« Un non-lieu sans joie ni soulagement : ce qui s’achève, ce qui reste à faire pour les victimes et la démocratie »
Olivier Véran*
Voilà une opinion que je partage, aux deux sens du terme. C'est, en partie, un appel pressant à la prise de conscience et à une action déterminée pour une bonne information (posons-le ainsi, sur le mode positif).
Il y a une menace à nos portes : celle d'une autre crise sanitaire, issue d'une mutation du virus de la grippe aviaire H5N1 lui conférant la faculté de se propager entre humains (et de l'irresponsabilité qui sévit aux États-Unis d'Amérique).
La Cour de justice de la République a rendu une décision de non-lieu me concernant, ainsi qu'Edouard Philippe et Agnès Buzyn, dans le cadre de l'information judiciaire liée à la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Je prends acte de cette décision avec gravité, car je n'oublie pas que cette crise a coûté la vie à des dizaines de milliers de nos concitoyens. Je pense à toutes les victimes, à leurs familles, à celles et ceux qui portent encore les séquelles du virus. Je pense aussi aux soignants, aux personnels mobilisés, à tous ceux qui ont tenu le pays debout. Mon premier mot est pour eux.
Après des années de procédures, d'enquêtes, de convocations, de mises en cause publiques, la justice a parlé. Je veux dire ici ma reconnaissance à mes équipes, qui ont vécu elles aussi l'épreuve, souvent dans le silence. Elles ont vu débarquer chez elles, dans leurs foyers, dans leurs bureaux, des policiers missionnés pour fouiller leur intimité à la recherche d'un hypothétique scandale. Ce qu'elles méritaient, c'était la reconnaissance de la Nation. Elles ont eu la suspicion. Gérer l'imprévisible, c'est, dans l'incertitude, faire au mieux. Nous avons agi avec sincérité et responsabilité. Nous n'avons commis ni faute, ni manquement intentionnel.
Aujourd'hui, je n'éprouve ni joie, ni soulagement. Ce non-lieu n'effacera ni les menaces de mort, ni les insultes, ni les coups bas, ni les déferlantes de mensonges déversés sur les réseaux sociaux ou dans certains débats alors que nous nous battions de toutes nos forces, avec la plus grande sincérité et la plus grande implication, pour lutter contre le virus et ses effets sur notre société.
Je suis inquiet pour notre démocratie. Non pas parce qu'elle contraint ses responsables à rendre des comptes – c'est légitime, et j'y ai toujours consenti. Mais parce qu'aucun enseignement collectif n'a encore été tiré de ce que nous avons vécu. Parce que les mécanismes ayant permis aux colporteurs de mensonges, aux semeurs de chaos, de prendre le dessus sur ceux qui agissaient pour protéger et soigner, restent intacts.
Qui rendra compte des discours de désinformation ? Des violences verbales et physiques ? De la défiance organisée contre la science, contre l'État, contre les soignants ? Est-ce que les pamphléteurs en blouse blanche ou en écharpe tricolore, qui ont prospéré en publiant des livres complotistes, est-ce que les irresponsables qui ont détourné la confiance des citoyens pour les inciter à ne pas se protéger ont eu à rendre le moindre compte ?
Je dis que je n'éprouve aucune joie, mais je réalise que c'est de la colère qui monte. Il serait temps de se poser les bonnes questions. Il serait légitime, enfin, d'honorer la mémoire collective des victimes du Covid-19.
La pandémie a bouleversé nos vies, nos liens sociaux, nos institutions. Faire comme si rien ne s'était passé, comme si rien n'avait vacillé, serait une erreur grave. La démocratie elle-même a été bousculée, interpelée, mise en cause. Nous ne devons pas laisser la peur, la haine ou l'ignorance prendre le pas sur la vérité, la science, et la responsabilité. Comme témoins directs de cette période hors norme à tous égards, nous le devons à ceux qui ont souffert, et ceux qui après nous vivront d'autres grands bouleversements.
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* Source : https://x.com/olivierveran/status/1942203097247346954
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