Glyphosate, cancers et étude pilotée par l'Institut Ramazzini : de la réalité à la désinformation... et retour (première partie)
Affiche d'un webinaire de juin 2021. à l'époque, c'était déjà « la plus grande et la plus complète étude toxicologique jamais réalisée sur un pesticide ». (Source)
Deux jours après la publication d'un article d'une équipe internationale pilotée par l'Institut Ramazzini, la messe médiatique était dite : le glyphosate est cancérigène, et c'est prouvé. Vraiment ?
Voyons dans cette partie ce que l'article a dans le ventre.
La deuxième partie est ici.
Le 10 juin 2025, une équipe internationale menée par l'Institut Ramazzini (de mauvaise réputation) publiait « Carcinogenic effects of long-term exposure from prenatal life to glyphosate and glyphosate-based herbicides in Sprague–Dawley rats » (effets cancérigènes d'une exposition à long terme, dès la vie prénatale, au glyphosate et aux herbicides à base de glyphosate chez les rats Sprague-Dawley).
Le 12 juin 2025 (date sur la toile), le Monde – sous la signature de M. Stéphane Foucart – publiait « Glyphosate : la plus vaste étude animale conduite à ce jour confirme des risques accrus de cancers », donnant le « la » aux médias ignares, paresseux et suivistes. Dans l'édition papier datée du 13 juin, il y a un petit pavé en une : « Pesticides – Le glyphosate accroît le risque de cancer ».
Le même jour l'Agence France Presse a publié une dépêche, reprise par MSN sous le titre : « Glyphosate: des ONG s'inquiètent après une étude évoquant des risques de cancer ». On passe ainsi, d'emblée, à une étape aussi prévisible que le passage du jour à la nuit.
Dépêche reprise également par 20 Minutes Switzerland avec pour titre la citation d'un avis définitif de Mme Angeliki Lysimachou, de PAN Europe : « Le glyphosate ne répond pas aux exigences de sécurité ».
Pour la Charente Libre, il fallait se précipiter, en insistant sur les thèses complotistes des « ONG » qui ont, bien sûr, trouvé un os à ronger. Ne riez pas, c'est « Glyphosate : une nouvelle étude prouve son cancer potentiel, ignoré par l’Union européenne ».
Dans les journaux à caractère médical, voici par exemple le Quotidien du Médecin, et son « La cancérogénicité du glyphosate se confirme chez le rat ». Article qui s'aligne benoîtement, sans recul ni esprit critique sur les exégèses de l'article scientifique... alors que la moindre des choses aurait été, pour ce genre de média et sur ce genre de sujet très controversé, de solliciter des avis critiques.
Le journaliste militant du quotidien qui fut de référence aura, bien sûr, sollicité des avis conformes à ses biais et attentes. Les autres ont-ils vérifié ? Bien sûr que non !
Remettons-nous en aux chercheurs plutôt qu'aux pisse-copies. Voici donc le résumé de « Carcinogenic effects of long-term exposure from prenatal life to glyphosate and glyphosate-based herbicides in Sprague–Dawley rats » (effets cancérigènes d'une exposition à long terme, dès la vie prénatale, au glyphosate et aux herbicides à base de glyphosate chez les rats Sprague-Dawley).
Cela a été publié dans Environmental Health, et c'est de :
Simona Panzacchi, Eva Tibaldi, Luana De Angelis, Laura Falcioni, Rita Giovannini, Federica Gnudi, Martina Iuliani, Marco Manservigi, Fabiana Manservisi, Isabella Manzoli, Ilaria Menghetti, Rita Montella, Roberta Noferini, Daria Sgargi, Valentina Strollo, Francesca Truzzi, Michael N. Antoniou, Jia Chen, Giovanni Dinelli, Stefano Lorenzetti, Alberto Mantovani, Robin Mesnage, Melissa J. Perry, Andrea Vornoli, Philip J. Landrigan, Fiorella Belpoggi et Daniele Mandrioli.
« Contexte
Les herbicides à base de glyphosate (GBH) sont les agents de désherbage les plus utilisés au monde. Les préoccupations en matière de santé publique se sont accrues depuis que le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme probablement cancérigène pour l'homme en 2015. Afin d'étudier plus en détail les effets du glyphosate et des GBH sur la santé, l'Institut Ramazzini a lancé l'Étude Mondiale sur le Glyphosate (GGS – Global Glyphosate Study), qui vise à tester un large éventail de résultats toxicologiques. Le présent rapport présente les résultats de la partie de l'étude GGS consacrée à la cancérogénicité.
Méthodes
Du glyphosate et deux GBH, le Roundup Bioflow utilisé dans l'Union Européenne (UE) et le RangerPro utilisé aux États-Unis, ont été administrés à des rats Sprague-Dawley (SD) mâles et femelles, à partir du 6e jour de gestation (par exposition maternelle) jusqu'à l'âge de 104 semaines. Le glyphosate a été administré dans l'eau de boisson à trois doses : la dose journalière admissible (DJA) de l'UE de 0,5 mg/kg de poids corporel/jour, 5 mg/kg de poids corporel/jour et la dose sans effet nocif observé (NOAEL) de l'UE de 50 mg/kg de poids corporel/jour. Les deux formulations de GBH ont été administrées aux mêmes doses équivalentes de glyphosate.
Résultats
Dans les trois groupes de traitement, des tendances statistiquement significatives liées à la dose ou une augmentation de l'incidence des tumeurs bénignes et malignes à plusieurs sites anatomiques ont été observées par rapport aux contrôles historiques et simultanés. Ces tumeurs sont apparues dans les tissus hémolymphoréticulaires (leucémie), la peau, le foie, la thyroïde, le système nerveux, les ovaires, les glandes mammaires, les glandes surrénales, les reins, la vessie, les os, le pancréas endocrine, l'utérus et la rate (hémangiosarcome). L'incidence a augmenté chez les deux sexes. La plupart d'entre elles concernaient des tumeurs rares chez les rats SD (incidence de fond < 1 %), 40 % des décès par leucémie dans les groupes traités survenant avant l'âge de 52 semaines, et une augmentation des décès précoces a également été observée pour d'autres tumeurs solides.
Conclusions
Le glyphosate et les GBH à des niveaux d'exposition correspondant à la DJA et à la NOAEL de l'UE ont entraîné une augmentation liée à la dose de l'incidence de multiples tumeurs bénignes et malignes chez les rats SD des deux sexes. Une apparition précoce et une mortalité ont été observées pour de multiples tumeurs. Ces résultats fournissent des preuves solides à l'appui de la conclusion du CIRC selon laquelle il existe « des preuves suffisantes de la cancérogénicité [du glyphosate] chez les animaux de laboratoire ». En outre, nos données sont cohérentes avec les preuves épidémiologiques sur la cancérogénicité du glyphosate et des GBH. »
Les auteurs nous annoncent donc implicitement d'autres études à venir.
Le volet « cancérogénicité » est présenté en termes très mesurés – une caractéristique que l'on s'est empressé d'oublier dans la médiasphère.
La conclusion n'est pas que les auteurs ont prouvé que le glyphosate et les produits à base de glyphosate sont cancérigènes, mais que leurs réultats confortent « la conclusion du CIRC... ».
Venir en appui – ou plutôt au secours – d'un CIRC dont la décision de classement en « cancérogène probable » a été, en bref, invalidée par toutes les agences d'évaluation ou d'homologation d'importance, ainsi que par l'OMS et la FAO dans le cadre de leur réunion conjointe sur les résidus de pesticides ? C'est le reflet d'une sorte de connivence, de compagnonnage de route dans le militantisme, qui a des racines profondes.
« [...]Compte tenu de l'absence de potentiel cancérogène chez les rongeurs à des doses pertinentes pour l'Homme et de l'absence de génotoxicité par voie orale chez les mammifères, et en tenant compte des données épidémiologiques de l'exposition professionnelle, la Réunion a conclu que le glyphosate ne pose vraisemblablement pas de risque cancérogène [unlikely to pose a carcinogenic risk] pour l'Homme par l'exposition par l'alimentation. »
Pour les relations en quelque sorte incestueuses entre le CIRC et l'Institut Ramazzini (et le Collegium Ramazzini) – et d'autres milieux tels que le biobusiness –, on peut aussi lire « L’Institut Ramazzini, main dans la main avec le lobby du bio » de notre ami Gil Rivière-Wekstein.
Petit aparté : l'AFP a trouvé une martingale pour impliquer l'OMS dans la débâcle du CIRC...
« L'Organisation mondiale pour la santé (OMS) estime, via son Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), que le glyphosate est un cancérogène "probable", mais les agences sanitaires européennes jugent que le risque n'est pas "critique", des divergences qui s'expliquent en partie par le choix des études retenues. »
Les résultats sont aussi présentés avec modestie – une modestie qui reflète la faible ampleur de ce qui a été trouvé : « ... des tendances statistiquement significatives liées à la dose ou une augmentation de l'incidence des tumeurs bénignes et malignes... »
« Toutes les choses sont poisons, et rien n’est sans poison ; seule la dose fait qu'une chose n’est pas poison. »
Qu'ont fait les auteurs ? À l'évidence, ils ont cherché à établir des preuves de danger, et ce, en évitant soigneusement d'aborder les question des risques pour les humains.
Il faut porter au crédit de l'AFP le fait d'avoir inclus dans son article une importante mise en perspective.
« Ces résultats ne permettent pas de conclure sur la cancérogénicité chez l'humain, mais les chercheurs estiment qu'ils concordent avec des études épidémiologiques ayant établi une corrélation dans la vie réelle entre l'exposition au glyphosate et l'apparition de cancers. »
De fait, les auteurs ont choisi des expositions tout à fait irréalistes, même s'ils nous renvoient – déjà dans le résumé – à la dose journalière admissible dans l'Union Européenne (0,5 mg glyphosate/kg poids corporel) et à la dose sans effet nocif observé (NOAEL) « de l'UE » (50 mg/kg p.c.).
« ...de l'UE » ? Non ! L'UE n'a pas établi de NOAEL, mais seulement une DJA à partir d'une NOAEL qui figurait dans le dossier d'homologation et a été acceptée par les évaluateurs des États membres rapporteurs et l'EFSA. Mais c'est un détail.
Pour une personne de 72 kg, la dose de 50 mg/kg correspond à 0,5 litre (un demi-litre) d'herbicide prêt à l'emploi dosé à 7,2 g/L de glyphosate ! De l'herbicide qui fut disponible en France pour le grand public en jardinerie et grandes et moyennes surface avant son interdiction.
La première dose correspond à 5 millilitres d'herbicide prêt à l'emploi – un grand dé à coudre. Mais elle est très largement supérieure à notre exposition. Celle de 5 mg/kg, à 5 centilitres, un verre à ligueur.
Si l'on s'en tient aux chiffres des « glyphotests » bidons– erronés, et surtout largement surévalués, mais cela nous arrange – des « pisseurs de glyphosate » (Grau et al., 2022) et qu'on calcule l'ingestion sur la base de données toxicocinétiques bien établies (Niemann et al., 2015), en comptant large, on arrive à une exposition de 12 µg/jour, soit 1/2.500 de la dose journalière admissible pour une petite personne de 60 kg.
Que notre exposition au glyphosate soit extrêmement faible ressort aussi des rapports de l'EFSA sur les contrôles annuels des résidus de pesticides dans les aliments.
« En 2023, le glyphosate a été signalé par 26 pays qui ont analysé 16.283 échantillons de différents produits, dont 674 échantillons d'aliments pour animaux et 18 échantillons de poissons. En ce qui concerne les 15.591 échantillons de denrées alimentaires restants, le glyphosate n'a pas été quantifié dans 15.256 échantillons (97,9 %). Dans 296 échantillons (1,9 %), le glyphosate a été quantifié à des niveaux supérieurs à la LOQ mais inférieurs à la LMR et dans 39 échantillons (0,2 %), les niveaux de résidus ont dépassé la LMR. Après prise en compte de l'incertitude des mesures, 23 échantillons (0,1 %) étaient non conformes, principalement sur les haricots secs, le miel et d'autres produits apicoles, le sarrasin et d'autres pseudo-céréales. [...] »
On peut être bref : tous les jours, du sixième jour de gestation (c'est la mère qui boit) à la fin de la deuxième année et fin de l'essai ! Ce n'est imaginable que pour un essai de toxicologie... Oups ! Cela ne rebuterait sans doute pas un producteur de « documenteurs ».
On peut aussi être bref. C'est comme boire à jeun ou en mangeant.
Sur les Électrons Libres, le Dr Jérôme Barrière note :
« Enfin, et c’est crucial : le glyphosate est administré ici en continu dans l’eau de boisson. Rien à voir avec l’exposition humaine, qui se fait par l’alimentation, à petites doses, par pics, et à des niveaux des milliers de fois inférieurs. En population générale, le glyphosate urinaire tourne autour de 1 à 5 µg/L. Seuls certains applicateurs agricoles atteignent des niveaux plus élevés, et chez eux, un léger sur-risque de lymphome non hodgkinien est débattu depuis vingt ans – un signal absent de l’étude Ramazzini. »
« Seuls certains applicateurs... » ? Pas tous les jours, évidemment.
Faire des essais avec des produits formulés (ici Bioflow et RangerPro) est une marotte des équipes cherchant à démontrer le caractère nocif du glyphosate, bref, des chercheurs militants.
C'est sans pertinence sur le plan des principes : trouver un effet avec un produit formulé ne permet pas d'incriminer la matière active. De plus, nous n'avons pas de données toxicologiques sur le devenir des co-formulants dans la vie réelle.
« Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées. »
C'est de l'humour ! Il n'y a aucune indication qui prouve que l'on ait bidonné les chiffres, ou que l'on ait fait du shopping pour trouver la « meilleure » méthode statistique. Cependant, les données brutes n'ont pas été rendues disponibles.
Euractiv a rapporté le 13 juin 2023 que la Commission Européenne allait charger l'Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) et l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) d'examiner l'étude en cause. Attendons donc les résultats.
Mais on semble jouer au chat et à la souris... comme ce fut le cas pour une autre, infameuse, étude sur des rats de 2012.
Le directeur de l'Institut Ramazzini, Daniele Mandrioli, a déclaré à Euractiv que les données peuvent désormais être communiquées aux autorités réglementaires sur demande.
« Maintenant que l'étude est terminée, évaluée par des pairs et publiée, nous serons en mesure de partager les données sur demande spécifique des régulateurs », a-t-il déclaré.
La Commission européenne demande à l'institut de partager les données afin que l'EFSA et l'ECHA puissent évaluer formellement si les conclusions ont une incidence sur l'évaluation actuelle des risques liés au glyphosate, a déclaré un porte-parole à Euractiv.
Autrement dit : maintenant que nous avons allumé la mèche et suscité l'indignation dans le public – avec le concours zélé des « ONG » anti-pesticides – vous pouvez toujours essayer d'éteindre l'incendie. N'oubliez pas la loi de Brandolini... Ciao,bello !
Selon l'article, « [a]ucun ensemble de données n'a été généré ou analysé au cours de la présente étude »... Comprenne qui pourra...
Les auteurs ont fait état, non pas de différences, mais de « tendances statistiquement significatives ».
En outre, ils ont trouvé que, sur le plan chronologique, la mortalité par leucémie et certaines autres tumeurs différait de manière sensible – était plus précoce – par rapport aux données historiques pour les témoins. Ils n'ont cependant pas fait état de différences statistiquement significatives à ce propos dans le résumé.
Cependant, leurs données, en particulier leur figure 2, ne montrent pas de réelles différences du point de vue de la longévité.
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Que représente une « tendance statistiquement significative » ? Si l'on considère le tableau 1, il suffit d'un cas dans l'un des traitements (par exemple une femelle atteinte de leucémie myéloïde à 0,5 mg/kg, à 104 semaines).
Voici encore le tableau 2, sur les cas de leucémie avec le Roundup Bioflow : trois cas au total pour la dose maxi de 50 mg/kg.
Pour d'autres affections, on aura trouvé des cas chez les témoins (rares) et pas (forcément) chez les traitements. Curieusement – ou peut-être pas – il n'y a pas de p-value dans ce cas.
Les instances européennes – et sans doute d'autres encore – nous dirons si ces observations correspondent à un effet ou si elles sont, comme on dit, « la faute à pas de chance » pour les rats concernés.
Sur X, M. Éric Billy indique que le nombre de rats par groupe était trop faible et qu'on aurait pu mieux faire en utilisant plus judicieusement la cohorte de 1.020 animaux.
Mais nous savons que le Roundup RangerPro a été ajouté à la demande et contre financement de la Heartland Health Research Alliance.
Toutefois, il n'y a pas que les statistiques et les obsessions du statistiquement significatif. Les affections trouvées sont-elles la conséquence du glyphosate ou des produits formulée en tant que tels, ou du stress induit par une boisson fondamentalement frelatée ?
Dans cet article de recherche, vous ne trouverez nulle part « Séralini », pas même dans la bibliographie !
Comparer les deux études est complexe et dépasse le cadre de ce commentaire (et des capacités de son auteur). Remarquons simplement que l'équipe Séralini avait par exemple trouvé une tendance croissante pour la survenue de tumeurs mammaires chez les femelles – tumeurs qui ont fait le tour du monde sous la forme d'ignobles photos – et que l'équipe Mandrioli ne mentionne les tumeurs mammaires dans son texte qu'à quatre reprises... mais exclusivement pour les mâles.
Les experts devront sans doute déterminer si – compte tenu aussi des insuffisances des protocoles et des biais méthodologiques de l'une et de l'autre – l'une tend à invalider l'autre, ou encore que les deux illustrent la variabilité des résultats aléatoires que l'on peut obtenir avec ce genre d'essais à long terme (environ les deux tiers de la longévité des rats) et avec des doses extravagantes.
Les lésions néoplastiques et certaines autres données ont été reléguées dans les informations supplémentaires. On a sans doute succombé à un travers détestable de la recherche, particulièrement la recherche militante : ne pas évoquer dans l'article principal les résultats qui, pour ne pas être (forcément) statistiquement significatifs, n'en sont pas moins importants.
L'article principal se borne à égrener la litanie des affections pour lesquelles on a trouvé une tendance statistiquement significative, par exemple pour les fibromes pulmonaires chez les mâles traités avec du Roundup Bioflow.
Et c'est là qu'on trouve les néoplasmes des glandes mammaires chez les femelles. En bref, pas de différences significatives...
Le tableau ci-dessous n'est qu'une partie du tableau général, qui inclut les données pour les deux produits formulés.
Voici encore les résultats pour les lymphomes chez les mâles (il n'y a rien sur les lymphomes non-hodgkiniens).
Il est difficile de se faire une idée conclusive à partir des éléments dont nous disposons.
À la lecture des 18 – oui, dix-huit – tableaux de résultats, on a du mal à distinguer des effets dose-réponse si on considère les types de tumeurs ou d'affection un par un.
Si on fait des additions, il s'en dégage peut-être, comme le montre le tableau ci-dessous. Mais est-ce admissible, raisonnable et rationnel ? Additionner des « la faute à pas de chance » ne fait pas un lien de cause à effet, ni un schéma de dose-réponse.
Et peut-on faire de telles additions sans faire de corrections, comme celle de Bonferroni, pour des observations multiples ? C'est un point soulevé par le Dr Jérôme Barrière sur X.
Nombre total de cas de tumeurs, tous types confondus
|
|
Glyphosate |
Roundup Bioflow |
Roundup RangerPro |
|
Témoin |
2 |
2 |
2 |
|
0,5 mg/kg p.c. |
15 |
4 |
6 |
|
5 mg/kg p.c. |
11 |
7 |
12 |
|
50 mg/kg p.c. |
20 |
13 |
13 |
On peut aussi être surpris par la discrépance entre glyphosate pur et produits formulés : les seconds semblent moins nocifs que le premier !
Les auteurs avaient pourtant formulé l'hypothèse qu'ils seraient plus actifs, les co-formulants tensio-actifs devant augmenter la biodisponibilité du glyphosate chez les mammifères. Il y avait même une référence à « Insight into the confusion over surfactant co-formulants in glyphosate-based herbicides » (aperçu de la confusion entourant les coformulants tensioactifs dans les herbicides à base de glyphosate) de Robin Mesnage, Charles Benbrook et Michael N. Antoniou (deux auteurs communs avec l'étude analysée ici). La question était particulièrement intéressante s'agissant du RangerPro, contenant de la polyoxyéthylène tallow amine POEA, interdite en Europe. Elle n'a pas été abordée...
Vendons la mèche : pas conforme aux intérêts d'un des grands contributeurs financiers, la Heartland Health Research Alliance.
D'autre part, les rats témoins semblent avoir été dotés d'une extraordinaire bonne santé – 2 cas de tumeurs seulement dans chaque essai, soit 6 au total sur 306 animaux.
Ce sont pourtant des Sprague-Dawley, devenus en quelque sorte célèbres par les photos des énormes tumeurs publiées avec l'étude Séralini de 2012.
Les auteurs ont écrit, pour les tumeurs qu'ils ont observées que « [l]a plupart d'entre elles concernaient des tumeurs rares chez les rats SD (incidence de fond < 1 %) ». C'est une « précision » sans doute nécessaire pour donner corps à l'allégation, ou du moins la suggestion, d'un effet du glyphosate.
Mais c'est tout de même à vérifier. L'étude porte sur 32 tumeurs ou affections, pour 306 rats témoins. En tenant compte des affections spécifiques à un sexe et en prenant 1 % d'incidence pour base, on devrait s'attendre à 67 cas, dix fois plus que ce qui a été observé. Notre calcul est faux si on prend les auteurs au mot, mais il a le mérite d'illustrer un écart qui paraît très important.
Nous pensons que cette étude n'étaye pas la conclusion de ses auteurs.
Non, « Ces résultats [NE] fournissent [PAS] des preuves solides à l'appui de la conclusion du CIRC selon laquelle il existe "des preuves suffisantes de la cancérogénicité [du glyphosate] chez les animaux de laboratoire" ».
Et, c'est à porter à leur crédit, les auteurs ne sont pas allés jusqu'à déduire une cancérogénicité pour l'homme.
Dans leur article scientifique... dans leurs déclarations médiatiques, c'est une autre affaire.
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