Nestlé Waters et proposition de loi Duplomb-Ménonville : la fabrique de l'amalgame dans le Monde de M. Stéphane Foucart
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Les chroniques de M. Stéphane Foucart se succèdent dans le Monde... et elles se ressemblent : filandreuses et surtout méandreuses. La dernière livraison – des 1er et 2 juin 2025 pour la version papier – pourrait être un remarquable support pédagogique pour une certaine forme de journalisme. Et son introduction pour le journalisme de bon aloi...
La livraison des 1er et 2 juin 2025 dans l'édition papier du Monde s'intitule sobrement « La perspective d'un avenir ingouvernable », format sur deux colonnes oblige. Cela vient avec deux pavés, « Trop de nitrates, trop de lisiers épandus : les conséquences ne peuvent plus être ignorées » et « La loi Duplomb, une fois votée, fera plus que porter atteinte à la santé et l'environnement ».
C'est bien sûr dans le cadre d'une chronique, donc d'une opinion.
Notons d'emblée que la mauvaise presse faite à la PPL Duplomb-Ménonville est bien mauvaise, dans une autre acception du terme « mauvais ».
La version électronique, non bridée spatialement, est plus cash : « La loi Duplomb va rendre l’avenir ingouvernable autrement que par le mensonge, la dissimulation ou l’attrition des normes sanitaires ».
Avez-vous bien lu ? Le législateur – dans un État de droit, avec notamment un Conseil Constitutionnel – organiserait la chute de l'état de droit au profit de comportements condamnables !
Oui, c'est dans le Monde, le journal dit de référence.
L'explication suivante nous est donnée en chapô :
« L’affaire des eaux minérales Nestlé montre que, face aux conséquences sociales et économiques de dégradations irréparables de l’environnement, l’Etat peut-être (sic) poussé au dévoiement. Une tendance que la proposition de loi va accentuer, estime dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au "Monde". »
C'est un peu plus soft...
La chronique s'ouvre sur de longs développements sur l'affaire des eaux minérales de Nestlé Waters. Formatage des cerveaux, mise en branle du générateur d'indignation sur le sujet réel de la chronique...
Et, soudain...
« Une semaine après la publication du rapport de la commission d'enquête [sur l'affaire des eaux], la majorité de l'Assemblée nationale, du bloc central à l'extrême droite, a manœuvré pour que soit renvoyée puis adoptée en commission mixte paritaire la proposition de loi Duplomb. »
Silence, bien sûr, sur les conditions qui ont mené à la motion de rejet... Fort opportun : l'opprobre n'est jeté que sur le bloc central et l'extrême droite.
Il fallait bien quelques explications sur cette proposition de loi, mais point trop, car on se serait aperçu que son ambition est bien modeste et qu'elle n'a pas les effets dévastateurs allégués. Mais avec le bon vocabulaire...
« Ce texte prévoit – au bénéfice d'une petite minorité d'exploitants – de réautoriser des substances interdites, de favoriser les élevages hors-sol, de stocker toujours plus d'eau dans des mégabassines, de détruire des zones humides. »
Cela suffit pour en inférer les (prétendues) conséquences dévastatrices et conclure à l'organisation de l'impuissance de l'État de droit :
« […] l'affaire Nestlé donne à voir une autre dimension de son potentiel disruptif, sur le fonctionnement même de l'Etat. La loi Duplomb fera bien plus que porter atteinte à la santé et à l'en vironnement : elle va rendre l'avenir ingouvernable autrement que par la duplicité et le mensonge, la dissimulation ou l'attrition des normes sanitaires, c'est-à-dire la mise en danger d'autrui. Elle va, à terme, contraindre ou pousser les services de l'Etat à se dévoyer, voire à organiser leur propre déchéance morale. »
Rien que ça ! Et aucune preuve à l'appui du boniment qui, en dernière analyse, prête à une loi (si elle est adoptée) un « potentiel disruptif » de très grande ampleur par référence à des événements dont une des caractéristiques principales est de ne pas s'être fondés sur la loi – au sens de « droit » applicable ! L'amalgame est proprement hallucinant.
En fait, ce n'est pas assez... Voici les eaux de baignade bretonnes, les pesticides dans l'eau potable, l'acide trifluoroacétique, la nécessité alléguée de tricher ou de modifier les normes pour pouvoir continuer à distribuer de l'eau potable, l'« échec global » de la protection de la ressource en eau – cette dernière allégation étant certes fondée sur un rapport récent de « [t]rois inspections générales (environnement, santé, agriculture et alimentation) »...
Bref, la pièce est mauvaise. Mais comme au théâtre, le rideau se ferme puis s'écarte pour le salut de l'acteur principal :
« En adoptant le texte Duplomb, la représentation nationale rendrait définitivement illusoire cette reconquête [de la qualité de l'eau], nécessitant à terme toutes sortes de tours de passe-passe réglementaires pour abaisser sans le dire le niveau de protection des populations. »
C'est encore un argument qui sombre dans les eaux troubles de la démagogie : l'acétamipride – le méchant épouvantail – ne serait pas en cause s'agissant de la qualité de l'eau, tout comme les dispositions devant faciliter le recours à l'irrigation.
Mais il y a un dernier assaut :
« La proposition de loi est d'ailleurs bien faite : elle a anticipé cette nécessité en prévoyant de placer l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sous la tutelle de l'agro-industrie. »
Il n'est pas sûr que le texte soumis à la commission mixte paritaire contienne encore une disposition sur la position en quelque sorte hiérarchique de l'ANSES.
Mais il est sûr que sa mise alléguée sous la tutelle de l'« agro-industrie » est un mensonge éhonté.
Cette chronique s'ouvrait pourtant sur les meilleurs auspices :
« "Vous, vous êtes journaliste : vous écrivez votre papier et ensuite vous vous en lavez les mains. Nous, on a la réglementation à faire respecter, mais en face des milliers d’emplois qui dépendent de la décision. Et là, je ne sais pas comment faire." C’est ce que confiait un grand serviteur de l’Etat à Radio France et au Monde, à l’automne 2023, à propos de la situation des eaux minérales Nestlé : Perrier, Vittel, etc. »
Ce passage est sans nul doute un support pédagogique pour une autre forme de journalisme, un journalisme de haute tenue...
Précision : pas un journalisme qui s'effacerait devant les réalités économiques et sociales (ou autres), mais qui mettrait les choses en perspective.
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