Corporate Europe Observatory : un trou noir d'hypocrisie
L'ONG pour la transparence qui cache ses propres sources de financement obscures
David Zaruk, The Firebreak*
Corporate Europe Observatory (CEO) se présente comme un groupe de surveillance de l'industrie, produisant régulièrement des rapports et des enquêtes sur le lobbying des entreprises dans le but de dépeindre un monde où le lobbying industriel, sans contrôle et obscur, interfère avec le processus démocratique. Mais la réalité montre qu'il s'agit d'une ONG sans limites qui œuvre dans l'ombre pour saper le processus de dialogue démocratique, financée par des sources étrangères obscures dans un carrousel de financement.
Le groupe militant ne mène plus de campagne sur les questions de transparence. Une grande partie de ses ressources a été consacrée à des campagnes sur la santé environnementale (climat, biodiversité, OGM, pesticides, PFAS, produits chimiques, plastiques, nicotine...). Ses publications peuvent être assez amusantes et malheureusement prévisibles, car il ne dispose d'aucune expertise scientifique ou technique. Lorsque Corporate Europe Observatory, par exemple, a mené la charge pour classer toutes les nouvelles techniques d'édition génétique des plantes comme des OGM, une campagne qui a fait reculer de plus d'une décennie la réglementation de cette importante recherche en Europe, l'ONG n'avait aucune assise scientifique. Elle s'est contentée de mener une campagne anti-industrie (Monsanto !) qui a divisé la communauté militante, mettant en avant l'aile radicale. Les agriculteurs biologiques auraient pu bénéficier de meilleures technologies semencières, mais au lieu de cela, ils ne sont plus compétitifs.
Le CEO est devenu un outil de soutien pour d'autres campagnes militantes, essayant de semer le doute sur d'autres parties prenantes et d'exclure les groupes industriels du processus de dialogue. Pour Corporate Europe Observatory, la démocratie est un monde où seuls ses alliés ont le droit de s'exprimer, où les acteurs industriels sont exclus des salles de réunion et où les régulateurs se contentent de mettre en œuvre ses exigences politiques alarmistes.
Ses campagnes sont cependant souvent comiques. Chaque année, lors des sommets sur le climat de la COP de la CCNUCC, il ressort sa campagne « Kick Big Polluters Out » (virez les grands pollueurs) et met à jour sa littérature, même s'il est largement admis que les ONG militantes bien financées, les fondations et le lobby climatique ont pris le contrôle du processus de la conférence des Nations Unies.
Corporate Europe Observatory prétend représenter le peuple, mais la plupart de ses actions militantes à Bruxelles sont menées par une poignée d'activistes rémunérés. Le pouvoir au peuple, ou plutôt... au peuple que nous aimons. À chaque rapport ou enquête, ces activistes aux yeux embrumés, qui boivent goulûment le Kool-Aid anti-industrie, ne sont plus capables de voir à quel point leurs actions et leur lobbying sont devenus plus trompeurs et antidémocratiques que tout ce que l'industrie a jamais fait.
Qui finance cette bande hétéroclite d'hypocrites et motive leurs campagnes ciblées ? C'est en fait une question difficile. Cette ONG, fondée sur l'exigence de transparence, ne veut pas que vous connaissiez les sources financières qui tirent les ficelles. Corporate Europe Observatory dispose d'une page sur son financement, mais près de la moitié des groupes qui lui font des dons sont des donateurs de fonds affectés, qui représentent plus de la moitié de son budget de 1,12 million d'euros.
Les fonds affectés par les donateurs signifient que des dons provenant de sources obscures sont versés à une fondation et sont destinés à un certain groupe d'ONG ou à une certaine campagne, mais que le don reste anonyme (et toujours déductible des impôts). Les fondations reçoivent une commission intéressante (souvent autour de 10 %) en échange de la protection de l'anonymat du groupe d'intérêt qui souhaite verser à Corporate Europe Observatory des pots-de-vin pour sa campagne. L'argent pourrait provenir par exemple d'avocats américains spécialisés dans la responsabilité civile, de groupes défendant l'énergie verte, du lobby des produits biologiques, d'entreprises concurrentes proposant des alternatives lucratives en cas d'interdiction d'une substance... Personne, à l'exception de quelques militants au sein du CEO et du gestionnaire des fonds de la fondation, n'est autorisé à savoir qui se cache réellement derrière le don.
Si nous ne savons absolument pas qui finance ces fonds affectés par les donateurs, nous ne savons pas non plus qui détermine les objectifs de campagne du Corporate Europe Observatory. Il n'y a aucune transparence à ce sujet. Si l'industrie tentait un jour une tactique aussi obscure, le CEO lancerait certainement une enquête et un grand nombre d'ONG se joindraient à lui pour faire campagne afin de mettre fin à cette pratique. Au lieu de cela, ils empochent l'argent et nous sommes tous censés détourner le regard.
Voici une liste de certains des groupes de financement non transparents du Corporate Europe Observatory en 2024, tirée de la liste figurant sur leur page « Profit and Loss » (profits et pertes).
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Tides est peut-être le plus ancien fonds affecté par des donateurs. Créé par un philanthrope particulier, il s'agit essentiellement d'une chambre de compensation pour le financement des ONG. Tides se qualifie lui-même d'« accélérateur à but non lucratif ». L'argent entre, l'argent sort ; Corporate Europe Observatory a encaissé 54.729 € provenant d'un groupe d'intérêts (Tides étant une organisation américaine, le montant a probablement été arrondi avant la conversion monétaire). Les chiffres de 2025 ont fait passer le financement de Tides à 90.000 dollars américains, ce qui signifie que certains Américains voient un intérêt accru à ce que le CEO perturbe le processus politique européen. Sur sa page des bailleurs de fonds, le CEO mentionne la Broad Reach Foundation conjointement avec Tides, donc peut-être sont-ils les bailleurs de fonds. Le site web de la fondation ne contient qu'une phrase vague et rien de plus, mais il est clair qu'il ne faut pas la confondre avec la Broadreach Foundation (en un seul mot, sans espace) qui accorde des bourses aux enfants. Une recherche plus approfondie sur la Broad Reach Foundation (en deux mots) a révélé qu'elle était basée aux Philippines et produisait des briques écologiques. Pourquoi cette organisation financerait-elle un groupe de pieds nickelés anti-industrie à Bruxelles ?
Ce fonds affecté à 100 % par les donateurs ne doit pas être confondu avec l'une des nombreuses fondations Rockefeller. Rockefeller Philanthropy Advisors est un cabinet de conseil qui travaille en réseau avec un grand nombre de fondations, agissant souvent comme sponsor fiscal pour mettre en place des campagnes que des activistes souhaitent réaliser en toute discrétion. 229.000 euros ont été transférés dans les caisses de Corporate Europe Observatory par un ou plusieurs groupes d'intérêts américains souhaitant que l'Europe reste incapable d'adopter des politiques innovantes, favorables au commerce et aux entreprises. Qui sont ces groupes d'intérêt étrangers ? Pourquoi personne ne pose la question ?
Y a-t-il d'autres groupes d'intérêt américains qui financent discrètement les campagnes de Corporate Europe Observatory qui menacent d'appauvrir les Européens ? Bien sûr.
Luminate est une autre fondation américaine qui s'intéresse à Corporate Europe Observatory (elle a fait don de près de 200.000 euros au cours des quatre dernières années). Mais la fondation elle-même n'est pas très claire sur la manière dont elle est financée. Elle a été créée par le groupe Omidyar, « un ensemble diversifié d'entreprises, d'organisations et d'initiatives, chacune guidée par sa propre approche ». Ils (je ne sais pas exactement qui sont ces « ils ») ont créé Reset, qui, selon Corporate Europe Observatory, finançait leur campagne visant à mettre fin à l'emprise de Big Tech, des géants de la technologie. Le lien sur la page des bailleurs de fonds du CEO est toutefois rompu. Reset, aujourd'hui une « organisation indépendante, a été incubée en tant qu'initiative de Luminate en partenariat avec la Sandler Foundation ». Il existe de nombreuses fondations Sandler, qui soutiennent principalement les arts, je dois donc jeter l'éponge. L'origine de cette source de financement de Corporate Europe Observatory reste tout simplement introuvable.
Alors que des centaines de milliers d'euros ont été versés sur les comptes de Corporate Europe Observatory au cours des douze dernières années par le Global Greengrants Fund, on pourrait souhaiter que l'ONG apprenne à orthographier correctement le nom de ce sponsor fiscal basé aux États-Unis. En tant que sponsor fiscal, il reçoit de l'argent de fondations pour créer et gérer des groupes qui se font passer pour des ONG. The Firebreak a révélé comment The Agroecology Fund est passé d'un petit groupe soutenant l'agriculture paysanne à une grande force de lobbying disposant de plus de 100 millions de dollars par an provenant de fondations américaines milliardaires spécialisées dans les technologies. Cela s'est produit lorsque le fonds a changé de sponsor fiscal en 2022 pour devenir le Global Greengrants Fund, qui a ensuite redéfini l'agroécologie comme un moyen d'atténuer le changement climatique (vérification des faits : ce n'est pas le cas). Les commissions que le GGF percevait sur ces 100 millions de dollars par an pouvaient continuer à soutenir indéfiniment des groupes tels que Corporate Europe Observatory (...jusqu'à ce qu'un blogueur bruxellois remarque que le fondateur de CEO, Olivier Hoedeman, siégeait au conseil d'administration du Global Greengrants Fund UK/EU et que son influence constituait un conflit d'intérêts).
Source. Mais ils se sont trompés de date. En février 2025, Hoedeman figurait toujours au conseil d'administration.
Corporate Europe Observatory a affirmé avoir reçu 30.000 euros en 2024 de Combined Climate Funders, sauf qu'il n'existe aucun groupe portant ce nom (un peu comme CS Marin, un autre bailleur de fonds de CEO sorti de nulle part). Il s'agit d'un terme générique désignant des groupes de fondations qui mettent en commun leurs fonds pour soutenir des ONG luttant contre le changement climatique (ce qui n'est pas le cas du CEO). De quel groupe s'agit-il ? Quelles fondations souhaitent qu'une ONG anti-industrie mène des actions liées au climat ? La lutte contre le changement climatique est une bonne chose, donc je suppose que la transparence n'a pas d'importance.
L'un de ces bailleurs de fonds combinés pour le climat est la European Climate Foundation (ECF), qui n'est pas une fondation mais un sponsor fiscal finançant discrètement une grande partie de l'activisme climatique, de la recherche, du lobbying, des reportages médiatiques et des réglementations en Europe. The Firebreak a traduit une excellente enquête de Mme Florence Autret sur ce groupe de lobbying opaque. L'ECF n'a publié aucune information sur la provenance de ses fonds (principalement des philanthropes milliardaires américains du secteur technologique) et sur leur utilisation. Tout ce que nous savons, c'est que dans son dernier bilan publié de deux pages, en 2023, elle disposait d'un budget de 275 millions d'euros. Ce n'est pas une erreur typographique.
La Fondation Européenne pour le Climat a dépensé 275 millions d'euros en 2023 pour des campagnes climatiques européennes, les COP de la CCNUCC, Davos, Greta, les réglementations de la Commission européenne... mais n'a fait preuve d'aucune transparence.
Les 200.000 euros que Corporate Europe Observatory a reçus de ce sponsor fiscal n'avaient rien d'exceptionnel (après tout, CEO n'emploie aucun climatologue). La Fondation Européenne pour le Climat a toujours généreusement soutenu la plupart des ONG actives dans le domaine environnemental au sein de l'UE (parmi celles qui déclarent leurs financements) afin de s'assurer que, chaque fois que l'ECF lance une nouvelle campagne ou une nouvelle plate-forme politique, toutes les ONG s'y associent et la soutiennent. Je ne savais pas qu'il était si facile de dresser un rottweiler.
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Corporate Europe Observatory accepte également des financements importants de la part de divers groupes, souvent animés par des objectifs anti-occidentaux, qu'il s'agisse d'industriels libanais, de quakers, de gestionnaires d'actifs ou d'un réseau obscur de fondations créées par un homme d'affaires allemand discret. Leurs objectifs antidémocratiques et leurs efforts pour fausser le dialogue et les processus politiques européens semblent susciter un large intérêt à l'échelle mondiale. C'est certainement le cas des groupes d'intérêt américains qui se cachent dans l'ombre.
Quant aux médias, les journalistes ne devraient-ils pas rapporter ces informations comme le scandale qu'elles constituent à juste titre ? Eh bien... non. Corporate Europe Observatory s'en prend personnellement à quiconque ose le contester, y compris l'auteur de cet article. Ou bien il les finance, en entretenant des liens étroits avec des journalistes qui partagent ses opinions, comme Stéphane Horel ou Stéphane Content. Il y a quelques années, il recherchait des journalistes qui pouvaient être achetés et payés.
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Source : Facebook
Si les dirigeants de Corporate Europe Observatory avaient la moindre once d'intégrité, ils déclareraient qu'ils ne recevraient plus de financement de ces fonds obscurs, affectés par des donateurs, publieraient les groupes d'intérêts qui financent leurs campagnes et se joindraient à The Firebreak pour exiger une réforme des pires pratiques de financement des fondations non transparentes.
S'ils ne le font pas, comme je m'y attends, alors le groupe doit être déclaré en violation des normes de l'Initiative Européenne pour la Transparence, et les employés de Corporate Europe Observatory se verront refuser l'accès aux régulateurs de la Commission Européenne et ne pourront plus entrer dans des institutions telles que le Parlement Européen. Sinon, les médias, les régulateurs et le reste de la communauté des ONG se rendraient complices de l'hypocrisie de Corporate Europe Observatory.
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* David est le rédacteur en chef de The Firebreak. Il est également connu sous le nom de Risk-monger. Professeur à la retraite, analyste des risques pour la santé et l'environnement, communicateur scientifique, promoteur d'une politique fondée sur des données probantes et théoricien philosophique sur les activistes et les médias.
Source : Corporate Europe Observatory: A Black Hole of Hypocrisy
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