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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

V-Fluence réduit la voilure : des idiots utiles médiacratiques jubilent

7 Avril 2025 Publié dans #Bonus Eventus, #Le Monde

V-Fluence réduit la voilure : des idiots utiles médiacratiques jubilent

 

 

 

 

La petite entreprise de veille médiatique et politique v-Fluence – aussi connue par un de ses produits, Bonus Eventus – a fait l'objet d'une campagne savamment orchestrée de démolition. Elle est partie défenderesse mineure dans une tentative d'avocats prédateurs états-uniens de faire les poches de Syngenta. Mais un autre objectif, peut-être bien principal, est de faire taire un observateur trop bien informé des turpitudes des mouvances anti-OGM et antipesticides. Des médias – dont le Monde de M. Stéphane Foucart – ont contribué à la stratégie de ternissement de sa réputation... Saison 2 dans le Mond.

 

 

Plantons le décor...

 

Nous avons publié plusieurs articles sur cette affaire, notamment « La paille de v-Fluence et M. Jay Byrne... et la poutre de M. Stéphane Foucart et le Monde ».

 

Rappelons que v-Fluence est une petite entreprise de veille médiatique et politique, et d'information sur, principalement, la chimie et la génétique agricoles modernes – les pesticides et les OGM pour faire simple. Elle a été mise en cause aux États-Unis d'Amérique dans des litiges en responsabilité civile dont la défenderesse principale est Syngenta. Des litiges qu'on peut décrire comme des tentatives d'extorsion de fonds par la voie judiciaire.

 

 

Rappel : vous déposez un dossier chez des avocats qui gèrent une action collective (class action) si vous êtes atteint de la maladie de Parkinson et que vous avez manipulé du paraquat. C'est gratuit. Si l'action aboutit, vous touchez le jackpot... et les avocats le superjackpot. (Source)

 

 

Les manœuvres des avocats prédateurs sont similaires à celles qui ont été mises en œuvre contre Bayer-Monsanto à propos du glyphosate et des lymphomes non-hodgkinien : pour pallier la faiblesse des dossiers sur le fond, on manœuvre sur l'argument du défaut d'information et, surtout, on noircit la réputation de l'entreprise pour influencer les jurys. Elle a – selon la stratégie d'attaque – caché des choses...

 

C'est là qu'intervient v-Fluence. Elle aurait contribué à dissimuler ou minimiser les liens entre l'herbicide Paraquat et la maladie de Parkinson. C'est faux, parce que cela n'entre pas dans le champ des activités de v-Fluence, mais cela a un avantage collatéral – en fait principal pour une partie de la meute de poursuivants : faire taire un organe d'information sur les événements d'intérêt pour les milieux au service de l'agriculture moderne, y compris sur les turpitudes du monde activiste anti-OGM et anti-pesticides.

 

Il y a deux manières d'assécher ses finances.

 

D'une part, les procédures américaines de discovery et les demandes d'information FOIA (Freedom of Information Act) sont chronophages et « dollarophages » – les avocats ne travaillent pas gratuitement.

 

D'autre part, le bad buzz incite les clients à se détourner d'une entreprise devenue sulfureuse – surtout ne pas se faire éclabousser et devenir aussi une cible... Comme nous l'a rapporté M. David Zaruk dans « Bonus Eventus : Requiem pour un guerrier de la communication », la manœuvre a été efficace.

 

 

...et voici les personnages principaux.

 

Pour le bad buzz, il fallait bien sûr des médias complaisants – en fait complices – et des militants y disposant d'un emploi et d'une carte de journaliste. En France, sans surprise, le Monde et M. Stéphane Foucart.

 

Mais ce n'est là que le dernier maillon d'une chaîne complexe.

 

Suivons l'adage : « Follow the money »...

 

Au sommet, donc, vraisemblablement, un généreux donateur anonyme et ayant tenu à le rester...

 

...qui fait un don affecté – c'est-à-dire assorti d'une instruction sur les modalités de son emploi (exemple) – de 800.000 dollars à la Oak Foundation...

 

...qui remet cette somme à une entreprise, Lighthouse Reports, une « salle de presse internationale d'investigation à but non lucratif » (enfin... le surplus est très confortable en 2023) incorporée sous la forme d'une Stichting aux Pays-Bas, un paradis sur le plan du droit des entreprises et fiscal (ben quoi ? Cela ne l'empêche pas de faire des « enquêtes d'intérêt public », en particulier sur la « corruption »...).

 

 

 

 

...qui est donc chargée – en théorie – de procéder à une enquête sur v-Fluence...

 

...mais qui, en fait, relaie essentiellement des éléments tirés des procédures judiciaires lancées contre Syngenta et v-Fluence par les avocats prédateurs – ayant été formellement avisée que ces éléments sont faux...

 

...qui ont complaisamment – enfin, ce n'est évidemment pas désintéressé... – fourni ces éléments à Mme Carey Gillam, anciennement journaliste chez Reuters, puis activiste à U.S. Right to Know (fondé par l'Organic Consumer Association) et personnage clé des manipulations médiatiques dans les affaires Bayer-Monsanto et glyphosate, maintenant managing editor de The New Lede (une sorte de média de l'Environmental Working Group) et personnage clé des manipulations médiatiques dans les affaires Syngenta et paraquat, et v-Fluence...

 

...qui publie ces éléments sur la page « Poison PR » du site de The New Lede, dans des articles sur ledit site ainsi que dans le Guardian (dont certaines rubriques sont financées par... l'Oak Foundation...), où elle a son rond de serviette...

 

...éléments qui se retrouvent dans les articles des partenaires médiatiques dont les journalistes militants (ou militants journalistes) auront ajouté quelques éléments d'ordre national ou régional, ce qui leur permet de prétendre qu'ils ont fait ou contribué à un travail de journalisme d'investigation.

 

 

Le Monde de M. Stéphane Foucart remet une pièce dans le bastringue

 

Il y eut donc une première salve de trois articles en septembre 2024 (dans d'autres pays, comme au Canada, les « honorables » correspondants se sont contentés d'un seul...) :

 

 

Le 12 février 2025, toujours sous la signature du trio Stéphane Foucart, Elena DeBre et Margot Gibbs (ces deux dernières de Lighthouse Reports), le Monde publiait « Mise en cause pour le fichage d’opposants aux OGM et aux pesticides, la société v-Fluence cesse ses activités de "profilage" ».

 

« Mise en cause... » ? Cela n'est pas allé bien au-delà du tapage suscité par la coalition hétéroclite d'activistes et de leurs idiots utiles (citons ici Reporters sans Frontières, financé par... l'Oak Foundation...). Mais en France, c'est écrit par le Monde, un journal à l'excellente réputation (ironie), soucieux comme nous allons le voir encore de la réputation des tiers (ironie encore).

 

Le chapô est aussi particulièrement – disons... – osé :

 

« Cette société de conseil américaine avait mis en place une plateforme pour partager avec ses clients de l’agro-industrie des informations personnelles sur des scientifiques et des militants critiques des OGM ou des produits phytosanitaires. »

 

Non, cette société avait mis en place une base de données – qu'elle avait assemblée elle-même – sur les acteurs – personnes physiques ou morales – dans le domaine des OGM et des produits phytosanitaires, quelle que soit l'orientation (pour ou contre) de ces acteurs. C'est, ou c'était, un « profilage » comme indiqué dans le titre de l'article. Et c'était un profilage non limité à des informations personnelles (mais il a pu en contenir qui étaient inopportunes).

 

V-Fluence a donc supprimé ce service par crainte de se voir aussi attaqué sur ce point... La belle affaire... digne d'un article dans le réputé journal le Monde...

 

Ailleurs dans son article, le Monde a qualifié ce service de « fichage »... avec, bien sûr, une description dystopique du contenu des fiches, ainsi que des « clients » de l'entreprise (rappel : j'ai été invité à bénéficier des services).

 

 

La preuve par Tyrone Hayes...

 

Les fiches étaient donc souvent erronées, voire malfaisantes...

 

Elles portaient sur « environ 500 personnalités publiques – chercheurs, militants associatifs, responsables politiques, experts des Nations unies – considérés comme critiques de l’agriculture intensive ». Le Monde fait donc la preuve par... deux témoignages.

 

Voici donc Tyrone Hayes, un universitaire (professeur à l'UC Berkeley) très controversé qui fut engagé en 1998 pour le compte de Novartis (la partie agrochimie de l'entreprise est maintenant Syngenta) – dans le cadre d'un contrat de sous-traitance entre l'UC Berkeley et l'entreprise de son épouse (mais le montage pourrait être plus compliqué) – pour étudier les effets de l'atrazine sur les amphibiens. Il a trouvé un effet négatif (une induction de l'hermaphrodisme – et dans les médias militants, on évoque des grenouilles devenues gay).

 

 

(Source)

 

 

Le résultat n'était apparemment pas du goût de Syngenta, et les relations devinrent extrêmement tumultueuses (on trouvera des précisions, notamment une chronologie détaillée, dans cet article très critique des actions des entreprises et des autorités de réglementation, article produit par un des protagonistes de cette affaire). Manifestement, chaque partie y avait mis du sien...

 

Le Monde écrit :

 

« "Je n’ai jamais été payé en tant que témoin-expert ou consultant par qui que ce soit et je n’ai jamais reçu de salaire, de revenu ou d’honoraires de consultant de la part d’une ONG", rectifie M. Hayes. »

 

Il n'y a rien sur Internet qui infirme cette déclaration. Mais elle se limite à une question de rémunération, occultant, bien plus importante, celle des activités. Beau sophisme implicite...

 

Il y eut évidemment un recours collectif contre Syngenta, à propos des niveaux d'atrazine dans les ressources d'eau potable. L'affaire s'est soldée par un accord amiable en mai 2012 (105 millions de dollars, Syngenta niant toute responsabilité). Il se dit que les travaux de Tyrone Hayes ont joué un rôle important. On n'en saura pas plus : n'y avait pas encore de stratégies du genre illustré par les Monsanto Papers et par les manœuvres en cours.

 

Et s'agissant des ONG (de certaines), on peut qualifier Tyrone Hayes de « compagnon de route ».

 

Nous avons noté sur ce blog sa participation en juin 2019 à Nairobi, dans le « All-Africa Congress on Synthetic Pesticides », une véritable entreprise de démolition de l'agriculture coonventionnelle au profit de l'agriculture biologique. Il n'y était pas allé à l'insu de son plein gré, en toute naïveté...

 

 

(La source a été effacée...)

 

 

C'est donc un peu court et bien problématique pour l'article du Monde.

 

 

... et Dave Goulson

 

Dave Goulson est un compagnon de route encore plus engagé de la nébuleuse militante ; a été fièrement, un trustee de Pesticide Action Network UK et président de Pesticide Free Scotland, et a par exemple co-produit un document pour Greenpeace. Avec lui, on change de registre et passe au complotisme et à la reductio ad Monsantum :

 

« Le biologiste Dave Goulson, professeur à l’université du Sussex (Royaume-Uni), explique par exemple que les éléments colligés dans sa fiche provenaient de "blogs tenus par des personnes financées directement ou indirectement par Monsanto, aujourd’hui Bayer, ou d’autres géants de l’agro-industrie" et réapparaissaient régulièrement sur les réseaux sociaux "amplifiés par d’autres, dans ce qui semble être une méthode coordonnée". "Il s’agit simplement de campagnes de dénigrement visant à détruire la réputation de leurs cibles, selon le scientifique britannique. [...]" »

 

 

Il récrimine dans le Monde et fanfaronne sur X (il faut lire : « compliment »)... alors qu'il n'est pas mentionné dans l'article du Guardian... (Source)

 

 

Dave Goulson – qui serait en quelque sorte un régional de l'étape – n'est pas mentionné dans le roman-fleuve de Carey Gillam, Margot Gibbs et Elena DeBre publié par le Guardian le 26 septembre 2024. Il faut croire que les éléments de la fiche n'avaient rien de choquant...

 

On peut en être assuré, en effet !

 

Je me suis procuré ce profil que les auteurs de l'article du Monde ont sans doute aussi obtenu, dans le cas de Lighthouse Reports par des moyens qui restent à élucider (moi, j'ai demandé...).

 

Il y a, dans les quatre pages, deux citations alarmistes des propos – coutumièrement alarmistes – de Dave Goulson : l'une d'octobre 2017 au New York Times (« nous sommes "sur la voie de l'Armageddon écologique" car "si nous perdons les insectes, tout va s'effondrer" »), l'autre de juillet 2021 au Guardian, qui a titré : « L'apocalypse des insectes : "Sans eux, notre monde s'arrêtera" ».

 

Pour un obsédé textuel, le passage en question de l'article du Monde est certes une information (« [...] Dave Goulson […] explique [...] », mais ce qui a été retenu de son propos est faux ! Insistons : « les éléments colligés dans sa fiche » ne provenaient pas tous de blogs...

 

La fiche comporte aussi une rubrique « critiques ». Tiens donc ! C'est comme Wikipedia en français, pour certaines personnalités et entités...

 

Il y a huit citations, bien sûr référencées : Hank Campbell sur Science 2.0 (2021) ; Jon Entine dans Genetic Literacy Project (2017), avec un extrait republié sur Junk Science, et Quillette (2021) ; David Zaruk sur son ancien blog sur Euractiv (2015) ; un certain André Heitz sur son blog (juin 2020 ; septembre 2020 (mais la citation est en fait d'Alerte Environnement) ; 2021).

 

 

Commentaire en réaction à un article du Guardian qui fait l'article pour deux articles de patascience particulièrement grossière. (Source)

 

 

Voilà donc les « personnes financées directement ou indirectement par Monsanto […] »... Les écrits qui « réapparaissaient régulièrement sur les réseaux sociaux »... on aimerait bien pour instiller de la rationalité dans les débats et l'opinion publique...

 

Et, pour les « campagnes de dénigrement [...] », il s'agissait essentiellement d'exposer les turpitudes scientifiques et médiatiques d'un militant affiché, d'un personnage public professant des idées et théories abrasives sur les pesticides, les entreprises agrochimiques, les chercheurs qui ne trouvent pas comme lui, les autorités de réglementation, etc.

 

Qui sème le vent... récolte dans le domaine considéré ici, hélas, une petite bise de promoteurs de la rationalité...

 

Mais l'article du Monde réussit l'exploit de présenter Dave Goulson comme une innocente victime.

 

 

Et voici le « blogueur et influenceur »...

 

Après ces deux « témoignages », l'article du Monde se réfère à celui de M. David Zaruk dans Seed World, que nous avons traduit dans « Bonus Eventus : Requiem pour un guerrier de la communication ». Le référence est évidemment imprécise dans le Monde et il n'y a pas de lien :

 

« Dans un article publié par une revue professionnelle à destination des semenciers, un blogueur et influenceur membre du réseau opéré par v-Fluence déplore qu’à la suite de la publication des informations sur le fonctionnement de Bonus Eventus, " en l’espace de quelques semaines, les entreprises et les associations professionnelles ont signifié à v-Fluence qu’elles mettaient fin à leur contrat et interrompaient leur soutien, laissant une quarantaine de chercheurs et d’experts sans emploi juste avant Noël". Contacté par Le Monde, l’intéressé n’a pas souhaité donner plus de précisions. »

 

Le glissement sémantique est un art ! L'« intéressé » n'est pas « membre du réseau... », mais un destinataire des communications de v-Fluence (comme le tenancier de ce blog). Les auteurs de l'article du Monde ne pouvaient pas l'ignorer.

 

Mais un « réseau »... dégage un relent de complot... et, n'oubliez pas, ces membres du prétendu réseau sont des méchants de l'agrochimie et de l'agrogénétique et leurs nervis (ironie)...

 

Quoi qu'il en soit, ce paragraphe a des relents de jubilation...

 

De fait, hélas, v-Fluence a considérablement réduit la voilure.

 

Notons que question « profilage », d'autres s'en donnent à cœur joie. Mais cela ne pose pas de problème particulier quand c'est le « camp du bien », par exemple sur Wikipedia quand il s'agit du Point, ou encore d'Agriculture et Environnement (notez que cette fiche a été supprimée).

 

Ou encore quand il s'agit de mini-profilages de destinataires, payants ou invité, des services de v-Fluence – de plus sans intérêt particulier sur le plan journalistique – dans... le Monde.

 

 

À suivre...

 

 

(Source)

 

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