PPL Duplomb-Ménonville : ça va bien, là, France Info ?
Avec des arguments « explosifs » de quelques opposants
(Source)
Répétons-le encore une fois : c'est fou comme la proposition de loi dite « Duplomb-Ménonville » rend fou !
France Info a publié un article – par ailleurs intéressant – en le contredisant de manière grotesque dans son chapô !
Dans l'exercice « he said, she said », des opposants ont fait valoir des arguments « explosifs ».
Ce 30 juin 2025 est vraiment la journée de la désinformation !
France Info a publié ce matin « Proposition de loi Duplomb : l'interdiction de l'acétamipride a-t-elle affecté la production de noisettes ? » dans la rubrique « Vrai ou Faux ».
C'est de Mme Linh-Lan Dao, de France Télévisions. L'article témoigne d'un gros effort de recherche et de mise en perspective et est, de ce fait, très intéressant. Cependant...
Quelqu'un a dû trouver pertinent de le faire précéder de ce chapô :
« Les indicateurs officiels de la filière française de la noisette se montrent stables, même après l'arrêt de l'usage de l'acétamipride en 2020. L'année 2024, particulièrement catastrophique pour les cultivateurs, fait office d'exception. »
Allons droit au but :
Pour ceux qui n'arrivent pas à lire un graphique avec un traitillé rouge :
« Avant 2020, les cultivateurs pouvaient utiliser la substance active à titre dérogatoire contre le balanin, principal insecte ravageur de la noisette. Depuis le retrait de l'acétamipride, efficace à 95% contre le balanin et la punaise diabolique, selon la coopérative, les rendements ont chuté "en dessous d'une tonne de noisettes produites par hectare en moyenne l'an dernier" contre "entre 2,2 et 2,5 tonnes" auparavant, alors qu'ils étaient "très stables pendant dix à quinze ans", déplore auprès de franceinfo Maud Thomas, directrice de l'ANPN. L'ingénieure attribue ces "dégâts quantitatifs et qualitatifs" d'abord aux ravageurs, mais aussi au climat – l'année 2024 a été l'une des dix années les plus pluvieuses depuis 1959, selon Météo-France.
L'article se poursuit sur un autre aspect, la qualité :
« "Pour la récolte de 2024, nous attendions un potentiel de 12 000 à 13 000 tonnes. On a récolté 6 500 tonnes", déplore Maud Thomas. Outre une baisse de rendement, l'ingénieure constate aussi une baisse de la qualité de la production. "Sur ces 6 500 tonnes, 2 000 tonnes sont impropres à la commercialisation, du fait de la punaise", détaille-t-elle, observant une "augmentation drastique" des défauts sur les fruits ces dernières années. »
La punaise diabolique (Halyomorpha halys) est en effet un ravageur d'apparition récente en France (premières observations du côté de Strasbourg en 2012).
L'article semble ensuite bémoliser ce qui est en fait une catastrophe pour les producteurs. Mais il y a manifestement une confusion entre rendement (à l'hectare) et production totale (dans une situation où le nombre d'hectares a augmenté). Le lecteur avisé ne sera pas abusé : cette augmentation de la taille du verger est bien expliquée.
Il a fallu donner la parole aux opposants...
Voici ce que l'on trouve dans l'exercice « he said, she said » (il a dit, elle a dit) :
« Et si la croissance de la filière était à l'origine du problème ? "Quand on augmente de façon rapide et concentrée des surfaces cultivées, cela favorise le développement des ravageurs", rappelle Corentin Barbu, chargé de recherche sur le contrôle des ravageurs et maladies des grandes cultures à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). [...] »
Mais c'est bien sûr ! Petit balanin et petite punaise diabolique se sentiront bien plus à l'aise dans un verger de 10 hectares que dans un verger d'un hectare... Je le pose ici sur le ton du sarcasme, peut-être la seule forme de réponse brève à un propos atterrant.
Mais il est complété dans la foulée :
« […] "On fabrique involontairement des parcs d'attractions pour punaises et coléoptères, et on cherche le moyen le plus drastique pour les éliminer", résume Philippe Grandcolas, entomologiste et directeur de recherche au CNRS. »
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Balanin des noisettes femelle (source)
Ma hotte à sarcasmes n'est pas sans fond... Alors posons un argument scientifique : si le balanin (Curculio nucum) est un ravageur spécifique du noisetier, la punaise diabolique (Halyomorpha halys) est une espèce polyphage qui se nourrit de plus de 300 espèces végétales, incluant des plantes sauvages et cultivées. Son « parc d'attraction », c'est toute la campagne !
En tout cas, c'était suffisamment percutant – ou grotesque – pour que cela fût repris en intertitre : « "Des parcs d'attractions pour punaises et coléoptères" ».
Punaise diabolique (source)
M. François Veillerette, « Générations Futures, association écologiste luttant contre les pesticides » a d'autres approches.
Les rendements français seraient « presque toujours supérieur aux rendements italien et turc » et « [u]ne très mauvaise année, ça arrive. »
Oublions donc les impératifs économiques... nous avons de la marge pour faire aussi « moins bien » que nos amis italiens et turcs...
Et d'enfoncer le clou :
« [Les agriculteurs] affirment qu'à cause de cette année catastrophique, il nous faut à tout prix la bombe atomique. »
Bombe atomique ? Il y a encore plus outrancier !
« Comme tout néonicotinoïde, l'acétamipride peut tuer ces insectes en ciblant leur système nerveux. "C'est un excellent produit pour ceux qui veulent se débarrasser des ravageurs de la noisette", admet auprès de franceinfo Jean-Marc Bonmatin, chercheur en toxicologie et en biochimie au CNRS. "C'est efficace... comme le lance-flamme ou la bombe H sont efficaces." »
Nous nous arrêterons là. Lisez l'article ! Il est de qualité.
Les opposants ont pu exprimer toute leur démesure, à la mesure de la pauvreté de leurs arguments. Et « ceux qui veulent se débarrasser des ravageurs de la noisette » ont produit des éléments rationnels à l'appui d'une description objective de leur situation et de leurs besoins.
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