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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Acétamipride = « chlordécone de la métropole » : formule plaisante mais stupide

25 Juin 2025 Publié dans #Politique, #Activisme, #Néonicotinoïdes

Acétamipride = « chlordécone de la métropole » : formule plaisante mais stupide

 

 

(Source)

 

 

La proposition de loi dite « Duplomb-Ménonville » (signée par 185 sénateurs) n'est pas au bout de ses peines. L'opposition reste aussi intransigeante qu'irrationnelle (c'est mon opinion et je la partage). Des petits malins viennent d'exhumer une formule percutante afin d'influencer la suite des opérations. Oui, mais...

 

 

Rappels

 

La proposition de loi dite « Duplomb-Ménonville » – du nom des deux premiers d'une liste de 185 sénateurs signataires du texte d'origine – est loin d'être « sous toit » selon une expression romande (de la partie de la Suisse qui parle une langue dont un politicien français voudrait changer le nom).

 

Elle avait pour objectif de « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » sur quatre sujets : les produits phytosanitaires et notamment la « surtransposition » des normes européennes ; les normes applicables à l'élevage ; l'irrigation ; les relations avec l'Office Français de la Biodiversité.

 

La Commission de l'Environnement de l'Assemblée Nationale, en particulier, en a fait l'exact contraire. C'est le cas notamment de l'irrigation – et donc pour partie de l'avenir de l'agriculture dans le contexte du changement climatique (de la production alimentaire – car, si nos bobos peuvent se passer de l'agriculture, ils ne peuvent pas encore se passer de manger trois fois par jour). Elle deviendrait quasiment impossible si le texte issu de cette commission était adopté.

 

Et l'horizon s'assombrissait encore pour l'agriculture et les agriculteurs – pour notre production agricole et alimentaire, et donc notre souveraineté – avec la nuée de propositions d'amendement (3.455) soumises à l'Assemblée pour le débat en séance publique par les Écologistes et la France Insoumise .

 

Comme on le sait, le rapporteur, Julien Dive, a déposé une motion de rejet qui fut adoptée à une large majorité (274 contre 121) le lundi 26 mai 2025, coupant ras le débat. La proposition de loi est donc renvoyée à une commission mixte parlementaire de sept députés et sept sénateurs, en principe sur la base du texte adopté par le Sénat le 27 janvier 2025, en pratique sur la base également des modifications adoptées par la Commission des Affaires Économiques de l'Assemblée Nationale (voir le dossier législatif).

 

 

« les néonicotinoïdes... » ? Décidément, on ne se refuse rien ! (Source)

 

 

Une acétamipride hautement allergénique (il irrite les anti-pesticides...)

 

Un des points d'achoppement – sinon « le » point – est la disposition qui, faute de rayer de la législation française l'interdiction généralisée et de principe des insecticides néonicotinoïdes (issue de la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité), permettrait d'autoriser par dérogation, dans des conditions très encadrées, le recours à l'acétamipride.

 

L'acétamipride est approuvée au niveau européen jusqu'en 2033 par le Règlement d'exécution (UE) n° 2018/113 du 24 janvier 2018.

 

Sont visées plus spécifiquement les cultures de betteraves à sucre, contre les pucerons vecteurs de jaunisses virales, et de noisettes, contre le balanin et la punaise diabolique.

 

Nombre d'intervenants dans le « débat » issus des milieux de l'agriculture insistent sur la problématique de la « distorsion de concurrence » que subissent les agriculteurs français face à leurs homologues des autres pays européens, ou non-européens, qui peuvent recourir à l'acétamipride pour protéger leurs cultures. En fait, le problème est plus grave : il s'agit de la survie de nos filières betteraves et noisettes, en l'absence d'autres solutions efficaces.

 

 

« …il pourra empoisonner, parfois tuer, des milliers de personnes parce qu'on l'aura interdit trop tard » ? Décidément, on ne se refuse rien ! (Source)

 

 

Vachement au courant... (Source)

 

 

Et voici le « bon mot »...

 

Il est probable que la Commission Mixte Paritaire maintiendra la possibilité d'accorder des dérogations. Il est donc important pour les opposants de maintenir la pression ; c'est aussi efficace compte tenu du matraquage médiatique exercé jusqu'ici pour décrire l'acétamipride comme l'abomination de la désolation.

 

Et voici que des petits malins ont exhumé une déclaration faite par M. Christian Huyghe, alors directeur scientifique agriculture de l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement (INRAE) le 5 avril 2023 devant la Commission des Affaires Économiques du Sénat

 

Voici un extrait du compte rendu de la réunion un peu plus large permettant de saisir une partie du contexte (vidéo ici à 00:17:29) :

 

« L'autre élément important qui constitue une des forces de ces molécules et en même temps une de leurs très grandes faiblesses, c'est leur demi-vie, qui est très longue. La demi-vie d'un produit comme l'imidaclopride est de 228 jours. Au bout de 228 jours, 50 % de la molécule est encore présente et disponible dans le sol. Au bout de 456 jours, il en reste encore 25 %.

 

À ces teneurs-là, si vous semez une plante 450 jours après, elle va être en mesure d'absorber ces molécules par ses feuilles, ses fleurs et son nectar. C'est là le vrai problème : quand vous avez semé une betterave, des quantités d'imidaclopride, par exemple, restent disponibles dans le sol durant deux années, à des teneurs suffisantes pour avoir un impact sur la biodiversité. C'est pourquoi la loi de 2020 a interdit de semer du colza durant deux années après le cycle de culture des betteraves.

 

L'acétamipride, que la France n'a heureusement jamais utilisé, est pire que l'imidaclopride. Il s'agit d'un produit stable qui est donc en quelque sorte le "chlordécone de l'hexagone". » (C'est nous qui graissons)

 

 

(Source)

 

 

...mais c'est faux !

 

On peut être bref : selon l'ARLA (Agence de Réglementation de la Lutte Antiparasitaire), la demi-vie de l'acétamipride au sol, en condition aérobie – à comparer aux 228 jours de l'imidaclopride évoqués ci-dessus – est de...

 

4,5 jours.

 

 

 

 

Le rapport d'évaluation de l'EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) est plus disert, mais moins précis. En bref, la persistance y est qualifiée de « très faible à modérée ».

 

Grok nous dit :

 

« Selon les études évaluées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) dans le cadre de l'approbation de l'acétamipride (rapport de 2016 et mise à jour de 2024), la demi-vie dans le sol varie généralement de 1 à 8 jours en conditions aérobies en laboratoire. Dans des conditions de terrain, elle peut aller de 1 à 15 jours, avec une moyenne autour de 3 à 7 jours»

 

On est donc très loin du chlordécone...

 

 

Post scriptum

 

Une autre manière de semer la panique (source)...

 

 

 

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J
Rien à voir mais à creuser<br /> https://infos.ademe.fr/magazine-juillet-2025/afficher-le-cout-environnemental-des-vetements<br /> <br /> "Ecobalyse a calculé 446 points. « C’est ce que sa fabrication “coûte” à la nature quand on regarde son impact sur le changement climatique, l’acidification des océans, et sa toxicité pour l’eau douce », décrypte Guillaume Declair. « Par comparaison, un vêtement de poids équivalent, 100 % coton conventionnel, fabriqué au Bangladesh et vendu par une marque de fast fashion, a un coût environnemental de 1 800 points. »"<br /> <br /> On ne sait pas comment sont calculés les "points": j'ai fait un test juste en changeant le prix de vente et tout de suite le nombre de points change, mais je ne vois pas en quoi le prix de vente change l'impact écologique.<br /> <br /> <br /> et ce n'est qu'un exemple
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J
Entendu sur France 5 hier soir encore de l'agribashing venant de la fabrique du mensonge , heu non la fabrique écologique :<br /> Arrêtons l'agriculture intensive.<br /> Ne donnons plus d'eau aux agriculteurs qui l'on gratuitement et en fond de l'argent avec, laissons là aux particuliers (pour remplir leur piscine, enfin les riches qui peuvent s'en payer une et tant pis pour les pauvres qui n'auront même plus de piscine municipale ; eau pour laver leurs voitures et pour leurs jardins, les 2 derniers cas uniquement pour les riches uniquement aussi).<br /> La dame ne semblait pas au courant que l'eau donnée aux agriculteurs nous est rendue sous forme de nourriture.<br /> <br /> Autre passage aussi contradictoire où elle critiquait le fait qu'on importait du boeuf de l'étranger mais aussi qu'il ne fallait pas faire de bœuf car ça consommait 15000l d'eau par kilo... Faudrait savoir ?<br /> <br /> Mais bon c'est classique chez les conspirationnistes: critiquer tout et son contraire "en même temps"
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