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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Manipulation médiatique : l'État accusé de bloquer un rapport sur l'exposition aux pesticides dans des zones viticoles

26 Juin 2025 Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #PPL Duplomb-Ménonville, #Pesticides, #Santé publique, #ANSES

Manipulation médiatique : l'État accusé de bloquer un rapport sur l'exposition aux pesticides dans des zones viticoles

 

 

 

 

Trois entités incorporées sous forme d'associations accusent l'État de bloquer la publication du rapport sur l'étude « PestiRiv » sur l’exposition aux pesticides des personnes vivant en zone viticole. La manœuvre est explicite : une tentative d'influencer le sort de la proposition de loi Duplomb-Ménonville... Le Monde et France Inter se sont prêtés au jeu...

 

 

La Commission mixte paritaire « chargée de proposer un texte sur les dispositions restant en discussion de la proposition de loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » (PPL Duplomb-Ménonville) se réunira le 30 juin. Elle est composée de 7 députés et de 7 sénateurs, dans les deux cas 5 favorables et deux défavorables à la loi.

 

Cela n'empêche pas les activistes de tenter des manœuvres d'influence.

 

Si les tentatives d'interférer dans le processus législatif sont sans doute vaines, à ce stade, elles ont le mérite de médiatiser l'existence des activistes.

 

Le Monde a ainsi publié le 25 juin 2025, sur son site Internet, « L’adoption de la loi Duplomb représenterait un recul majeur pour la santé publique » (c'est une citation tirée du texte). En chapô :

 

« Cette proposition de revenir, notamment, sur l’interdiction de pesticides dangereux, examinée en commission mixte paritaire à partir du 30 juin, subordonne, selon un collectif de scientifiques et de patients dans une tribune au "Monde", la santé aux intérêts économiques et répète des erreurs dévastatrices. »

 

Non, ces gens ne connaissent pas la honte : il s'agit en pratique d'autoriser à titre dérogatoire l'acétamipride et dans des conditions quasi draconiennes, un insecticide couvert par l'interdiction franco-française des néonicotinoïdes pour des raisons politiciennes, autorisé au niveau de l'Union Européenne car ne présentant pas de risques inacceptables pour la santé et l'environnement (texte du Sénat, qui formera la base principale des travaux de la CMP).

 

Le même jour, le Monde publiait, également sur son site Internet, « "Le gouvernement affaiblit méthodiquement les agences environnementales et sanitaires" : la tribune d’un collectif de 95 personnalités ». En chapô :

 

« Elles dénoncent, dans une tribune au "Monde", les réductions de moyens drastiques qui touchent les institutions chargées de défendre l’environnement et la santé publique, d’une "irresponsabilité sans précédent", selon les sections syndicales des établissements concernés, à l’initiative de ce texte. »

 

Non, ces gens ne connaissent pas la honte : leur premier motif de récrimination est une circulaire... datée du 4 novembre 2024, qui instaure pour les administrations de l’État un « contrôle annuel unique » dans le secteur agricole. Les agences environnementales et sanitaires sont effectivement affaiblies (ironie)...

 

Enfin, le Monde a publié le 24 juin 2025, également sur son site Internet, un article de MM. Stéphane Foucart et Stéphane Mandard, « Pesticides : le gouvernement accusé de "bloquer" une étude révélant une surimprégnation des enfants près des vignes ». En chapô :

 

« Trois organisations de défense de l’environnement demandent la "publication immédiate" d’une étude sur l’exposition aux pesticides des personnes vivant en zone viticole. Selon nos informations, ses résultats sont jugés "très préoccupants" par les experts. »

 

Non, ces gens – Générations Futures, France Nature Environnement (FNE) et Alerte des Médecins sur les Pesticides ne connaissent pas la honte.

 

PestiRiv est une étude de grande ampleur dont la collecte de données a débuté en octobre 2021. L'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement (ANSES) a écrit dans une page datée du 18 octobre 2021 et manifestement mise à jour :

 

« […] Menée en France métropolitaine, cette étude consiste en des mesures dans les urines et les cheveux chez 3 350 participants répartis dans 6 régions couplées à des mesures dans l’air, les poussières et les fruits et légumes du jardin. L’alimentation, l’activité professionnelle et les usages domestiques seront aussi documentés. Les résultats permettront d’identifier les sources qui contribuent le plus à l’exposition aux pesticides et de renforcer les mesures de prévention.

 

[…]

 

Après une 1re période d’enquête menée d’octobre 2021 à février 2022, Santé publique France et l’Anses ont lancé la 2ème étape de l’étude PestiRiv, de mars à août 2022, auprès des personnes vivant près de vignes et de celles vivant loin de toute culture. En savoir plus sur la 2ème période d'enquête.  »

 

Santé Publique France avait précisé dans une page dont il est dit qu'elle a été mise à jour le 30 mars 2022, mais qui l'a aussi été ultérieurement :

 

« A quoi vont servir les résultats et quand seront-ils disponibles ?

 

Les résultats vont permettre de mieux connaître l’exposition aux pesticides des personnes vivant près de vignes et de celles vivant loin de toute culture et de savoir si certaines personnes sont plus exposées que d’autres à ces substances. Les résultats permettront d’identifier les sources qui contribuent le plus à l’exposition aux pesticides. Ils pourront être utiles pour établir des recommandations de diminution des expositions. Ces résultats seront également utiles pour améliorer les connaissances en vue de l’évaluation des risques pour la santé, et pour contribuer à la définition de mesures de gestion et à l’évaluation des dispositifs mis en place localement.

 

Le rapport complet des résultats de l’étude PestiRiv sera publié sur les sites internet de Santé publique France et de l’Anses en 2025. »

 

Pour celles et ceux qui ont des difficultés à se situer dans le temps, nous sommes à la mi-2025...

 

Or donc, notre trio d'organisations a organisé une conférence de presse le mardi 24 juin 2025...

 

Mais comment faire pour insinuer un blocage malveillant des résultats de l'étude – dont le Monde a déjà pu annoncer qu'ils sont « jugés "très préoccupants" par les experts » (notez l'article défini...) ?

 

Il suffit de se référer à une version antérieure de la page de Santé Publique France (par exemple, celle-ci, mise à jour le 15 juillet 2021, donc avant le début de la collecte des premières données) : elle qui annonçait 2024, et de tonitruer, comme on l'a fait par exemple sur France Inter, que les résultats avaient été « promis » pour 2024.

 

Fastoche !

 

Notons toutefois que Santé Publique France a fait preuve d'une extraordinaire légèreté, bien sûr exploitée par nos activistes. Il était tout à fait irresponsable d'annoncer une date de publication pour un exercice d'une grande complexité, et l'échéance de 2024 est restée sur le site pendant très longtemps ; en outre, les dates affichées de mise à jour ne sont pas – disons – très honnêtes.

 

L'échéance de 2024 figurait encore dans une version de la page archivée le 10 septembre... 2024. Et c'est devenu 2025 au plus tard le 18 mai... 2025, sur une page prétendument mise à jour... le 30 mars 2022.

 

Le Monde de MM. Stéphane Foucart et Stéphane Mandard écrit :

 

« […] les trois organisations ont demandé la "publication immédiate" des données afin d’"éclairer les débats" qui doivent désormais se tenir en commission mixte paritaire, lundi 30 juin, après le rejet du texte controversé – qui prévoit notamment d’autoriser de nouveau des pesticides interdits – à l’Assemblée nationale. »

 

Lien entre les résultats de PestiRiv – une étude en zones viticoles – et la ré-autorisation éventuelle de l'acétamipride pour, essentiellement, la betterave à sucre et la noisette ? Aucun !

 

Nous avons là un exemple typique du journalisme d'influence et de connivence : les auteurs de ce passage savent très bien en quoi consiste la procédure menée par la CMP, et que l'argument des activistes est spécieux. Mais l'argument est posé, car il est indispensable à la raison d'être de l'article, sans mise en perspective, car celle-ci aurait détruit ou au mieux minimisé ladite raison d'être.

 

Le Monde cite encore deux intervenants dans la controverse :

 

« "Les données de PestiRiv seraient-elles si dérangeantes qu’il faille les retirer du débat au moment du passage en force de la proposition de loi Duplomb ?", interroge Pierre-Michel Périnaud, d’Alerte des médecins sur les pesticides. De son côté, le député (Les Ecologistes) de Gironde, Nicolas Thierry, a écrit, mardi 24 juin, aux ministres de la santé et de la transition écologique pour déplorer une "absence de publication" qui "suscite une incompréhension légitime". »

 

C'est de la pure gesticulation, de la manipulation.

 

Si nous avons bien compris, il y a/avait un comité de suivi pour cette grande enquête PestiRiv qui avait commencé dans des conditions très chaotiques. En faisaient partie – toujours si nous avons bien compris – Générations Futures et Alerte des Médecins sur les Pesticides...

 

Il faut donc croire que ces membres du comité de suivi n'ont pas bien suivi le déroulé des opérations, ni saisi la nature et les implications des résultats obtenus, au point de se sentir obligés de poser des questions désobligeantes, de susciter le doute chez les lecteurs de la prose médiatique,et de menacer de saisir la justice pour obtenir la publication du rapport.

 

Et le Monde et France Inter se sont prêtés au jeu...

 

 

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