Le grand détricotage : la proposition de budget de l'administration Trump est une attaque contre la science américaine
Henry I. Miller, ACSH*
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Elon Musk avec son jouet préféré. Image : Wikimedia Commons
Le budget 2026 proposé par l'administration Trump laisse présager un avenir où la science ne sera plus une priorité nationale, mais un champ de bataille idéologique. Il faudra des décennies pour réparer les dégâts causés par une mise en œuvre même partielle.
Dans un geste qui a stupéfié les scientifiques, les éducateurs et les experts politiques, le projet de budget fédéral 2026 du président Donald Trump prévoit une série de coupes sombres et sans précédent dans l'infrastructure scientifique de l'Amérique. S'il est adopté, ce budget marquera un recul historique des investissements fédéraux dans la recherche, la protection de l'environnement et la santé publique. Il pourrait paralyser fondamentalement la capacité de la Nation à innover, à être compétitive au niveau mondial et à répondre aux crises.
Bien que les propositions budgétaires de la Maison Blanche soient finalement soumises à l'approbation du Congrès, ce « budget allégé » indique une trajectoire politique claire : un affaiblissement général de la science fédérale. Avec des réductions de plus de 50 % dans certaines agences et l'élimination de divisions de recherche entières, les conséquences pour la capacité scientifique de la Nation et la croissance économique future pourraient être, selon les termes d'un responsable de la politique scientifique, « catastrophiques ». Ayant moi-même passé des années en tant que scientifique au NIH et à la FDA et ayant interagi avec d'innombrables autres agences fédérales pendant de nombreuses années, je suis d'accord.
Le budget proposé prévoit une réduction générale de 23 % des dépenses discrétionnaires non liées à la défense, mais les agences scientifiques sont beaucoup plus durement touchées. La National Science Foundation (NSF), qui finance près d'un quart de l'ensemble de la recherche fondamentale soutenue par le gouvernement fédéral dans les universités américaines, verrait son budget actuel de plus de 9 milliards de dollars réduit de moitié. Les National Institutes of Health (NIH), la principale agence de recherche biomédicale au monde, dont les crédits s'élevaient à 48 milliards de dollars pour l'année fiscale en cours, sont confrontés à une réduction stupéfiante de 40 %, avec des plans visant à supprimer des instituts entiers axés sur la santé des minorités et la collaboration internationale.
L'Agence de Protection de l'Environnement (EPA) est l'une des plus durement touchées, avec une proposition de réduction de 55 % qui inclut le démantèlement de son principal organe de recherche. Les Centres de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC) perdraient un tiers de leur financement – alors même que les maladies chroniques et la préparation aux épidémies et aux pandémies restent des préoccupations nationales.
L'administration Trump présente ces décisions comme un rejet de la science « woke » (ou « réveillée ») et « radicale », promettant au contraire de recentrer les dépenses sur des « domaines prioritaires » tels que l'intelligence artificielle, l'énergie nucléaire et l'informatique quantique. Mme Victoria LaCivita, directrice de la communication du Bureau de la Politique Scientifique et Technologique de la Maison Blanche, a déclaré que l'objectif de l'administration était de « consolider notre position de leader mondial de la technologie et de mettre fin aux dépenses consacrées à la science “woke” ».
Mais ce discours de la Maison-Blanche cache un projet de suppression radicale de la science menée et financée par le gouvernement, en particulier de la recherche fondamentale et précommerciale, qui pourrait paralyser des domaines essentiels à la sécurité nationale, à la résilience climatique et à la santé publique. Voici quelques exemples parmi tant d'autres.
La NSF est l'épine dorsale de la recherche américaine. Elle soutient tout, de la modélisation climatique à l'innovation en matière d'énergie propre, en passant par les sciences sociales qui aident les décideurs politiques à comprendre les comportements et les tendances économiques. Le budget de l'administration Trump réduit le financement de la NSF de 5 milliards de dollars. Près de 1,1 milliard de dollars de subventions « d'élargissement de la participation », conçues pour accroître la diversité dans les domaines des STIM [science, technologie, ingénierie et mathématiques], seraient supprimés – soit une réduction de 80 %. Même le financement opérationnel de base est menacé, avec une réduction de 93 millions de dollars pour le personnel de l'agence, ce qui pourrait obliger à licencier jusqu'à la moitié du personnel de la NSF.
« Si ces réductions sont appliquées, je ne vois pas comment l'agence pourra fonctionner comme le Congrès l'a prévu », a déclaré M. Kenneth Evans, chercheur en politique scientifique à l'Université de Rice.
La réduction la plus alarmante est sans doute celle de 21 milliards de dollars proposée pour les NIH, qui sont sans doute la première agence de recherche biomédicale au monde. Sans fournir la moindre preuve, l'administration a accusé les NIH de promouvoir des « idéologies dangereuses » et des « recherches hasardeuses ».
Qualifiant l'institution de « trop grande et mal ciblée », le plan de restructuration radical prévoit la consolidation des 27 instituts des NIH en seulement cinq nouveaux « domaines d'intervention » – un bouleversement bureaucratique qui, selon de nombreux experts, détruira des décennies d'infrastructures soigneusement mises en place. Les programmes axés sur la santé des minorités et la collaboration mondiale seraient purement et simplement supprimés.
« Ces réductions auraient un effet dévastateur sur la recherche biomédicale », a déclaré Mme Carole LaBonne, biologiste spécialiste des cellules souches à l'Université Northwestern. « C'est un manque de vision incroyable ».
Les dégâts sont déjà évidents. Selon STAT, en raison des réductions de financement et de personnel, le NIH Clinical Center, le plus grand hôpital des États-Unis consacré exclusivement à la recherche médicale, est en proie à l'agitation. Certains chercheurs ont renoncé à lancer de nouvelles études et les entreprises biopharmaceutiques hésitent à signer des accords de recherche avec le centre.
L'ancienne directrice des NIH, Monica Bertagnolli, nommée sous la présidence de Joe Biden, a qualifié les affirmations de l'administration de « grossièrement inexactes ou fausses » et de « vision déformée d'une organisation dont je sais qu'elle se consacre à l'amélioration de la santé de tous ».
Le budget proposé réduirait le financement des CDC d'environ 39 %, passant de 9,2 milliards de dollars à 5,6 milliards de dollars, selon Science | AAAS. Plusieurs initiatives relatives aux maladies non infectieuses devraient être supprimées, notamment le Centre National pour la Prévention des Maladies Chroniques et la Promotion de la Santé, le Centre National pour la Prévention et le Contrôle des Blessures, le Centre de Santé Mondiale et le Centre National pour la Santé Complémentaire et Intégrative, qui se concentre sur les thérapies alternatives, malgré l'engagement déclaré de Robert F. Kennedy Jr – qui, en tant que secrétaire à la Santé et aux Services Sociaux, supervise les CDC – de soutenir de telles activités.
Le budget de l'administration Trump priverait également la NASA de près d'un quart de son financement. L'astrophysique, l'exploration planétaire et les sciences de la Terre – y compris les satellites essentiels de surveillance du climat – subiraient des réductions de près de 50 %.
Même des programmes emblématiques tels que la mission d'acquisition d'échantillons de Mars et la Station Spatiale Internationale sont sur la sellette. Bien que l'exploration de la Lune et de Mars se poursuive dans le cadre d'une nouvelle « course à l'espace » avec la Chine, la perte des sciences fondamentales pourrait marquer le début de ce que certains appellent un « âge sombre » pour les missions de recherche de la NASA.
L'Agence de Protection de l'Environnement (EPA), le Service Géologique des États-Unis (USGS) et l'Administration Nationale des Océans et de l'Atmosphère (NOAA) – agences essentielles pour la surveillance et la protection de l'environnement et la prévision des phénomènes météorologiques importants – sont confrontés à ce qui s'apparente à un démantèlement coordonné. L'Office de Recherche et de Développement de l'EPA va être dissous.
À la NOAA, un goulet d'étranglement débilitant est apparu : près de 1.000 contrats, d'une valeur de 230 millions de dollars, sont bloqués, nécessitant un examen personnel par des personnes nommées pour des raisons politiques – un processus qui a déjà perturbé des fonctions essentielles, des prévisions météorologiques aux services informatiques. Le National Weather Service a notamment suspendu le lancement de ballons météorologiques sur certains sites, réduisant ainsi la collecte de données essentielles, et des équipes ont été supprimées dans les bureaux du National Weather Service dans tout le pays.
« C'est une façon absurde et dangereuse de gérer une agence scientifique », a déclaré M. Craig McLean, un ancien fonctionnaire de la NOAA.
Pour la prochaine génération de chercheurs, dont beaucoup ont passé des années à se former pour être nommés à l'université, le message est clair. « Si je commençais ma carrière, je partirais d'ici en un clin d'œil », a déclaré M. Michael Lubell, physicien et expert en politique scientifique à la City University of New York. L'American Association for the Advancement of Science a qualifié le budget de « catastrophique », avertissant qu'il pourrait pousser les scientifiques en début de carrière à chercher des opportunités à l'étranger.
Il ne s'agit pas seulement d'une question nationale. Les États-Unis sont depuis longtemps le leader mondial de la science et de l'innovation, attirant des talents du monde entier et alimentant des découvertes qui profitent à l'ensemble de l'humanité. En réduisant aujourd'hui leur infrastructure scientifique, ils risquent de céder ce leadership à d'autres Nations, en particulier à la Chine, dont le budget scientifique n'a cessé d'augmenter.
Il reste à espérer que le Congrès, qui tient les cordons de la bourse, rejettera les propositions les plus extrêmes. Mme Jennifer Zeitzer, de la Fédération des Sociétés Américaines de Biologie Expérimentale, a fait preuve d'un optimisme prudent : « Je ne peux pas imaginer que le Congrès approuve le montant et l'ampleur des réductions demandées dans le budget allégé de l'administration. »
Mais compte tenu du climat politique et de la volonté de certains législateurs d'accepter le fait que la Maison Blanche considère une grande partie de la science comme idéologique, rien n'est certain.
Les budgets sont révélateurs. Ils reflètent les priorités, les valeurs et la vision de l'avenir d'une Nation. Le budget 2026 proposé par l'administration dépeint un avenir où la science n'est plus une priorité nationale, mais un champ de bataille idéologique. Il faudra des décennies pour réparer les dégâts causés par une mise en œuvre même partielle.
Alors que les législateurs entament sérieusement les négociations, les enjeux sont clairs : les fondements mêmes du leadership scientifique américain sont en jeu. Qu'ils protègent ces fondations – ou qu'ils les laissent s'effondrer – peut définir non seulement le sort de cette génération de chercheurs, mais aussi la capacité à moyen et long terme de la Nation à innover et à être compétitive. Espérons qu'en fin de compte, le Congrès tiendra compte de l'avertissement du Dr Thomas R. Frieden, qui a dirigé les CDC de 2009 à 2017 : « On n'améliore pas les choses en les détruisant. On les améliore en les améliorant. »
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* Henry I. Miller, MS, MD, est Glenn Swogger Distinguished Fellow à l'American Council on Science and Health. Ses recherches portent sur les politiques publiques en matière de science, de technologie et de médecine, dans un certain nombre de domaines, notamment le développement pharmaceutique, le génie génétique, les modèles de réforme réglementaire, la médecine de précision et l'émergence de nouvelles maladies virales. Le Dr Miller a travaillé pendant quinze ans à la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, où il a occupé plusieurs postes, notamment celui de directeur fondateur de l'Office of Biotechnology.
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