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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

À propos de l'importance de la protection des végétaux

1 Août 2025 Publié dans #Protection des plantes, #Willi l'Agriculteur

À propos de l'importance de la protection des végétaux

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

Lors d'un événement organisé par TopAgrar, le professeur A. v. Tiedemann a prononcé un discours dans lequel il a abordé l'importance de la protection des végétaux. En voici le texte.

 

Ma note : Remarquable !

 

 

« L'agriculture en dialogue », TopAgrar Berlin, le 15 avril 2025

 

Protection des végétaux : en toute sécurité !

 

Discours du professeur Andreas von Tiedemann, Université de Göttingen

 

Version écrite du discours :

 

https://dlvr.t-online.de/dlvr?p[dtkn]=kr-qsldPOm1EGYRw86aNhBxqSOlAsvy5

 

Le débat sur l'ampleur et la nécessité de réglementer l'utilisation des produits phytosanitaires porte essentiellement sur une évaluation objective des avantages et des risques de la protection des végétaux.

 

Dans cette présentation, les faits concernant les avantages et les risques de la protection des végétaux seront brièvement présentés et nous en déduirons à quoi devrait ressembler une politique phytosanitaire moderne. Il apparaîtra clairement que la réglementation actuelle de la protection phytosanitaire chimique repose sur des prémisses dépassées.

 

Les avantages et les risques peuvent être décrits objectivement à l'aide de méthodes scientifiques. Sur cette base, il convient d'évaluer quelle protection phytosanitaire est nécessaire et justifiable. Cette évaluation doit être effectuée de manière responsable et impartiale par les décideurs politiques.

 

Il est remarquable que les avantages de la protection phytosanitaire soient souvent négligés dans les articles de médias généraux. Voici les faits : selon une étude réalisée en 2019 par l'Université de Louvain pour le Parlement Européen, la protection phytosanitaire à base de substances actives sécurise entre 20 et 40 % des rendements des principales cultures vivrières mondiales. La perte de cette technologie ferait passer le nombre de personnes sous-alimentées d'environ 800 millions actuellement à 2,9 milliards et le taux de famine dans le monde de 10 % actuellement à plus de 30 %. Nous retrouverions ainsi le niveau de famine de 1960, qui était déjà considéré comme extrêmement alarmant à l'époque.

 

Selon la FAO, environ un quart de tous les aliments destinés à la consommation humaine et animale dans le monde sont contaminés par des mycotoxines, ce qui entraîne des dommages considérables pour la santé humaine, en particulier dans les pays en développement et émergents. L'une des raisons en est le manque d'accès aux produits phytosanitaires.

 

Les cultures saines préservent davantage les ressources. Par unité de récolte, elles nécessitent moins d'eau, moins de nutriments, moins d'énergie et moins de surface.

 

Le désherbage chimique permet des systèmes de culture préservant les sols et favorise les rotations avec des cultures intermédiaires écologiquement précieuses.

 

Les produits phytosanitaires sont également des composants essentiels du système de protection intégrée des cultures, car ils freinent également l'érosion de la résistance des variétés. Il en va de même pour l'usure des substances actives.

 

Tout compte fait, les produits phytosanitaires permettent précisément ce que tout le monde souhaite : une agriculture durable, productive et respectueuse des ressources.

 

Passons maintenant aux risques. Le débat actuel sur les risques liés aux produits phytosanitaires nous ramène aux années 1960 ou 1970, lorsque des produits phytosanitaires aussi dangereux que le mercure, le DDT, l'E605, le lindane ou l'atrazine étaient utilisés. En ce qui concerne les deux domaines de risque que sont la toxicité environnementale et la toxicité pour les animaux à sang chaud, nous vivons aujourd'hui dans un monde différent.

 

Rien qu'entre 1970 et 2008, le risque de toxicité des produits phytosanitaires dans l'UE a diminué de plus de 95 %. Aujourd'hui, on ne peut plus parler de risque de toxicité pour les utilisateurs ou les consommateurs, ne serait-ce que parce qu'aucun produit phytosanitaire toxique pour l'homme n'est plus autorisé. Toutes les institutions qui contrôlent la qualité sanitaire des denrées alimentaires en Allemagne parviennent à la même conclusion, à savoir que les denrées alimentaires (y compris celles issues de l'agriculture conventionnelle) ne présentent aucun risque pour la santé des consommateurs. Il en va de même pour l'eau potable, qui est systématiquement jugée sans problème dans les rapports sur l'eau potable de l'Agence Fédérale de l'Environnement.

 

Le risque écologique lié à l'utilisation des produits phytosanitaires qui fait actuellement l'objet de discussions est principalement le déclin de la biodiversité. Un malentendu notable s'est développé dans l'opinion publique à propos de ce risque. Il ne fait aucun doute que les produits phytosanitaires ont des effets quantitatifs tant sur les populations d'organismes cibles que sur celles d'organismes non cibles. Cette régulation quantitative est l'objectif de leur utilisation et doit avoir un effet bénéfique sur les cultures. Cependant, la régulation quantitative ne signifie pas la perte d'espèces. Et c'est précisément ce qui est malheureusement confondu non seulement dans le débat, mais aussi dans la justification de nouvelles restrictions. Pour être tout à fait clair : il n'existe aucune preuve scientifique démontrant que la protection chimique actuelle des cultures entraîne directement la perte d'espèces.

 

Ce qui nous ramène au problème déjà évoqué des prémisses erronées.

 

Dans une situation où les produits phytosanitaires ne présentent plus de risque toxicologique et où il n'existe aucune preuve d'une menace pour des objectifs importants de protection de la nature tels que la biodiversité, une politique réglementaire qui n'a d'autre objectif que de réduire davantage la protection phytosanitaire est une approche erronée qui, même dans l'optique de la réalisation des objectifs de protection, ne peut qu'échouer car elle ignore l'absence de causalité.

 

D'un point de vue scientifique, les prémisses d'une politique de réduction qui étaient peut-être encore valables il y a 40 ans doivent aujourd'hui être remises en question.

 

Une réglementation essentiellement axée sur les risques ne peut pas non plus être justifiée par des études qui semblent impliquer de tels risques. Il n'est pas sérieux que les écotoxicologues continuent d'assimiler la présence de quantités extrêmement faibles de substances, quel que soit le compartiment environnemental, à un risque. Sachant pertinemment que des analyses de plus en plus performantes permettent aujourd'hui de détecter pratiquement n'importe quelle molécule n'importe où, il est nécessaire de compléter les mesures pures par des études d'activité afin de pouvoir évaluer le risque réel. Or, cela n'est pas fait, car dans la plupart des cas, cela ne donnerait aucun résultat positif.

 

Les études agroécologiques sans lien avec la pratique ou dont la conception expérimentale est inadéquate méritent également d'être critiquées. Citons à titre d'exemple l'étude de Krefeld [Hallmann et al.], qui a suscité un vif intérêt en 2017 en affirmant une baisse de 75 % du nombre d'insectes en 27 ans, une étude qui a été critiquée dès sa publication par des collègues spécialistes en raison de sa conception insuffisante et qui, après réévaluation des données par Jörg Müller et al. a été totalement réfutée s'agissant de sa conclusion principale.

 

L'étude de Krefeld a donné une image erronée d'un déclin généralisé des insectes, qui n'est confirmé par aucune autre étude dans le monde. Une politique qui se réfère à des études non valides de ce type n'est pas fondée sur des données scientifiques.

 

Du point de vue de l'agriculture, l'impact injustifié de l'étude de Krefeld n'est pas négligeable. Récapitulons donc : l'étude de Krefeld ne prouve ni un déclin général des insectes, ni un lien avec la protection des végétaux. Elle a néanmoins donné lieu à une législation sur la protection des insectes qui contribue considérablement à la déconstruction actuelle de la protection phytosanitaire chimique qui, que nous le voulions ou non, continue de jouer un rôle prépondérant dans la préservation de la santé des cultures et constitue donc sans aucun doute une technologie garantissant la prospérité.

 

Une conséquence particulièrement critique est la diminution de la disponibilité des substances actives. Ce n'est pas le nombre total de substances actives autorisées qui est déterminant, mais la disponibilité de différents modes d'action. Voici à nouveau les faits : sur les quelque 5.600 cas d'utilisation de produits phytosanitaires chimiques dans l'agriculture, la sylviculture et l'horticulture, seuls 36 % étaient encore couverts par la disponibilité d'au moins 3 classes de résistance lors de la dernière enquête en 2019. Cela signifie que deux tiers des mesures phytosanitaires chimiques ne seront déjà plus efficaces à long terme en raison du risque de résistance. Cela concerne en particulier les insecticides et les herbicides, ainsi que la protection des cultures dans l'agriculture, la culture fruitière et la culture maraîchère.

 

Tout cela se produit dans un contexte d'augmentation spectaculaire des problèmes phytosanitaires dans la pratique. En effet, la menace que représentent les organismes nuisibles pour la production alimentaire reste une réalité et l'évolution de ces organismes se poursuit, renforcée par l'invasion de nouveaux organismes nuisibles et le changement climatique. Voici à nouveau les faits : les espèces envahissantes, en particulier les insectes, tels que la chrysomèle des racines du maïs, la cicadelle à ailes transparentes, le charançon de la betterave, le scarabée du Japon ou la drosophile, de nouveaux agents pathogènes tels que le Stolbur et le SBR, des virulences modifiées comme dans le cas de la rouille jaune et l'agressivité croissante des agents pathogènes déjà présents ne pourront être maîtrisés qu'avec une protection phytosanitaire plus efficace et non avec une protection encore réduite.

 

Il convient de mettre en garde contre les attentes largement exagérées concernant les alternatives à la protection phytosanitaire chimique. Malgré des décennies de recherche, les produits phytosanitaires biologiques ne couvrent qu'environ 1 % des indications en matière de protection phytosanitaire. Les techniques phytosanitaires numériques permettant une application précise, telles que la pulvérisation localisée, nécessitent toujours de bons principes actifs. Leur utilisation se limitera à la lutte contre les mauvaises herbes. Tant les produits biologiques [biologicals] que la robotique ne seront que des solutions de niche dans un avenir prévisible. Les robots permettent peut-être de lutter contre les mauvaises herbes, mais certainement pas contre les bactéries, les champignons ou les insectes.

 

Les nouvelles biotechnologies suscitent des espoirs, mais elles en sont encore à leurs balbutiements, comme la technique ARNi, ou sont bloquées par l'absence de cadre juridique, comme les nouvelles méthodes de sélection. Même si les conditions nécessaires sont créées dès maintenant, il faudra attendre de nombreuses années avant qu'elles ne se concrétisent dans la pratique.

 

D'un point de vue scientifique, les prémisses de la politique phytosanitaire menée jusqu'à présent sont dépassées. Si on les examine sérieusement, on constate que la politique de réduction dominante de ces dernières années n'a plus de justification factuelle et qu'un changement de politique est urgent.

 

Compte tenu des problèmes urgents qui se posent dans la pratique, la future politique phytosanitaire doit passer d'une politique de réduction à une politique de facilitation. Cela implique avant tout une évaluation réaliste des risques basée sur des études valides et une prise en compte appropriée des avantages de la protection phytosanitaire. Cela devrait par exemple se traduire par l'égalité des deux autorités d'évaluation des risques, le BfR et l'UBA.

 

Un exemple très simple de politique de facilitation serait la réautorisation du traitement insecticide par enrobage des semences, une fois que les raisons pour lesquelles il avait été interdit ont été éliminées.

 

La politique de facilitation implique également une application plus restrictive du principe de précaution, en particulier lorsqu'il existe des doutes quant à sa pertinence pour les consommateurs et les utilisateurs.

 

Une nouvelle politique d'autorisation doit également remettre en question la procédure d'autorisation afin de permettre à nouveau les innovations urgentes et nécessaires. Le renforcement des conditions d'autorisation, qui ne sert plus qu'à empêcher et non plus à améliorer la protection des végétaux, n'a aucun sens.

 

Il semble également y avoir ici une marge de manœuvre pour réduire la bureaucratie. La forte augmentation des autorisations d'urgence montre que, compte tenu de l'urgence des mesures phytosanitaires, les risques qui justifiaient auparavant l'interdiction d'une application sont apparemment acceptables. Si la nécessité de l'usage, c'est-à-dire son utilité, avait été davantage prise en compte dans la décision d'autorisation, celle-ci aurait peut-être été différente et l'on se serait épargné le détour par l'autorisation d'urgence.

 

Il est urgent de changer de mentalité : la protection phytosanitaire moderne basée sur des substances actives est une technologie de prospérité pour le bien de tous. La protection des plantes alimentaires devrait être une tâche de l'État, au même titre que la protection de la santé, de la nature ou des animaux.

 

________________

 

 

* Source : Über die Bedeutung des Pflanzenschutzes - Bauer Willi

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F
Remarquable, en effet. Cet article gagnerait à être complété par des références pour soutenir les nombreuses affirmations scientifiques qu’il contient. Il pourrait être décliné en une multitude d’articles plus courts et plus percutants.
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