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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Loi Duplomb : quand des « restaurateurs » pédalent dans la semoule, le Monde...

30 Juillet 2025 Publié dans #PPL Duplomb-Ménonville, #Le Monde, #Activisme

Loi Duplomb : quand des « restaurateurs » pédalent dans la semoule, le Monde...

 

 

Image : Istockphoto

 

 

Épisode 2351 de la guérilla menée par le Monde, rubrique Planète, contre la loi Duplomb : des « restaurateurs » produisent une tribune indigeste, mais elle fait ventre pour le Monde et, à sa suite, l'Agence France Presse (AFP) et les médias moutonniers.

 

 

La désinformation et la manipulation des opinions sont un tonneau sans fond. D'un épisode à l'autre, on tombe toujours plus bas.

 

Le 24 (date sur la toile) et le 26 juillet 2025 (date de l'édition papier diffusée à Paris... la veille), le Monde a publié une tribune au titre aussi grandiloquent qu'obscène : « Loi Duplomb : "Nous, restaurateurs, faisons ce métier pour nourrir, pas pour empoisonner" ».

 

L'empoisonnement nous est donc servi en amuse-gueule – oups ! amuse-bouche dans le langage châtié de nos Précieux Ridicules...

 

En chapô :

 

« Un collectif de près de 400 chefs cuisiniers et acteurs de la restauration, dont Chloé Charles, Mauro Colagreco et Olivier Roellinger, appelle, dans une tribune au "Monde", au retrait de cette loi controversée, à l’instauration d’un moratoire sur l’usage des pesticides et à une transformation profonde du système alimentaire français. »

 

C'est un résumé pertinent de la tribune.

 

À commencer par la redéfinition des auteurs qui ne sont pas tous « restaurateurs ». Comme cette Fanny Giansetto, co-fondatrice d'Écotable... dont on apprend, mais ailleurs, qu'elle est l'initiatrice de la tribune. Écotable, l'entreprise « qui accompagne les restaurateurs vers plus d'éco-responsabilité » (AFP dixit)... voilà qui définit l'écosystème bien spécifique dont relève la tribune. Les lecteurs du Monde n'en sauront rien.

 

Près de 400 signatures ? Il fallait sans doute faire nombre... en faisant fi de l'aphorisme de Coluche, « C'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison ! »

 

En « restaurateurs » dignes de l'importance qu'ils ont voulu se donner – peser sur des décisions politiques allant jusqu'à la définition du « système alimentaire français » –, les auteurs de la tribune auraient dû choisir avec soin les ingrédients et les associer dans un plat émoustillant les papilles et émerveillant les yeux.

 

Au lieu de cela, nous avons affaire à des sortes de regrattiers. Sortes, car si dans les anciens temps, les regrattiers vendaient aux pauvres les restes des riches, nos regrattiers des nouveaux temps nous servent la malbouffe des fast food de la bien-pensance.

 

Tout ou presque y passe :

 

« Aujourd’hui, nous sommes inquiets. Inquiets de l’avenir de notre alimentation qui subit de plein fouet la crise climatique et la perte de la biodiversité. Inquiets de la hausse effrayante des cancers. Inquiets de la qualité des produits que nous servons, qui ne semble que se détériorer, ces derniers contenant toujours plus de résidus de pesticides. Même l’eau que nous apportons à table, qu’elle soit minérale ou du robinet, est touchée par ce problème. Nous faisons ce métier pour nourrir, pas pour empoisonner. »

 

Nous devrions nous épargner le supplice de finir l'assiette, ou plutôt la gamelle, mais voici encore :

 

« La loi dite "Duplomb" est une insulte aux scientifiques, une insulte aux agriculteurs qui se passent des pesticides tous les jours, à la santé de tous, mais aussi à notre métier. Cette loi doit être retirée. »

 

Comment ?

 

Ces gens se déclarent « [i]nquiets de la qualité des produits que nous servons [qu'ils servent] » alors que ceux qui nous servent au final une addition à trois chiffres – ce qui leur donne un accès facilité aux médias – se vantent en permanence de l'extraordinaire qualité des produits qu'ils servent, même ceux achetés sur les marchés, pas seulement à la ferme de Martine !

 

La loi serait aussi une « insulte à notre [leur] métier » ? Il n'était pas insulté quand les néonicotinoïdes étaient encore autorisés et employés...

 

Il est vrai que les talents de restaurateur s'allient parfois à une imagination très fertile qui transforme une petite salade en :

 

« "Éveil pastoral sur lit d’émeraude"

 

Un hommage vibrant à la terre, où des feuilles de roquette sauvage, gorgées de la rosée matinale, dansent avec des éclats de noix torréfiées et un voile de vinaigrette à la truffe blanche d’Alba, infusée lentement pour capturer l’essence même de la forêt.

 

Mais là, le message pastoral contre la loi Duplomb est assaisonné à la vinaigrette basique, prête à l'emploi, et truffé de (presque) tous les poncifs de l'activisme.

 

Ces gens exigent un « moratoire sur l'usage des pesticides », mais rassurez-vous, ce n'est pas de sitôt qu'ils élimineront de leurs cuisines – oups ! laboratoires – leurs grills producteurs de formaldéhyde (cancérogène avéré), de leurs recettes des ingrédients comme la cannelle ou la noix de muscade (des toxiques avérés), ni qu'ils passeront leurs cartes des vins (des cancérogènes avérés) au broyeur.

 

(Source)

 

On ne déniera bien sûr pas aux « restaurateurs » le droit d'exprimer leur opinion, ni même de se ridiculiser.

 

Alors que la loi Duplomb avait pour objectif de « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » (un titre taillé bien trop grand pour une petite loi), nos « restaurateurs » concluent en réclamant « la possibilité d'exercer, réellement, notre métier avec dignité ». Cela vient, pour partie, de chefs étoilés... qui se plaindraient donc de leur misérable conditition actuelle.

 

Mais on peut s'interroger sur la pertinence de la publication de la tribune par le Monde. Qui sait... les signatures de toqués – au Gault & Millau bien sûr – justifiaient peut-être sa diffusion, le Monde comptant des gastronomes parmi ses lecteurs...

 

À moins que, plus prosaïquement : journalisme d'information ou journalisme d'influence ?

 

Restons dans le domaine culinaire : un cheval d'influence, une alouette d'information...

 

Ce n'est pas une surprise du chef : l'Agence France Presse (AFP) s'est empressée de relayer et d'amplifier l'information. Sciences et Avenir, par exemple, en a alimenté son site web dans la rubrique... « nutrition »... Adepte de la cuisine minute, 20 Minutes a aussi repris la dépêche, avec un titre choc : « Loi Duplomb : "Nourrir, pas empoisonner"… Près de 400 chefs cuisiniers se mobilisent contre la mesure ».

 

N'étant pas une tribune, cet article de l'AFP peut, à l'instar des journaux régionaux qui ont interrogé es régionaux de l'étape, picorer dans les états d'âme des signataires. Par exemple :

 

« Parmi ceux qui ont fait savoir leur opposition, Glenn Viel, 45 ans, chef trois étoiles et jury de "Top Chef". "Je ne comprends pas (cette loi)", affirme-t-il à l'AFP, dénonçant "les pesticides qui polluent notre terre" alors que "l'alimentation a une grande part (de responsabilité) dans les cancers". »

 

Combien sont-ils, les signataires, à avoir compris la loi Duplomb ?

 

Et combien sont-ils, les lecteurs du Monde, à avoir compris qu'il s'agit selon la chanson de Pierre Perret d'un « boui-boui bien crado » qui nous a servi un fromage qui a « eu le retour d'âge » ?

 

 

Post scriptum

 

Dans le même temps – le 25 juillet 2025 –, une cinquantaine de chefs publiaient une tribune dans les Échos pour alerter sur les difficultés croissantes de la haute cuisine :

 

« La France est encore le pays le plus étoilé du monde. Que serait-elle sans sa gastronomie ? Pour éviter la disparition de notre modèle, celui d'une cuisine d'auteurs, et face à la concurrence désolante des industriels de la malbouffe, en supermarché ou au fast-food, nous autres cuisiniers - artisans, entrepreneurs et employeurs - lançons un cri d'alarme. Nous appelons les pouvoirs publics à considérer la gastronomie, à l'image de la musique ou du cinéma, comme une exception française, et à trouver les solutions pour encourager les talents et les accompagner dans leur succès. »

 

Là, qu'on souscrive à leur argumentation ou non, on est dans le rationnel.

 

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