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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Acétamipride : qu'il est difficile d'être ministre chargé de la Santé...

16 Août 2025 Publié dans #PPL Duplomb-Ménonville, #Politique

Acétamipride : qu'il est difficile d'être ministre chargé de la Santé...

 

 

 

 

Je ne compléterai pas le titre... Se faire interviewer comporte évidemment l'obligation de répondre à des questions d'actualité, en faisant parfois preuve d'acrobatie. Mais cela ne fait pas avancer le dossier, et ne donne pas non plus une bonne image du gouvernement.

 

 

M. Yannick Neuder, ministre chargé de la Santé et de l'Accès aux Soins, auprès de la ministre du Travail, de la Santé, de la Solidarité et des Familles, a été « L'invité de 7h50 » du vendredi 8 août 2025 sur France Inter.

 

Il a été spécifiquement interrogé sur la décision du Conseil Constitutionnel de censurer la disposition qui aurait permis d'autoriser l'usage de l'acétamipride (et de deux autres produits de protection des plantes) à titre dérogatoire.

 

Après des paroles lénifiantes en direction des agriculteurs, place à une mâle affirmation :

 

« […] sur l'acétamipride, moi, je reste ministre de la Santé qui prend des décisions basées sur les preuves […]. »

 

...pour botter immédiatement en touche et, pour reprendre les termes de M. Michel Demon, refiler « la patate chaude » à l'Union Européenne.

 

« […] Je crois que moi, j'en appelle aux autorités européennes puisque le sujet, vous l'avez bien compris, est au niveau européen, on ne peut pas interdire une substance en France si on importe les produits des autres pays européens qui traitent les aliments avec ce produit-là […]. »

 

Pour le dire très crûment, c'est parfaitement incohérent. Que fait du reste la France aujourd'hui ?

 

« […] Après il ne faut pas négliger l'impact dans la population, plus de deux millions de Français ont signé cette pétition, et enfin, troisième point, il s'agit naturellement de respecter la décision du Conseil Constitutionnel […]. »

 

Négligeons donc les millions d'autres qui n'ont pas signé... Allons vers une démocratie qui valorise et caresse dans le sens du poil les minorités gueulardes, et ce, même si elles ont été grossièrement manipulées.

 

Et donc...

 

« […]j'en appelle très naturellement avec beaucoup d'attention et beaucoup de transparence à une réévaluation par les autorités sanitaires européennes, sans délai, de l'impact sanitaire de l'acétamipride [...] »

 

C'est de l'incantation ! La réévaluation a été faite récemment, tant sur la question de la santé humaine (ce qui a abouti à un abaissement de la dose journalière admissible) que du niveau de certaines limites maximales de résidus.

 

À moins de croire que le gouvernement est un foutoir, où chacun fait ce qu'il veut – enfin, vraiment, ce qu'il veut –, saisir les autorités européennes devrait se concevoir comme une décision prise par le gouvernement in corpore, pas par un seul ministre.

 

Et que vaut, en la matière, la parole de ce ministre sur France Inter. C'est de la gesticulation.

 

Cet épisode – comme d'autres, telles les apparitions récurrentes de Mme Agnès Pannier-Runacher distillant de manière similaire son opinion, ses préjugés et ses marottes – participe à la déliquescence de la fonction gouvernementale et à la perte de sa crédibilité et de son autorité auprès de la population.

 

J'ai arrêté d'écouter à ce stade. Ce qui suit, c'est ce que les médias ont retenu et rapporté.

 

RadioFrance cite encore ceci :

 

« Si il (sic) y a un impact sur la santé humaine, il faudra naturellement interdire ce produit puisque je vous rappelle que le Conseil constitutionnel a, pour l'instant, retoqué sur des données de santé animale et d'impact environnemental […] Il y a des études en cours, notamment sur le rôle perturbateur endocrinien potentiel ou neurotoxique. Nous sommes très vigilants à l'attendu de ces études pour pouvoir prendre toutes les décisions nécessaires au même niveau que les autres pays européens. »

 

Quelle indigence !

 

« Si il y a un impact sur la santé humaine », on – la Commission Européenne, autrement dit les États membres selon les procédures applicables – avisera en fonction de la nature et des conséquences de cet « impact ». Des mesures de prévention ou de mitigation peuvent en effet être suffisantes (cf. l'abaissement de la dose journalière admissible).

 

Et, faut-il le rappeler – oui, il faut, inlassablement –, l'acétamipride est autorisée en tant que substance biocide, y compris, par exemple, contre les punaises de lit !

 

En outre, M. Yannick Neuder n'a pas lu, semble-t-il, la décision du Conseil Constitutionnel. Il est difficile (litote) d'y trouver des « données ». Et la santé humaine y est bien mentionnée :

 

« 79. Toutefois, en premier lieu, les produits en cause ont des incidences sur la biodiversité, en particulier pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux, ainsi que des conséquences sur la qualité de l’eau et des sols et induisent des risques pour la santé humaine. »

 

Toutefois, tout le monde n'a pas entendu la même chose. TF1info (avec AFP) écrit notamment :

 

« En cas d'impact avéré sur la santé humaine, "il faudra naturellement interdire ce produit", a indiqué le ministre de la Santé, soulignant que les Sages reconnaissent les risques sur la santé humaine mais que le principe de précaution reste cantonné aux questions environnementales. »

 

Au niveau européen sans doute, puisque dans l'état actuel des choses, l'acétamipride est interdite en France. M. Yannick Neuder est bien présomptueux...

 

Poursuivons avec TF1info :

 

« On comprend bien que psychologiquement, réintroduire une molécule qui a été interdite, même s'il n'y avait pas de critères sur la santé humaine, pose de grandes inquiétudes. »

 

C'est la citation d'une déclaration de M. Yannick Neuder. Fallait-il vraiment agiter les « grandes inquiétudes » pour ce qui est, à ce stade au moins, du domaine de l'hypothétique ?

 

Notons par ailleurs que les études et les « études » vont se multiplier : comme on le sait, il y a une clique qui cherche à faire la peau aux néonicotinoïdes. Et, même sans faire partie de la clique, il y a là de belles opportunités de financement.

 

Revenons enfin à RadioFrance :

 

« En plus des 2,1 millions de signatures récoltées par la pétition réclamant l'interdiction de l'acétamipride, plusieurs sociétés savantes, dont l'Ordre des médecins, s'étaient également prononcées contre cette partie de la loi Duplomb. "C'est normal que la communauté scientifique, au même titre que le Conseil de l'ordre, alerte. C'est bien normal qu'il y ait des alertes du monde médical", reconnaît le ministre chargé de la Santé, rappelant au passage qu'il est lui-même médecin. Mais "c'est l'Anses qui prend ses décisions et qui fait des propositions d'interdiction", ajoute-t-il.

 

L'Ordre des Médecins société savante ? Quelle blague, RadioFrance !

 

Mais, s'il est « normal » que des sociétés savantes alertent, qu'il est « bien normal qu'il y ait des alertes du monde médical », il n'est pas normal que ces entités se prononcent en dehors de leur domaine de compétence et, pire, fassent de la désinformation.

 

Mais, entre médecins, les bonnes manières...

 

Eh bien, les bonnes manières et une attitude politicienne qui s'exprime par l'adage : « C'est moi le chef, dites-moi où je dois aller ! » ont eu pour conséquence de remettre une pièce dans le bastringue pour l'activisme anti-acétamipride.

 

 

Ce n'est pas du genre délicat, mais c'est pertinent. (Source)

 

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