Êtes-vous sérieux, là, Ligue Contre le Cancer et AFP ?
C'est manifestement une outrance. Comment la Ligue contre le Cancer peut-elle être crédible ? (Source)
La désinformation et l'intoxication de l'opinion publique après l'adoption de la loi dite « Duplomb » ou « Duplomb-Menonville » ne faiblit pas. La Ligue contre le Cancer a publié un communiqué inepte. L'AFP a jugé bon de le relayer.
Nous avons un gros problème de déontologie médiatique.
Supposez que quelqu'un affirme : « 1 + 1 =3 ». Si c'est un quidam, il y aura au plus quelques quolibets de la part de ceux qui l'auront entendu. Mais cela devient une « information » si c'est un personnage connu ou une entité à qui la médiasphère ne veut pas vraiment du bien ; ou qui, inversement, est muni d'une auréole de crédibilité, surtout si cela est conforme à la ligne éditoriale du média ou de son journaliste.
Dans un cas, c'est : « Ha ! Ha ! Ha ! Il a dit que... »... ça fait toujours de l'audience. Dans l'autre c'est par exemple : « Oh ! C'est important ce qu'il nous dit... »
Certes, « 1 + 1 = 3 » est un exemple farfelu et « dur à avaler ». Il faut généralement un propos plus subtil.
Et c'est là qu'intervient le problème de déontologie : que doit faire un média dans ce cas ?
La Ligue contre le Cancer a publié au lendemain de l'adoption de la loi dite « Duplomb » ou « Duplomb-Menonville », le 9 juillet 2025, un communiqué de presse, « Pesticides : la Ligue contre le cancer fustige la loi Duplomb ».
En chapô :
« La Ligue contre le cancer déplore l’adoption définitive, le 8 juillet, de la "loi Duplomb" qui réintroduit l’acétamipride, un pesticide interdit depuis 2018 par la France et qui, d'après des études récentes, est potentiellement cancérigène. »
« La Ligue […] déplore » est une information... Mais comment la traiter quand sa motivation résumée se réduit à « potentiellement cancérigène » ?
N'attendez aucune explication du texte du communiqué. Il s'égare dans ce qu'il convient d'appeler des banalités, des lieux communs et des annonces d'apocalypse :
« La Ligue dénonce un camouflet pour le principe de précaution – qui devrait exiger une alternative – alors que l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a établi, depuis 2013, un lien entre l’exposition aux pesticides et certains cancers, lien reconfirmé en 2021 :
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présomption forte pour les lymphomes non hodgkiniens (cancers du système lymphatique), le myélome multiple (cancers du sang), les cancers de la prostate ainsi que les cancers de l’enfant suite à une exposition pendant la grossesse ;
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présomption moyenne pour les leucémies.
Autre risque à long terme : l'allègement des normes sur les pesticides pourrait creuser les inégalités en santé, en aggravant l’exposition de certaines personnes, selon :
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leur profession : agriculteurs, mais aussi fleuristes, jardiniers, vétérinaires et bien d’autres…
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leur lieu de vie : riverains des zones d’épandage. »
Il y a là, matière à contextualisation...
Ainsi, non, l'INSERM n'a pas « établi [...] un lien... ». Il a procédé à une étude bibliographique, certes de grande envergure, et évalué les niveaux de plausibilité des liens (des associations ou corrélations) en fonction de la quantité et de la qualité des études scientifiques disponibles (en se fourvoyant parfois, ce qui ne peut qu'être attendu au vu de l'immensité du projet).
Il y a aussi une réaction de Mme Francelyne Marano, vice-présidente de la Ligue et professeure émérite en toxicologie à l'Université Paris Cité. En voici le premier paragraphe :
« La Ligue contre le cancer ne peut que déplorer l’adoption de cette loi en l'état, synonyme de régression environnementale. Elle ne résout pas les réelles difficultés des agriculteurs, avant tout économiques. En levant certaines contraintes, ce texte ne protège personne — ni les enfants, ni les concitoyens, ni même les agriculteurs, qui seront les premiers exposés aux néonicotinoïdes. »
En bref : à nouveau rien sur l'acétamipride en particulier ; des considérations générales pour lesquelles la Ligue n'a aucune compétence ; des appels à l'émotion.
Le pire : les néonicotinoïdes dans les champs français seraient une abomination... alors qu'ils sont d'usage courant dans les milieux domestiques !
On attend mieux d'une professeure émérite en toxicologie...
Ce gloubi boulga méritait une dépêche pour l'Agence France Presse.
L'AFP s'est contentée de perroquèter le communiqué de presse de la Ligue contre le Cancer, sans recul, ni contextualisation, ni critique.
Voir par exemple « Pour la Ligue contre le cancer, la loi Duplomb "met en péril la santé des générations futures" » de Sud-Ouest.
Il est permis de se demander : l'AFP est-elle fidèle à sa mission d'information ?
En d'autres termes, informe-t-elle ou participe-t-elle au contraire – sciemment vu le niveau de polarisation ambiant et la nature des arguments qui sont versés au « débat » – à la désinformation et à l'alimentation d'un climat de contestation (pour employer un terme mesuré) ?
À partir d'un certain niveau de « convergence », ou si celle-ci est organisée, on peut parler de conspiration. (Source)
C'est le titre d'un article du Quotidien du Médecin.
Il écrit notamment :
« Dans le détail du scrutin, la majorité des anciens ministres de la Santé ont voté pour : l’allergologue Geneviève Darrieussecq (MoDem), la pharmacienne Agnès Firmin Le Bodo et Frédéric Valletoux (Horizons). À l’instar de son groupe, Aurélien Rousseau (socialistes et app.) a voté contre.
Parmi les députés médecins du parti présidentiel (EPR), les généralistes Anne Genetet et Michel Lauzzana, la rhumatologue Stéphanie Rist et le chirurgien Jean-François Rousset sont favorables à cette mesure. C’est également le cas de l’anesthésiste-réanimateur Philippe Juvin (DR) et la généraliste Joëlle Mélin (RN).
Seuls trois médecins s’y sont opposés : le généraliste Paul-André Colombani (Liot), l’ORL Cyrille Isaac-Sibille (MoDem) et la généraliste Dominique Voynet (Écologistes). »
Cela fait une majorité de la profession médicale dans l'Assemblée Nationale...
Mais ce n'est pas une information digne d'être répercutée par l'AFP.
Le quotidien écrit encore :
« C’est en substance ce qu’a défendu son collègue du bloc central, le généraliste Michel Lauzzana. "Nous n’avons pas fait n’importe quoi : nous sommes bien conscients qu’il ne faut pas manger l’acétamipride à la petite cuillère, mais ne soyons pas excessifs ! La propagande a été honteuse, ce n’est même pas prouvé que le produit tue les abeilles !", s’est-il agacé auprès du Quotidien. »
Oui, la propagande a été honteuse. Elle l'est toujours, et se poursuit. Avec le concours au mieux complaisant de l'AFP.
À notre connaissance, personne n'a relevé combien ce communiqué de la Ligue contre le Cancer était foireux. Du reste, peu nombreux aussi ont été ceux qui se sont investis dans le rétablissement des faits.
La désinformation prospère aussi sur le lit de silence des « sachants ».
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