément. L'agriculture peut donc agir comme un puits de carbone, et ces pratiques, comme le semis direct ou la gestion des prairies, sont des moyens de compenser les émissions d'autres secteurs.<br /> <br /> L'objectif de cette séparation est de permettre une analyse plus précise des deux aspects du rôle de l'agriculture dans le cycle du carbone. Cela aide les décideurs à élaborer des politiques qui non seulement réduisent les émissions (par exemple, en améliorant la gestion du fumier) mais encouragent également les pratiques de stockage de carbone pour leurs bénéfices climatiques et environnementaux (amélioration de la santé des sols, etc.).<br /> <br /> Voici les chiffres les plus récents basés sur les données de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA) pour 2022 :<br /> <br /> Émissions brutes de GES du secteur agricole : Environ 634 millions de tonnes métriques d'équivalent CO2<br /> Séquestration du carbone (stockage) par l'utilisation des terres : Le secteur de l'utilisation des terres, du changement d'affectation des terres et de la foresterie (LULUCF), qui inclut le stockage de carbone dans les sols agricoles et forestiers, a séquestré environ 854 millions de tonnes métriques d'équivalent CO2 en 2022.<br /> <br /> Il est important de noter que ce chiffre de séquestration ne s'applique pas exclusivement à l'agriculture. Il inclut la totalité du carbone stocké dans les forêts, les terres humides et les sols agricoles. L'EPA ne fournit pas de données de séquestration pour le secteur agricole seul, mais pour le secteur LULUCF dans son ensemble, qui est un puits de carbone net.
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