Nous aurions perdu 75 % de la diversité génétique
Les mythes avant 8 heures – à propos d'un documentaire de la chaîne allemande ARD...
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C'est toujours le même schéma : les activistes de prétendues organisations de protection de l'environnement lancent des chiffres, les médias favorables aux objectifs de ces associations les diffusent sans les vérifier et ils se transforment ainsi en prétendus faits – même s'ils ne sont pas exacts.
C'est ce qui s'est passé, par exemple, avec les 11.000 décès dus aux pesticides, basés sur une « étude » douteuse qui semblait déjà invraisemblable au premier coup d'œil. Ce chiffre a été repris dans l'« Atlas des pesticides » de la fondation verte Böll et est depuis lors rapporté à maintes reprises. Pourtant, la prétendue étude, une publication d'activistes du « Pesticide Action Network », a été retirée entre-temps, car les données n'étaient pas plausibles. Presque aucun média n'a dit un mot à ce sujet, et surtout pas ceux qui avaient pris ce chiffre comme motif de reportages et de commentaires. C'est ainsi que le chiffre est resté dans le monde jusqu'à aujourd'hui et que plus personne ne le remet en question.
Il en a été de même avec le message alarmiste selon lequel nous ne pourrions plus récolter que 60 fois avant que nos sols ne deviennent stériles. Ce chiffre a été diffusé par des députés européens écologistes et d'innombrables médias, et est attribué à la FAO, mais il provient en réalité d'un titre sensationnaliste et trompeur d'un bref rapport de Reuters. Personne n'a cherché à connaître l'origine de ce chiffre spectaculaire et, récemment, même Jeff Rowe, PDG du groupe Syngenta, s'est référé à ce chiffre dans le Handelsblatt.
Le même phénomène a de nouveau été observé en avril. M. Eckart von Hirschhausen a rapporté dans l'émission « Wissen vor acht » de la chaîne de télévision allemande ARD : « Au cours des cent dernières années, environ 75 pour cent des espèces et variétés utilisées en agriculture ont disparu » – un chiffre spectaculaire qui fait peur. Toutefois : les agriculteurs s'étonnent de ce chiffre, les sélectioneurs également.
M. Hirschhausen n'a apparemment jamais parlé à ces groupes. Sinon, plusieurs choses auraient été remarquées. Tout d'abord, il ne fait pas de distinction nette entre les espèces et les variétés. L'oignon est une espèce au même titre que la pomme de terre, le maïs ou la pomme ; pour les variétés, nous parlons, par exemple pour la pomme de terre, de « Linda », « Ackersegen » ou « Sieglinde ». Le fait que des variétés disparaissent parce qu'elles sont remplacées par de meilleures est un processus normal et n'a rien d'inquiétant – d'autant plus qu'une grande partie de leurs gènes se trouvent également dans les nouvelles variétés sélectionnées. Si des espèces entières comme l'ail, la pomme de terre ou le haricot disparaissaient, ce serait en effet spectaculaire – et 75 pour cent ? On se demande : y a-t-il des exemples ? Quels sont les légumes, les céréales que nos grands-parents consommaient encore et qui ont aujourd'hui disparu ? Un journaliste, surtout s'il se dit journaliste scientifique, devrait déjà se poser ce genre de questions. Il lui suffirait de prendre le fameux livre de cuisine d'Henriette Davidis, publié pour la première fois en 1845, pour constater qu'aucune des espèces de légumes ou de fruits qui y sont décrites n'a disparu.
Ainsi, s'il avait réfléchi un seul instant, il aurait peut-être commencé à faire des recherches pour savoir d'où provenait cette indication chiffrée. Mais pourquoi réfléchir ? 75 pour cent –cela semble bien correspondre à son récit habituel de « l'agriculture industrialisée ».
Il est pourtant facile de rechercher les origines de ce chiffre, car dès 2021, des chercheurs renommés en sciences végétales s'étaient mis à la recherche de ce chiffre mystérieux dans un article spécialisé. Ils ont découvert qu'il n'existait aucune source sérieuse à ce sujet. Le chiffre est apparu pour la première fois dans une brochure intitulée « Harvesting Nature's Diversity », publiée par la FAO en 1993. Dans cette brochure, il n'y a pas non plus de source ou de référence à une étude ou à un département de la FAO, seulement une vague affirmation dans la préface (!) : « Depuis le début de ce siècle, environ 75 pour cent de la diversité génétique des cultures agricoles a été perdue ». L'auteur de la brochure est Hope Shand, une activiste de l'ONG nord-américaine Rural Advancement Foundation International, RAFI (depuis 2001 ETC Group).
RAFI menait alors déjà, sous la direction de Pat Mooney, Shand et Cary Fowler, une campagne contre les technologies modernes dans le secteur agricole : génie génétique, produits phytosanitaires de synthèse, brevets, nanotechnologie. En 1995, ce groupe a inventé le terme de « biopiraterie ». Les auteurs de la publication de 2021 supposent que ce chiffre provient du livre de RAFI « Shattering : Food, Politics, and the Loss of Genetic Diversity » de 1991. On y trouve (toujours dans la préface) la phrase suivante : « Au milieu des années 1970, les trois quarts des variétés traditionnelles de légumes en Europe étaient sur le point de disparaître ».
Ce chiffre a apparemment été simplement repris par Hope Shand pour la brochure de la FAO et présenté comme un phénomène mondial. Depuis, il hante la FAO, répété par exemple en 1997 dans sa brochure « Women: The Key to Food Security » et en 2004 dans un manuel de formation « Building on Gender, Agrobiodiversity and Local Knowledge », à chaque fois sans mentionner d'étude. Les ONG le répètent inlassablement et c'est pourquoi les médias ne se donnent plus la peine d'aller au fond des choses, bien que le chiffre et les étranges indications « espèces ET variétés » devraient laisser perplexe. Pire encore, comme dans le jeu d'enfants du téléphone arabe, l'affirmation « les trois quarts des variétés traditionnelles de légumes en Europe [étaient] sur le point de disparaître » est devenue entre-temps : « 75 pour cent de toutes les espèces et variétés utilisées en agriculture [ont] disparu ».
Si M. Hirschhausen ou d'autres médias s'étaient donné la peine de demander aux agriculteurs, aux entreprises semencières ou aux sélectionneurs quelles en étaient les causes, au lieu d'insinuer simplement que c'est la faute des multinationales de la semence, ils auraient pu classer cette disparition. Il faut cependant leur reconnaître que non seulement les activistes et la FAO, mais aussi les autorités allemandes tricotent allègrement la légende de l'« extinction ». Ainsi, l'Institut Fédéral pour l'Agriculture et l'Alimentation tient une « liste rouge des plantes cultivées indigènes menacées en Allemagne ».
Le titre lui-même est trompeur, car il s'agit de variétés et non d'espèces. De plus, celles-ci ne sont pas vraiment éteintes, mais ont simplement disparu de l'agriculture. Il y a des raisons à cela : les variétés sont devenues obsolètes avec le temps, c'est-à-dire qu'elles ne sont plus en mesure de faire face aux ravageurs et aux maladies végétales qui évoluent constamment ; ou elles ne sont plus adaptées aux changements de conditions climatiques ou à l'infrastructure changeante de l'agriculture, de l'industrie de transformation et du commerce. A cela s'ajoutent d'autres aspects tels qu'un faible rendement ou une modification des goûts. Elles sont alors remplacées par de meilleures variétés.
Elles n'ont pas disparu pour autant, car rien qu'en Allemagne, il existe plusieurs banques de gènes, mais aussi des producteurs amateurs qui veillent à ce que ces variétés ne soient pas irrémédiablement perdues. Rien que dans la banque de gènes de l'Institut Julius Kühn pour la Recherche en Matière d'Amélioration des Plantes à Dresde-Pillnitz, on trouve environ 800 variétés de pommiers, ainsi que des poiriers, des pruniers, des cerisiers à cerises douces et acides, des fraisiers, des framboisiers et des ronces, ainsi que différentes espèces de fruits sauvages. Il existe également une Banque de Gènes Allemande des Fruits (DGO), une Banque de Gènes Allemande de la Vigne (DGR), la base de données européenne des Vitis et la Banque de Gènes Allemande des Plantes Ornementales. La banque de gènes de l'Institut Leibniz de Génétique Végétale et de Recherche sur les Plantes Cultivées (IPK Gatersleben) contient près de 3.000 variétés de 92 espèces de plantes, dont des céréales et des plantes potagères. Toutes ces variétés ne sont pas seulement congelées, mais aussi cultivées à intervalles réguliers, de sorte qu'elles restent disponibles en tant que ressources pour la sélection. Si l'on consulte le catalogue des variétés de l'UE et que l'on fait des recherches sur quelques-unes des espèces mentionnées, on trouve par exemple 64 variétés d'échalote (Allium cepa var. aggregatum). Si l'on cherche l'oignon, on trouve environ 1.000 variétés enregistrées, pour l'avoine (Avena sativa), 460 variétés sont enregistrées et pour le colza, 4.666.
La liste absurde du ministère fédéral de l'Agriculture contient donc d'anciennes variétés qui ont entre-temps été remplacées par de nouvelles variétés et ont donc disparu du marché, leur génétique et donc nombre de leurs caractères ayant été repris dans les nouvelles variétés.
En réalité, la diversité variétale dans l'agriculture ne diminue pas, mais augmente depuis des décennies. Selon le catalogue des variétés, il existe actuellement en Europe plus de 21.000 variétés de légumes et plus de 23.000 variétés d'autres espèces agricoles (céréales, betteraves, plantes fourragères, etc.). Rien qu'en Allemagne, des centaines de producteurs de semences assurent cette diversité de variétés modernes.
Les amateurs de variétés anciennes ont également accès à plus d'une douzaine de fournisseurs. Mais ces variétés ne sont tout simplement plus adaptées à la culture à grande échelle. C'est un peu comme les voitures anciennes sur le marché automobile. Il se peut que le confort d'une DS, la tenue de route en virage d'une 2 CV, l'élégance d'une Jaguar Type E et la facilité de réparation d'une Coccinelle soient inégalés, mais personne ne demanderait sérieusement à VW de continuer à produire la Coccinelle et personne de ceux qui ont appris à apprécier le confort des voitures modernes n'aimerait se rendre au travail le matin en hiver dans une voiture où la visibilité, l'espace, le chauffage et la ventilation sont aussi misérables que dans une voiture ancienne des années 1960.
Tout bien considéré, le reportage de M. Hirschhausen révèle toute la misère de la perception médiatique de l'agriculture : l'idéal semble être l'agriculteur Demeter, qui travaille selon le calendrier des semis et élabore lui-même ses fortifiants pour plantes, tout comme ses engrais et ses semences. La motorisation est tout juste autorisée. Le reste – les engrais minéraux, les produits phytosanitaires de synthèse, les variétés hybrides ou pire le génie génétique – est considéré comme nuisible et devrait de préférence disparaître de l'agriculture.
Les articles invités représentent l'opinion de l'auteur.
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* Ludger Weß est directeur de recherche et rédacteur en chef de la Initiative Transparente Demokratie, un projet de recherche indépendant visant à assurer la transparence du financement national et international des ONG et autres groupes de pression.
Source : Mythen vor acht... - Bauer Willi
Ma note : On pourra aussi (re-)lire : « Olivier Roellinger : "75 % des variétés légumières et fruitières ont disparu en France " ? C'est du pipeau ! »
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