Acétamipride, nazisme et autres joyeusetés : une tribune de M. Dominique Bourg dans le Monde
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On ne peut pas dire que le titre de l'article soit une réussite ! (Source)
Le Monde a publié une tribune de Mmes Agnès Buzyn et Mélanie Heard le mercredi 13 août 2025 (édition papier). En contrepoint, une tribune de M. Dominique Bourg, « La loi Duplomb caractérise l’état d’esprit de la droite : la défense d’intérêts économiques étroits au-delà de l’intérêt général ». Attention les yeux !
Le dossier de la loi Duplomb et de l'acétamipride est loin d'être clos, même si le Conseil Constitutionnel a retoqué la disposition qui aurait permis l'utilisation à titre dérogatoire de cet insecticide néonicotinoïde (ainsi que du sulfoxaflor et de la flupyradifurone).
Le 11 août 2025 (date sur la toile) et le 13 (édition papier), le Monde publiait une tribune de Mmes Agnès Buzyn et Mélanie Heard, « Loi Duplomb : "La place accordée à la science dans la décision publique reste incertaine, peu normée et profondément vulnérable" ».
En quelque sorte en contrepoint, il y eut une tribune de M. Dominique Bourg, professeur honoraire de l'Université de Lausanne (Suisse), « La loi Duplomb caractérise l’état d’esprit de la droite : la défense d’intérêts économiques étroits au-delà de l’intérêt général » (c'est une citation de son texte).
En chapô :
« En soutenant l’adoption de cette loi pour limiter la baisse des rendements, la droite française sacrifie la protection de l’environnement et de la santé publique, analyse, dans une tribune au "Monde", le philosophe Dominique Bourg. »
Le propos général est clair ! Le mot « sacrifie » est fort ! Du reste incompatible avec la décision du Conseil Constitutionnel. En effet, celui-ci n'a retoqué la disposition en cause que sur la base de considérations générales quant à l'environnement et la santé (nécessaire pour inscrire sa décision dans le cadre du bloc constitutionnel) et de critiques sur la portée matérielle et temporelle de la disposition. Mais l'activisme ne craint pas les outrances...
L'enjeu pour les agriculteurs producteurs de betteraves (les noisettes ont été fort opportunément oubliées) est minimisé doublement dans la tribune.
D'une part, le désastre de 2020 (30 % de pertes en moyenne dues aux jaunisses transmises par des pucerons) est relativisé :
« […] Il ne s’agit donc que d’une baisse des rendements ni partout ni tout le temps […]. »
D'autre part...
« Commençons par souligner l’étroitesse des intérêts défendus par la majorité parlementaire dans cette affaire. L’enjeu de l’interdiction des néonicotinoïdes n’est pas même la disparition d’une filière, la culture des betteraves, mais une rentabilité moindre certaines années, celles caractérisées par les assauts d’une maladie, la jaunisse, laquelle entraîne une baisse des rendements.
Encore un qui « n'en a rien à péter » de la rentabilité des agriculteurs, pour reprendre les termes maintenant candidats aux bêtisiers de Mme Sandrine Rousseau.
En fait, ça ne s'arrange pas... (Source)
Il y a, bien sûr, un enjeu « en face » :
« […] Il ne s’agit donc que d’une baisse des rendements ni partout ni tout le temps, et cela pèse plus aux yeux de certains que la destruction de l’environnement, que la protection de la santé publique, que la lutte contre l’explosion du nombre de divers cancers, que le fait qu’ils affectent des populations de plus en plus jeunes, qu’in fine la mort d’autrui. »
La désinformation et les outrances sont encore au rendez-vous ! La « mort d'autrui » pour une substance homologuée pour des usages domestiques...
Bien sûr, il y a des « alternatives »...
« […] Au premier chef, l’agriculture biologique. Les exploitants qui la pratiquent ne connaissent nullement les affres de la jaunisse. Autre alternative, l’agroécologie [...] »
(Source)
On vous fera grâce de la suite. Le philosophe se révèle grand agronome !
Mais piètre économiste car les complications de ces « alternaives » – du reste inexistantes ou irréalistes – sont tout simplement minimisées.
Et voici qu'apparaît le philosophe :
« Cancéreux, circulez, il n'y a rien à voir ! C'est un exemple caractéristique de ce que la philosophe Val Plumwood appelait la "rationalité sadique". Réaction des assassins de la santé publique : accuser le juge constitutionnel d'enfreindre la volonté populaire. De quel peuple ? Celui des cancéreux et de leurs familles, des signataires de la pétition anti-Duplomb ? S'il suffisait de disposer d'une majorité parlementaire pour satisfaire aux critères de la démocratie, alors démocratie et tyrannie se confondraient. […]. »
Délaissons ce sujet qui tourne au scabreux, même si la fascination pour les comparaisons avec le nazisme est un sujet... fascinant. Non sans avoir toutefois souligné l'assimilation des partisans de la loi Duplomb à des « assassins de la santé publique ».
Voici maintenant Simone Weil, une référence plus connue :
« Plus fondamentalement, l'époque semble succomber à la pathologie discernée par Simone Weil dans L'Enracinement [Gallimard, 1949]. La civilisation occidentale lui semblait animée par deux veines : l'une morale, relative aux droits humains et à leur défense ; et l'autre technique et scientifique, inséparable d'une affirmation de la puissance. La philosophe discernait dans le nazisme une pathologie civilisationnelle, consistant dans le rejet de la veine humaniste, associé à la sur-affirmation d'un désir de puissance, inséparable de la froideur du calcul et de l'égoïsme des intérêts. »
Délaissons, là encore, les méandres du raisonnement qui, se poursuivant, fait appel aux « missionnaires chrétiens », au « colonialisme et l'indifférence aux injustices ordinaires », bref, à « toutes les turpitudes de notre histoire ». C'est gratiné !
Voici la conclusion : il existe encore des gens de bien...
« […] Il semble que nous ne voulions pas toutes et tous renouer avec la part noire de notre histoire, que nous ne nous identifions pas tous [le « toutes » a sauté ici] au retour du cynisme, que l'énergie des pétitionnaires anti-Duplomb puisse irriguer les veines de la résistance et de la révolte. »
Par un raisonnement a contrario, nous devons constater que les « gens de "pas bien" » renoueraient « avec la part noire de notre histoire », etc.
Bref, ils seraient des nazis.
Et comment faut-il interpréter les derniers mots ? Un appel à la « révolte » ?
M. Dominique Bourg est bien sûr libre de professer toutes les opinions qui sont les siennes – dans le cadre des limites prévues par les règles légales applicables. Il n'y a pas d'atteinte à l'honneur des personnes ainsi qualifiées de nazis, n'étant pas nommées ni clairement identifiables.
Le Monde est aussi, bien sûr, libre de publier toutes les opinions s'inscrivant dans ces limites.
Et nous sommes libres de questionner la déontologie, voire la décence, du quotidien après lecture de cette tribune de M. Dominique Bourg.
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