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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Loi Duplomb : l'acétamipride fait partir Ouest-France à l'ouest et perdre le nord à la Voix du Nord... grâce à l'AFP

28 Juillet 2025 Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #PPL Duplomb-Ménonville

Loi Duplomb : l'acétamipride fait partir Ouest-France à l'ouest et perdre le nord à la Voix du Nord... grâce à l'AFP

 

 

 

 

Se doter d'une « charte pour un journalisme au niveau de l’enjeu écologique » ne devrait pas empêcher les journalistes d'Ouest-France de garder les neurones connectés, particulièrement quand règne l'hystérie suscitée par la loi Duplomb. La Voix du Nord a également succombé à l'hystérie et, dans ce cas, on apprend que c'est « avec AFP ». D'autres mouches ont été attirées par la m...

 

 

La loi Duplomb et, plus particulièrement, la perspective de voir l'acétamipride – un insecticide néonicotinoïde largement employé pour des usages domestiques – appliqué dans les champs de betteraves à sucre et les vergers de noisetiers, rend vraiment fou.

 

Le 21 juillet 2025, la Voix du Nord avait publié – « avec AFP » – « Loi Duplomb : qu’est-ce que l’acétamipride, cet insecticide très toxique pour les abeilles, les mammifères, les oiseaux et l’ensemble du vivant ».

 

Posons-le très brutalement : « ...très toxique... » ? C'est faux ! Un insecticide « très toxique » serait autorisé en tant que biocide pour des usages domestiques ? Allons donc ! C'est du niveau 1.0 du bon sens, certes pas accessible à tous.

 

Mais, comme on le verra ci-dessous, il s'est trouvé un chercheur fort actif dans la médiasphère et courtisé par le journalisme militant pour donnée corps à cette fake news.

 

Ouest-France a publié le 22 juillet 2025 le même texte, avec pour titre : « Loi Duplomb : "L’acétamipride, ça tape très large" ». C'est celui qui nous a tapé dans l'œil en premier, et c'est donc lui qui servira de base à nos récriminations.

 

En chapô, une forme de sophisme de l'appel à l'autorité :

 

« Un chercheur du CNRS explique les effets du néonicotinoïde réintroduit par la loi Duplomb. »

 

Notons que l'acétamipride n'est pas « réintroduit », mais susceptible d'être autorisé pour des usages précis dans des conditions draconiennes.

 

Le chercheur, c'est M. Jean-Marc Bonmatin, un « client » régulier de ce blog qui déploie un remarquable et fort remarqué activisme contre les néonicotinoïdes et autres insecticides systémiques (voir par exemple « M. – oups ! Dr – Jean-Marc Bonmatin : « Il y a plein de méthodes alternatives pour cultiver la betterave »... mais lesquelles, SVP ? » et « Acétamipride : retour sur un complot "scientifique" ».

 

Et la phrase citée en titre est bien sûr de son fait.

 

Ça tape, non pas très large, mais très fort contre l'acétamipride !

 

On ne déniera pas à M. Jean-Marc Bonmatin le droit de proférer des propos que nous ne qualifierons pas ici. Mais nous pouvons sans crainte nous interroger sur la pertinence d'une ligne éditoriale d'Ouest-France (et d'autres médias) qui l'a amené à diffuser ce propos :

 

« L’acétamipride, ça tape très large : ça décime les populations d’abeilles, c’est bien connu maintenant et prouvé par de nombreuses études scientifiques, mais cela a aussi un effet délétère sur de nombreuses autres espèces : oiseaux, amphibiens, invertébrés, mammifères… »

 

Vraiment ? Le journaliste (de l'AFP, hélas) n'est pas en reste dans son introduction :

 

« L’acétamipride, qui doit être réintroduit à titre dérogatoire par la loi Duplomb, est un insecticide à la toxicité bien établie pour les abeilles mais aussi pour les mammifères, les oiseaux et l’ensemble du vivant. »

 

Manifestement, l'idée que ces déclarations à l'emporte-pièce puissent être contredites en pratique par le fait que l'acétamipride est autorisée au niveau de l'Union Européenne et dans de nombreux pays pour des usages agricoles n'a pas effleuré le journaliste de l'AFP, ni les rédactions des journaux qui ont repris son texte ; ce n'est plus du journalisme, c'est du panurgisme.

 

Ou peut-être a-t-elle effleuré les rédactions – après tout, il faut bien leur reconnaître de l'intelligence – mais sans conséquence sur les lignes éditoriales... il faut bien hurler avec la meute...

 

Il n'y a pas que M. Jean-Marc Bonmatin dans ce texte. Ouest-France (l'AFP) fait donner de l'ANSES :

 

« En 2022, l’Anses, l’agence sanitaire, avait également évoqué dans un rapport la "forte toxicité de l’acétamipride pour les organismes aquatiques et terrestres". »

 

Ce n'est – bien sûr – pas sourcé. Mais c'est le rapport d'évaluation du Technivert... en tant que produit biocide (pour la lutte contre les termites – le produit n'a pas fait l'objet d'autorisation pour les usages agricoles). Le texte complet pertinent est comme suit :

 

« Etant donné la forte toxicité de l’acétamipride pour les organismes aquatiques et terrestres, tout rejet vers le sol, les égouts, les plans d’eau ou cours d’eau doit être empêché. Tous les rejets de produit incluant l'eau ou le sol contaminé doivent être collectés et éliminés dans un circuit de collecte approprié. »

 

Ben voilà ! Le produit a une forte toxicité, certes, mais il est tout à fait utilisable selon des préconisations qui empêchent cette forte toxicité de se manifester de manière préjudiciable.

 

Le lecteur d'Ouest-France et des autres médias n'en saura rien. Au contraire, il est incité à penser que le propos de M. Jean-Marc Bonmatin « qui tape loin » – osons cette appréciation – est corroboré par l'ANSES.

 

En voulez-vous davantage ?

 

« "Je ne connais pas un seul insecticide prévu pour tuer les ravageurs qui ne tue pas aussi les autres espèces, c’est inévitable", souligne M. Bonmatin. »

 

L'astuce, ici, se situe dans l'utilisation de l'article défini, « les autres espèces ».

 

Cela se poursuit, après une description des méfaits (allégués) de la substance par le journaliste :

 

« Et si cet insecticide n’est "pas le pire – ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas toxique – pour les abeilles, il est parmi les plus toxiques pour les mammifères, dont nous faisons partie", souligne M. Bonmatin. »

 

Ah ! Santé Canada classe la toxicité de l'acétamipride pour les mammifères au niveau « modéré »

 

 

 

 

Et on termine sur une note apocalyptique :

 

« Le problème des substances comme l’acétamipride, c’est que "dès qu’on en met quelque part, ça va partout".

 

L’hypothèse, au moment de l’homologation de la substance dans les années 1990, était qu’elle ne remontait pas dans le pollen et le nectar, rappelle-t-il. Mais depuis il a été démontré que toute la plante était contaminée.

 

Il a également été établi que l’acétamipride voyage avec l’eau et que par ruissellement, on en retrouve dans l’ensemble du champ, dans les forêts et les prairies alentour ou dans les ruisseaux. »

 

Ah ! Les néonicotinoïdes sont des insecticides systémiques, qui se diffusent donc dans toute la plante... Et pourquoi évoquer 1990, alors que l'autorisation de l'acétamipride a été renouvelée, pour quinze ans, en 2018 (règlement d'exécution (UE) 2018/113), après une nouvelle évaluation approfondie ? Notez aussi l'emploi du mot « contaminée ».

 

Et pour le caractère baladeur de l'acétamipride, sa persistance étant faible...

 

 

 

 

Dans sa belle « charte pour un journalisme au niveau de l’enjeu écologique », certes axée sur le changement climatique, Ouest-France s'engageait selon le point 1 à « se placer du côté du consensus scientifique ».

 

Le consensus scientifique, dans le cas de l'acétamipride, c'est l'ensemble – concordant – des conclusions des agences d'évaluation et d'homologation. Mais cet engagement n'engage peut-être pas Ouest-France en dehors de la question climatique, quand le courage consiste à hurler avec la meute.

 

Cependant, Ouest-France a zappé l'avant-dernier paragraphe de la dépêche de l'AFP :

 

« "Au Japon, une étude vient de démontrer qu'il pouvait littéralement pleuvoir des pesticides et notamment de l'acétamipride, qui n'est pas interdit là-bas", alerte M. Bonmatin. »

 

Peut-être s'est-on rendu compte qu'il y avait – disons, en prenant soin de ne pas froisser des susceptibilités – un problème d'ordre de grandeur (voir : « Misère, nous allons tous mourir : il pleut de l'acétamipride au Japon ! »... Il y a peut-être encore de l'espoir dans le monde des médias...

 

Enfin... Il y a des cas qui paraissent très sérieux...

 

 

(Source)

 

 

À l'heure où une pétition ubuesque a atteint le nombre affolant de 2 millions de signatures, il convient cependant de s'interroger : combien sont-elles dues au genre de littérature médiatique que nous dénonçons dans ce billet et plus généralement sur ce blog ?

 

Et le monde médiatique – qualifié souvent de quatrième pouvoir – prendra-t-il consciene de ses responsabilités à l'ère où ses productions, ou reproductions dans le cas des dépêches de l'AFP ou d'autres pourvoyeurs de substance, peut se retrouver en un clic sur n'importe quel écran ?

 

 

 

 

Post scriptum

 

Je viens de découvrir... ce n'est pas mieux.

 

 

(Source)

 

 

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