Un quart de siècle de Riz Doré : innovation et impact au cours des 25 dernières années
Janine Cyren Escasura, ISAAA*
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Source : Institut International de Recherche sur le Riz (IRRI)
Ma note : Et un quart de siècle d'échec du bon sens et de la rationalité devant l'activisme le plus sordide, celui qui consiste à défendre les intérêts propres des activistes au détriment de l'intérêt général et en prétextant celui-ci.
« Ce riz pourrait sauver un million d'enfants par an », titrait un article du Time Magazine après que le Riz Doré eut fait une percée dans la recherche, attirant l'attention des médias en 2000. Vingt-cinq ans plus tard, un article publié dans The Journal of Nutrition visait à mettre en lumière les données scientifiques qui sous-tendent la promesse d'une meilleure nutrition. Rédigé par le Dr Amanda C. Palmer de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, cet article critique examine le développement du Riz Doré (GR), son statut réglementaire et les évaluations dont il a fait l'objet, son acceptation par les consommateurs, son impact nutritionnel et les défis rencontrés par le projet GR [Golden Rice]. Dans cet article, les points clés de l'article critique sont abordés.
Le Riz Doré a d'abord été développé comme une preuve de concept par M. Ingo Potrykus, de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich, et M. Peter Beyer, de l'Université de Fribourg [en Brisgau]. Ils ont utilisé la transformation médiée par Agrobacterium pour introduire deux transgènes, à savoir psy dérivé de la jonquille et crtI dérivé de la bactérie du sol Pantoea ananatis, dans le riz "Kaybonnet". Les analyses ont révélé que le ß-carotène représentait plus de 90 % du total des caroténoïdes. Cependant, les premières variétés de Riz Doré ne produisaient qu'environ 2 µg de caroténoïdes totaux par gramme de riz comestible.
Une recherche ultérieure menée par Syngenta a permis de produire la deuxième génération de Riz Doré (GR2) portant le transgène Zmpsy1, qui a considérablement amélioré la production de phytoène et augmenté l'accumulation de caroténoïdes. L'étude a révélé que certaines lignées pouvaient accumuler 20 à 30 µg de caroténoïdes totaux par gramme de riz décortiqué au moment de la récolte, dont environ 80 à 90 % étaient du bêta-carotène. Syngenta a mis gratuitement à disposition un sous-ensemble des lignées GR2 par l'intermédiaire de l'Institut International de Recherche sur le Riz (IRRI) afin qu'elles soient utilisées dans des programmes de sélection du secteur public.
Parmi les lignées de Riz Doré données, la transformation GR2E a été choisie en raison de son insertion spécifique et stable d'ADN, ce qui signifie que les modifications génétiques pouvaient être transmises de manière fiable aux générations futures de plantes. Les résultats des essais en champ confiné menés par des scientifiques au Bangladesh et aux Philippines ont montré que le GR2E se comportait exactement comme les témoins quasi isogéniques. Bien que les niveaux de caroténoïdes variaient en fonction de la variété de riz et des conditions de culture, les lignées les plus performantes présentaient systématiquement les niveaux les plus élevés, ce qui en faisait le choix idéal pour les futures plantations commerciales.
En 2022, l'Institut Philippin de Recherche sur le Riz (PhilRice) a fait enregistrer la première variété de Riz Doré auprès du Conseil National de l'Industrie Semencière et a lancé la commercialisation du Riz Doré, sous la marque Malusog Rice, qui signifie « sain » en philippin.
Le Riz Doré contient des niveaux élevés de ß-carotène à la récolte, mais comme d'autres cultures biofortifiées, il subit des pertes importantes après la récolte, souvent supérieures à 50 %. Malgré ces pertes, le Riz Doré devrait conserver environ 4 à 6 µg de ß-carotène par gramme au moment de la consommation. Des études suggèrent que le Riz Doré offre une meilleure équivalence en vitamine A que d'autres aliments de base biofortifiés, ce qui indique qu'il présente un grand potentiel en tant que source alimentaire de vitamine A.
Des études estiment que le remplacement du riz conventionnel par le Riz Doré pourrait réduire considérablement la carence en vitamine A (VAD). Dans une étude menée au Bangladesh, le Riz Doré pourrait réduire la carence en vitamine A d'environ 35 % chez les femmes et les enfants. Parallèlement, l'impact aux Philippines et en Indonésie s'est avéré plus faible, avec une réduction de 20 à 25 % de la VAD. Néanmoins, ces résultats soulignent les avantages potentiels du Riz Doré pour les populations à faibles revenus qui dépendent fortement du riz comme aliment de base.
En 2021, le Riz Doré a été approuvé pour la consommation humaine et la propagation commerciale aux Philippines**. La même année, une étude sur son impact nutritionnel a été ajoutée au Plan d'Action Philippin pour le Programme de Recherche en Nutrition. Un essai contrôlé randomisé à grande échelle a été lancé pour évaluer l'impact du Riz Doré sur 900 enfants d'âge scolaire. Cependant, sa mise en œuvre a été retardée en raison de contestations juridiques en cours. Si la décision est favorable au Riz Doré, l'essai devrait se poursuivre en 2026, fournissant potentiellement des données clés pour orienter les stratégies régionales et internationales de réduction de la carence en vitamine A.
Depuis les années 2000, le Riz Doré est confronté à des défis et à une opposition persistante de la part de groupes tels que Greenpeace et Magsasaka at Siyentipiko para sa Pag-unlad Agrikultura. Les détracteurs invoquent des préoccupations environnementales, notamment le risque de contamination génétique avec d'autres variétés de riz. Ils affirment également qu'il faut consommer de grandes quantités de Riz Doré pour couvrir les besoins en vitamine A. Cependant, les données utilisées dans leurs références sont obsolètes, car les nouvelles données montrent que les variétés de deuxième génération présentent une teneur plus élevée en caroténoïdes deux mois après la récolte et qu'aucun risque de toxicité de la vitamine A n'a été identifié.
L'adoption par les agriculteurs reste incertaine en raison des changements dans les variétés de riz préférées et de la concurrence potentielle d'alternatives à plus haut rendement***. Les recherches suggèrent que des incitations, sous forme de subventions ou de marchés garantis, pourraient être nécessaires pour encourager l'adoption par les agriculteurs. Parallèlement, les études sur l'acceptation par les consommateurs montrent des opinions favorables aux cultures biofortifiées, mais l'acceptation des cultures transgéniques dépend fortement d'un message positif sur les avantages nutritionnels.
En 2022, la commercialisation du Riz Doré aux Philippines a été contestée devant les tribunaux. Deux ans plus tard (2024), la Cour d'appel a révoqué le permis de biosécurité du Riz Doré et de l'aubergine Bt pour la propagation commerciale. La décision ordonne à PhilRice et à l'IRRI de cesser et de s'abstenir de propager commercialement le Riz Doré et de mener des activités liées au Riz Doré.
Bien que la carence en vitamine A ait diminué aux Philippines et au Bangladesh au cours des deux dernières décennies, les populations en situation d'insécurité alimentaire restent exposées au risque de carence en vitamine A. Le Riz Doré, avec sa teneur accrue en vitamine A, pourrait encore jouer un rôle précieux en tant que filet de sécurité pour garantir l'apport en vitamine A. Si les obstacles liés à la réglementation et l'acceptation par le public sont surmontés, le Riz Doré pourrait compléter les stratégies nutritionnelles existantes et contribuer à préserver le statut en vitamine A des groupes à risque.
Pour plus d'informations, lire l'article complet dans The Journal of Nutrition. Pour en savoir plus :
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Golden Rice and Bt Eggplant Battle Court Order in the Philippines
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PhilRice Calls for Reversal of Court Decision on Golden Rice
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From Potential to Progress: Latest Developments in Golden Rice Deployment in the Philippines
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** Ma note : Le Riz Doré a aussi été approuvé pour la consommation en Australie et Nouvelle-Zélande, au Canada et aux États-Unis d'Amérique (de manière à éviter les problèmes en cas de mélanges fortuits avec le riz traditionnel – et à envoyer un signal fort aux pays susceptibles de bénéficier du Riz Doré). L'autorisation n'a pas abouti au Bangladesh du fait d'intenses campagnes d'opposition. Greenpeace n'était pas au premier plan.
*** Ma note : Ceci ne devrait pas être un problème. Si la culture de Riz Doré devient intéressante, on pourra « convertir » rapidement les variétés standard en Riz Doré par rétro-croisements et aussi lancer des programmes de sélection dédiés au Riz Doré.
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