Affaire Grataloup c. Monsanto : réponses à Atlantico
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Atlantico m'a sollicité pour son article « Glyphosate : la justice inflige un revers aux campagnes anti-Bayer/Monsanto » du 1er août 2025. Voici mes réponses.
1-Le tribunal judiciaire de Vienne a rejeté ce jeudi 13 juillet les demandes de la famille Grataloup contre Bayer-Monsanto. Théo est né avec une malformation congénitale rare, Théo estimait que son exposition à un désherbant Glyper était la cause de son affliction. Que pouvez-vous nous dire de ce cas et de ce produit ?
Permettez-moi d'exprimer tout d'abord toute ma compassion pour la famille Grataloup qui a été et qui reste confrontée à un cas sévère de malformations congénitales.
La détresse des parents est tout à fait compréhensible, tout comme leur recherche d'une cause autre que « la faute à pas de chance ».
Ce qui est aussi compréhensible – au regard de l'adage qui veut que la fin justifie les moyens – c'est l'extraordinaire cynisme avec lequel le cas de Théo a été instrumentalisé par une galaxie d'activistes. Ceux-ci poursuivent divers objectifs économiques, politiques et sociaux (dans l'ordre alphabétique) dans le cadre général d'une campagne anti-Monsanto (maintenant anti-Bayer). Ils ont fait de l'entreprise le Satan incarné sous la forme d'une multinationale démoniaque. Le procès contre Monsanto France s'inscrit dans ce cadre tout comme, précédemment, ceux intentés par M. Paul François.
Le lien entre les malformations congénitales et le Glyper n'est nullement établi. Certes, absence de preuve (de lien) ne vaut pas preuve de l'absence (de lien). Mais outre le problème de l'administration de la preuve de l'emploi de ce produit à un moment fatidique, rien dans les connaissances actuelles ne pointe des suspicions de causalité vers des substances chimiques, encore moins vers le glyphosate ou un de ses produits commerciaux.
On se référera à cet égard à l'article publié par Mme Géraldine Woessner dans le Point en octobre 2023, « Exposition prénatale au glyphosate : l’avis mal compris du Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides » et aux explications détaillées du professeur Frédéric Gottrand, une sommité mondiale des malformations œsophagiennes.
On peut ajouter une observation de bon sens : dans le brouhaha anti-glyphosate et anti-Bayer-Monsanto, il n'y a qu'un seul cas médiatisé, alors que le glyphosate est très largement utilisé dans le monde.
Encore une précision et une mise au point : voici ce qu'a écrit le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides – qui applique des règles de preuve souples, penchant en faveur des demandeurs :
« Devant la profession exercée par la maman, la commission considère que l'exposition professionnelle aux pesticides, bien que limitée, est plausible, et retient la possibilité de lien de causalité entre la pathologie de l'enfant et l'exposition aux pesticides durant la période prénatale. »
2-Le glyphosate a été classé "cancérogène probable" pour l'homme en 2017 après un avis du CIRC rendu en 2015. Une campagne contre Monsanto a convaincu la famille Grataloup qui a agi contre le groupe et la société de commercialisation de produits de jardinage Novajardin (à l'origine). Est-il vrai que monsieur Grataloup a été exposé ? Est-il vrai que cette exposition aurait pu être la cause de son état ?
Je n'ai pas la réponse pour Monsieur. Madame Grataloup affirme quant à elle, avec force, qu'elle a passé du Glyper dans le manège de son centre équestre au moment précis où se mettaient en place les structures du cou de son futur fils, alors qu'elle ne se savait pas enceinte.
Encore une fois, il n'y a pas de lien relevé par la science réglementaire – qui intègre dans ses évaluations tous les éléments pertinents de la recherche académique – entre glyphosate et problèmes de reproduction et de développement. On peut se référer à cet égard, pour un résumé sommaire, à la fiche SagE du Centre de Référence en Agriculture et Agroalimentaire du Québec.
J'ajouterai que le classement du glyphosate en « cancérogène probable » par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a été contesté, y compris par la maison-mère, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il n'y a pas que le fond : les irrégularités de la procédure sont incontestables.
3-Le profil toxicologique du roundup est-il inquiétant ? Y-a-t-il un lien démontrable entre ce produit et l'atrésie de l'œsophage ?
Le profil toxicologique du glyphosate n'est nullement inquiétant. C'est au contraire une des matières actives du dessus du panier.
Le glyphosate nous arrive sous la forme de produits incorporant d'autres substances permettant notamment une meilleure pénétration de la matière active dans les plantes. Il est fréquemment affirmé que ces co-formulants sont plus problématiques que le glyphosate lui-même. Et, bien sûr, la recherche militante s'active à faire le procès du glyphosate en tant que coupable collatéral de ces co-formulants. C'est simple : il suffit de faire boire un produit commercial aux animaux de laboratoire (voire l'injecter par voie péritonéale), de plus à des doses sans rapport avec l'exposition de la population générale ou même des applicateurs de pesticides.
Les résultats ne sont pas convaincants – ou devraient plutôt nous convaincre de l'absence de risques. C'est le cas de la dernière grande étude de l'Institut Ramazzini que les médias militants n'ont guère pu exploiter en France, priorité ayant été donnée à la loi Duplomb et l'acétamipride (mon décryptage est ici). Pas convaincants même pour le RangerPro états-unien qui contient du POEA (polyoxyéthylène amine), interdit dans l'Union Européenne en juillet 2016 en tant que co-formulant.
Par ailleurs, à ma connaissance, on n'a jamais recherché les éventuels résidus de ces co-formulants dans les denrées alimentaires. Et pour cause : leur présence est fort improbable.
4-Qu'est-ce que l'effet tératogène ? Le glyphosate présente-t-il un risque d'effet tératogène ? Qu'en disent les autorités sanitaires ?
L'effet tératogène désigne la capacité d'une substance, d'un agent (comme les radiations), d'un facteur à provoquer des malformations congénitales ou des anomalies dans le développement d'un embryon ou d'un fœtus pendant la grossesse.
Cela correspond en partie au « R » de « CMR » (cancérigène, mutagène, reprotoxique ou toxique pour la reproduction) de la réglementation des pesticides.
C'est une composante de l'analyse toxicologique qu'il convient d'analyser en relation avec des facteurs comme la dose et le stade de l'exposition. Ainsi, avant l'ère du vaccin, la rubéole avait un effet tératogène particulièrement marqué lors de l'exposition au virus au cours du premier trimestre de la grossesse (les cas de surdité sont typiques).
Les études expérimentales sur l'humain sont évidemment interdites, et les études épidémiologiques extrêmement difficiles et peu convaincantes en raison des nombreuses sources de confusion (et souvent du militantisme académique).
Pour les études sur des animaux, il y a aussi le problème du modèle. Par exemple, on cite souvent une étude argentine, dite de Carrasco, très critiquée : elle a essentiellement porté sur des embryons d'un amphibien, Xenopus laevis. L'extrapolation à l'humain est très acrobatique !
Reprenons pour l'illustration l'exemple de l'étude Ramazzini qui portait certes sur la cancérogénicité et le développement de tumeurs : la dose maximale administrée journellement à des rats pendant deux ans correspondait à 0,5 litre (un demi-litre) d'herbicide prêt à l'emploi dosé à 7,2 g/L de glyphosate pour une personne de 72 kg !
Le résultat global est qu'on trouvera des études scientifiques qui affirment que le glyphosate a un effet tératogène, mais dans des configurations très éloignées de la vie réelle. Et, bien sûr, de nombreux médias qui sonnent le tocsin...
Pour la vie réelle, les autorités sanitaires s'accordent à dire – avec les précautions rhétoriques qu'exige l'impossibilité de prouver l'inexistence d'un effet – que le glyphosate n'est pas problématique.
Le 25 mars 2024, l'ANSES a publié « Glyphosate, le point sur les actions de l'Anses » avec un résumé chronologique, dont le point suivant :
« Mai 2022 : l’ECHA [Agence Européenne des Produits Chimiques] confirme la classification des dangers du glyphosate selon laquelle la substance engendre de graves lésions oculaires et est toxique pour la vie aquatique. Sur la base des preuves scientifiques disponibles, le comité d'évaluation des risques de l'ECHA conclut que la classification du glyphosate en tant que substance cancérogène, mutagène ou reprotoxique n'est pas justifiée.
Le rapport final de l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) publié le 26 juillet 2023 indique ne pas avoir identifié de « domaine de préoccupation critique » chez les humains, les animaux et l’environnement susceptible d’empêcher la réautorisation du glyphosate.
Il liste une série de valeurs de NOAEL (ou DSENO en français – dose sans effet nocif observable) pour les divers effets sur la reproduction et le développement. Leur ordre de grandeur est la centaine de milligrammes par kilogramme de poids corporel et par jour (par exemple 300 sur la base d'un problème d'ossification chez des rats). Si l'on s'en tient aux chiffres des « glyphotests » bidons – erronés, et surtout largement surévalués, mais cela nous arrange – des « pisseurs de glyphosate » ou du choquant Envoyé Spécial de janvier 2019, notre exposition serait de l'ordre de la dizaine de microgrammes par jour.
Un rapport de l'ordre de 10.000 à 1... C'est là un élément majeur de la désinformation à laquelle nous soumettent sans relâche les activistes, les médias militants et les médias suivistes : l'occultation des ordres de grandeur et, partant, le fossé entre le danger et les risques.
Faisons encore preuve de bon sens : le glyphosate ne serait pas autorisé, particulièrement dans une Union Européenne qui a érigé la pétoche en principe directeur, s'il y avait un réel problème.
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