Pétition anti-loi Duplomb : le conte de fées de l'initiative personnelle
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Les Victoires Populaires a pour slogan : « Faire gagner la gauche... avec vous ! ». (Source)
À l'heure où j'ai commencé à écrire, la pétition postée par Mme Éléonore Pattery sur le site dédié de l'Assemblée Nationale avait dépassé le cap des 500.000 signatures. À l'heure où je poste, elle a dépassé les 800.000. Initiative personnelle qui aurait réussi au-delà de toute espérance ou opération orchestrée ?
Si j'ai bien compris, c'est un compte Facebook avec juste une photo et 439 « ami(e)s ».
Pourtant, la pétition postée le 10 juillet 2025 sur la plate-forme dédiée de l'Assemblée Nationale – qui ne paye pas de mine, le site imposant l'austérité – a dépassé les 500.000 signatures le 19 juillet 2025 et approche les 800.000 le 20 à 10h30.
Elle a certes bénéficié de formidables coups de pouce après son décollage, y compris une dépêche de l'Agence France Presse (AFP), relayée par exemple par le Monde ce 19 juillet 2025 à 16h01.
La veille, à 9h38, Reporterre écrivait en chapô dans « Contre la loi Duplomb, une pétition pulvérise tous les records » :
« Lancée par une étudiante inconnue, une pétition pour le retrait de la loi Duplomb a recueilli près de 150 000 signatures en 8 jours. Elle pourrait ainsi être examinée par une commission à l’Assemblée. Analyse d’un succès citoyen. »
Et, dans le texte :
« Malgré le long weekend du 14 juillet et bien qu’Eléonore Pattery ne soit suivie que par quelques dizaines de personnes sur LinkedIn, la pétition a commencé à être partagée par de plus en plus de monde sur le réseau social ainsi que sur Facebook. Mardi 15 juillet, des plus gros comptes comme celui de Célia Poncelin, communicante engagée pour la transition écologique, ont relayé le post d’Eléonore Pattery. Et là, le boom : 15 000 signatures supplémentaires recueillies en vingt-quatre heures.
Thomas Wagner, alias Bon Pote, vulgarisateur sur le climat très suivi sur les réseaux sociaux, a partagé la pétition. Jeudi 17 juillet au matin, la pétition en est à 45 000 signatures. Quelques heures plus tard, dans la soirée, la barre des 100 000 est franchie. »
Est-ce une initiative personnelle d'une – ci-devant obscure et maintenant célèbre – étudiante qui ouvre sa pétition de la manière suivante :
« Je m'appelle Eléonore PATTERY, j’ai 23 ans, et je suis actuellement en Master QSE et RSE (Qualité, Sécurité, Environnement / Responsabilité Sociétale des Entreprises).
En tant que future professionnelle de la santé environnementale et de la responsabilité collective, j’apprends chaque jour à appliquer ce que vous — législateurs — refusez aujourd’hui de respecter vous-mêmes.
La Loi Duplomb est une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire.
Elle représente une attaque frontale contre la santé publique, la biodiversité, la cohérence des politiques climatiques, la sécurité alimentaire, et le bon sens. »
D'aucuns le laissent entendre.
Est-ce donc une pétition qui aurait bénéficié au départ d'un soutien spontané, et qui aurait été fort bien relayée par la suite comme l'explique Reporterre ?
Ou une opération orchestrée ?
Sur son compte LinkedIn, Mme Éléonore Pattery vient d'écrire (c'est nous qui graissons) :
« Un mot : Félicitations !
Merci à toutes celles et ceux qui ont signé, relayé, et surtout... qui croient en ce combat. Merci également aux personnes qui ont préparé le terrain ces dernières semaines pour rendre tout cela possible.
Grâce à vous, la voix du peuple résonne un peu plus fort.
[...] »
Il y a maintenant (assez) longtemps, j'ai donné mon adresse courriel à Générations Futures pour avoir accès à un de ses « rapports ». Depuis lors, je reçois des communications de cette entreprise incorporée sous forme d'association (et je ne m'en plains pas...). Ce 19 juillet 2025, Nadine de Générations Futures me donne du « Chers membres » et m'écrit :
« Une pétition citoyenne, lancée par une jeune femme (Éléonore Pattery), a déjà recueilli plus de 4000 000 [sic] signatures en quelques jours sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Cette mobilisation exceptionnelle montre l’ampleur de la colère face à cette loi rétrograde. »
Une « pétition citoyenne, lancée par une jeune femme »... C'est factuellement correct, mais...
Il y a une semaine, Mme Éléonore Pattery écrivait sur un compte LinkedIn qui n'était pas bien alimenté (son billet personnel précédent est vieux de deux mois et sans lien avec notre sujet) et sans doute peu fréquenté :
« Chers citoyennes et citoyens, bonjour,
Je vais aller droit au but : j’ai récemment déposé une pétition sur le site du gouvernement contre une loi qui facilite l’usage de pesticides dangereux, la construction de mégabassines, et l’essor de l’élevage industriel.
Je ne suis pas là pour porter un simple message politique, économique ou écologique. Je ne suis affiliée à aucun parti. Ce que je défends aujourd’hui, c’est la voix de la liberté. Il est urgent que nos décideurs sachent que nous ne sommes pas d’accord, que nous refusons ces pratiques déshumanisantes, détachées de toute considération pour notre santé, notre environnement et notre avenir.
[...] »
Bref, et pour le dire de manière diplomatique, ce n'est pas clair.
Nous n'entrerons pas dans le détail de la pétition. C'est creux, fondé sur l'émotion... ce qui contribue sans doute à son succès. En tout cas, c'est conçu de manière « artistique », très loin de la logorrhée institutionnelle des activistes patentés :
(Source)
La « loi Duplomb » est ainsi devenue sur les réseaux sociaux la « loi poison » :
« Nous sommes ce que nous mangeons, et vous voulez nous faire manger quoi ? Du poison. »
(Source)
Comme l'écrit le Monde en chapô :
« La conférence des présidents de l’Assemblée nationale peut désormais décider de classer la pétition ou d’organiser un débat. Dans ce cas, la loi ne serait pas réexaminée sur le fond et encore moins éventuellement abrogée. »
Ah oui ? Que demande la pétition ?
« Je m’oppose donc à la Loi Duplomb.
Par cette pétition, je demande :
- Son abrogation immédiate ;
- La révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée ;
- La consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit. »
On s'agite déjà à gauche. Toujours le Monde, avec AFP :
« "Grâce à votre mobilisation, l’Assemblée nationale devra à nouveau débattre de ce texte qui met en danger notre planète et notre santé !", a réagi La France insoumise, dans un message sur X relayé par son leader Jean-Luc Mélenchon. Le patron des députés socialistes Boris Vallaud a réclamé l’inscription de la pétition à l’ordre du jour de l’Assemblée "dès la rentrée" pour permettre un débat. Et Delphine Batho, députée Génération Ecologie, a demandé à Emmanuel Macron de "ne pas promulguer" la loi. Contacté par l’Agence France-Presse, le ministère de l’agriculture n’a, lui, pas souhaité réagir. »
Notons, pour ce qui est de Mme Delphine Batho, que le président de la République ne peut pas promulguer la loi, le Conseil Constitutionnel ayant été saisi... Mais l'essentiel n'est-il pas de faire du bruit et de participer à la curée ?
Ce fut un parti de gouvernement et c'est, dit-on, une « pétition citoyenne ». (Source)
Il y a deux pétitions qui circulent. EÉLV a manifestement des problèmes de vue. (Source)
Générations Futures aurait-il pris le train en marche ?
À l'heure où je poste, j'ai reçu un autre courriel de Nadine de Générations Futures, intitulé : « 500 000 signataires : un immense merci, maintenant cap sur le million ! », et adressé aux « Chers membres et soutiens » :
« Chers membres et soutiens,
Ensemble, nous l'avons fait !
Grâce à votre mobilisation incroyable, nous avons atteint le cap des 500 000 signataires pour la pétition lancée sur le site de l'Assemblée nationale par Eléonore Pattery ! Bravos à elle et à nous toutes et tous !
C’est une victoire collective qui montre la force de notre engagement pour un avenir sans pesticides dangereux, pour la protection de notre santé et de notre environnement.
Mais nous ne nous arrêtons pas là, visons le million de signatures ! [...] »
Au terme de ce billet, amis lecteurs, vous avez encore le choix de croire qu'il s'agit d'une initiative individuelle qui a trouvé de bonnes fées sur sa route... Ou qu'une jeune femme s'est piqué le doigt auprès d'une vieille fileuse, parfois assimilée à Carabosse, pour, non pas s'endormir comme la Belle au Bois Dormant, mais se transformer en activiste.
En lui faisant déposer une pétition dont les revendications sont manifestement irréalistes... ce que, hélas, aucun média n'a relevé à ma connaissance... Il y a de « bonnes fées » médiatiques et activistes qui assistent Carabosse dans ses œuvres.
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Le pot-aux-roses commence à se découvrir...
(Source)
L'article d'Ouest France est ici.
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