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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cheveux longs et idées courtes : protéger les haies, l'Administration l'avait bien dit... pas toujours !

13 Août 2025 Publié dans #Divers

Cheveux longs et idées courtes : protéger les haies, l'Administration l'avait bien dit... pas toujours !

 

Michel Demon*

 

 

 

 

À force de lire des affirmations erronées sur l’agriculture et des concepts fumeux, j’ai fini par me ranger à l’idée qu’il faut rappeler quelques vérités sur l’agronomie, l’agriculture, l’alimentation etc…

 

Le Bocage breton, ses haies centenaires n’ont pas toujours été protégés par l’administration en opposition à la profession agricole. Non pas que les agriculteurs aient souhaité que le paysage breton reste inchangé et qu’ils n’aient pas pour des besoins de mécanisation arasé beaucoup de haies, notamment au moment du remembrement, mais il faut rappeler certaines vérités alors qu’on accuse l’agriculture de tous les maux.

 

Début des années 2000, l’UE change sa politique de soutien à l’agriculture pour se mettre en conformité avec l’OMC. Les aides surfaces aux cultures sont découplées et ventilées sur l’ensemble de la surface de l’exploitation. Seulement voilà, les aides ne concernant pas les prairies, les déclarations de surfaces des prairies étaient approximatives et surtout on ne connaissait pas les règles de leur prise en compte avant la réforme, et le cadastre souvent utilisé était pour le moins imprécis.

 

L’administration française, aujourd’hui si « environnementale » n’entendait pas primer la moindre surface non productive. Pour activer les aides DPU, il fallait avoir la même surface éligible que le nombre d’hectares retenu. Les haies bretonnes, supportées par un talus, portant assez fréquemment des chênes anciens voir plusieurs fois centenaires n’allaient pas convenir au desiderata de l’administration, malgré la possibilité d’adapter la réglementation européenne par un arrêté fixant des normes locales.

 

Elle autorisera l’intégration dans la surface primable des haies larges de 2 m au maximum en tout point de leur longueur (bref, votre haie de jardin). Dans le cas contraire, l’ensemble de la haie est non éligible. Impossible dans ce cas de faire rentrer le bocage breton et les pertes en DPU sont substantielles pour les éleveurs. La profession mettra plusieurs années à faire entendre raison à l’administration (4 m, puis 6 m), mais les pertes en aides et les sanctions lors des contrôles seront passées par là.

 

Des contrôleurs (à l'exception des plus intelligents heureusement) iront jusqu’à mesurer la largeur au décamètre tous les 5 m de linéaires et fixer le point de départ de la largeur de haie au dernier rang de culture ou au dernier brin d’herbe sans ronce. Quelques années plus tard, ces haies non éligibles deviendront des éléments environnementaux pris en compte dans l’obligation de surface d’intérêt écologique, conditionnant le versement de ces mêmes aides qui les excluaient.

 

Mais ce qui reste dans l’imagerie populaire, ce n’est pas la lutte de la profession agricole bretonne pour obtenir conjointement la préservation des haies et des aides, mais les quelques destructions de haies surmédiatisées, à la marge, par quelques éleveurs excédés.

 

 

________________

 

Ressources humaines – Agronomie

 

Source : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7358166799542050820/

 

Ma note : Les premiers échanges des commentaires sont tout aussi intéressants.

 

 

Jacques Teyssier d'Orfeuil, Ingénieur général honoraire des Ponts, Eaux et Forêts

 

Merci, cher Michel Demon.

 

Un petit bémol : les aides PAC, pour complaire à l'OMC, ont d'abord ripé de l'aide au produit incorporée au prix d'achat sortie porte de la ferme, gérée par l'aval (prix minimaux, prix de seuil garantis, intervention (achat) publique, stockage des surplus, etc.), à l'aide à la surface découplée (dissociée) du produit. Ce qui a mené à la création d'aides complémentaires à certains produits jugés d'intérêt, puis à la création de multiples aides supplémentaires à telle ou telle pratique, obligeant les agriculteurs à passer des heures sur ordinateur... Et, dès lors, à subir du fait de cette autodéclaration, de multiples contrôles. On comprend que ça puisse énerver...

 

[…]

 

Michel Demon

 

[...] Je me suis centré sur la problématique terrain et j'ai donc résumé le processus de découplage. L'idée n'est pas de stigmatiser ce qui a été fait, sauf peut être pour le travail de certains contrôleurs qui se vouaient à piéger les exploitants de bonne foi, mais de rappeler que l'approche des administrations a autant évolué au cours des 20 dernières années que l'agriculture.

 

 

Jacques Teyssier d'Orfeuil, Ingénieur général honoraire des Ponts, Eaux et Forêts

 

Michel DEMON Merci. Nous sommes bien d'accord sur tout, j'apportais une precision historico-technico-technocratique de qui a observé et suivi les réformes de la PAC depuis Ray Mac Sharry . Peut-être inutile en fait, sauf pour ceux qui le savent déjà 😊.

 

 

Michel Demon

 

[…] Cela ne fait pas de mal de remémorer l'évolution de la PAC. Je connaissais un agriculteur qui me disait : "depuis les aides compensatoires à la diminution des prix des denrées agricoles, on augmente régulièrement les conditions pour toucher les mêmes montants ou moins. Le plus dur ce n'est pas la pauvreté mais l'appauvrissement.»

 

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