De la grippe aviaire à l'aide alimentaire : M. Trump remodèle la santé et la faim dans le monde
Jake Zajkowski, AGDAILY*
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Image : USAID
L'approche des États-Unis en matière de sécurité alimentaire mondiale, ainsi que leur leadership en matière de santé publique animale, ont changé de cap dès le premier jour de mandat du président Donald Trump, avec une pause de 90 jours sur les programmes d'aide à l'étranger.
À l'aube de la nouvelle administration, on s'attendait à des coupes budgétaires et à des efforts visant à améliorer l'« efficacité » des programmes gouvernementaux. Cependant, les récents décrets ont déjà des répercussions inattendues sur l'agriculture, les universités land-grant et les partenariats agricoles internationaux qui œuvrent à l'amélioration des résultats en matière de santé.
Depuis 1954, les États-Unis financent et dirigent des projets dans de nombreuses missions diplomatiques pour lutter contre la faim dans le monde, en s'associant à des organisations philanthropiques et en encourageant les partenariats public-privé pour relever les défis mondiaux.
Les personnes impliquées dans l'agriculture internationale et le développement alimentaire cherchent des réponses à Washington alors que les agences fédérales suspendent leurs activités, émettent des avis de licenciement et empêchent les employés de se présenter au travail à l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID).
En 2023, l'USAID a déboursé plus de 72 milliards de dollars d'aide à environ 130 pays. Notamment, 2 milliards de dollars sont utilisés pour acheter des denrées de base américains afin de les transformer en repas envoyés à l'étranger, desservant environ 45 millions de bénéficiaires, selon un rapport du Service de l'Agriculture à l'Étranger.
La dernière fois que la communauté agricole a eu des discussions intensives sur l'aide alimentaire, c'était lors de l'introduction de l'American Farmers Feed the World Act of 2023 (loi « les agriculteurs américains nourrissent le monde » de 2023, qui visait à garantir que 50 % des programmes d'aide alimentaire utilisent des produits cultivés aux États-Unis, en plus des exigences d'expédition à partir des États-Unis énoncées dans la loi sur l'agriculture.
Organigramme de l'aide alimentaire américaine aux pays bénéficiaires. (Image : USAID)
Les agriculteurs américains qui nourrissent le monde et leurs homologues du développement mondial s'échinent à déterminer les prochaines étapes, alors que des programmes soutenus depuis longtemps sont temporairement suspendus et que l'USAID licencie des membres clés de son personnel et semble mettre fin à ses activités.
Aujourd'hui, quelques semaines après le début de la présidence Trump, les responsables de l'USAID et du département d'État américain sont en quête de clarté. La communauté mondiale du développement s'efforce de déterminer son rôle alors que l'administration gèle l'aide étrangère, licencie du personnel clé et semble mettre fin aux opérations de l'USAID.
Une pause de 90 jours a été imposée sur les nouvelles obligations et décaissements d'aide étrangère pendant que tous les programmes d'aide étrangère font l'objet d'un examen. Le Bureau de la Gestion et du Budget (OMB) a émis un ordre pour « arrêter, cesser et/ou suspendre tout travail » effectué dans le cadre des accords de financement de l'USAID.
Parmi les programmes concernés figurent les laboratoires Feed the Future (alimenter l'avenir), financés par l'USAID, qui se concentrent sur la faim dans le monde et la sécurité alimentaire dans 12 universités land-grant. Toutefois, les informations relatives à Feed the Future ont disparu des sites web publics. L'Université de Californie à Davis, par exemple, accueille trois des 22 laboratoires Feed the Future, spécialisés dans l'horticulture, la sécurité alimentaire et la résilience des marchés. Parmi les autres établissements concernés, citons l'Université de l'État du Kansas, l'Université de l'État du Michigan, l'Université de Purdue et Virginia Tech.
L'administration a décidé de réévaluer l'aide américaine à l'étranger en déclarant que « l'industrie et la bureaucratie de l'aide à l'étranger ne sont pas alignées sur les intérêts américains et, dans de nombreux cas, sont contraires aux valeurs américaines ».
M. Mark Becker, président de l'Association of Public and Land-grant Universities, a critiqué la directive de la Maison Blanche en déclarant : « Ordonner une pause temporaire des subventions fédérales est un mandat trop large, inutile et préjudiciable. »
Le secrétaire d'État Mark Rubio a récemment pris la direction de l'agence, mais l'incertitude demeure car le Congrès débat de la question de savoir s'il peut le faire. Entre-temps, le département d'État n'a pas encore nommé d'envoyé spécial pour la sécurité alimentaire mondiale – un rôle précédemment occupé par le Dr Cary Fowler, qui avait des liens étroits avec le secteur agricole et des organisations telles que la World Food Prize Foundation et la U.S. Farm Foundation. Ce poste représente les États-Unis dans les discussions sur la sécurité alimentaire mondiale.
M. Trump a également annoncé son intention de retirer les États-Unis de l'Organisation Mondiale de la Santé, une décision qu'il avait prise lors de son premier mandat. La procédure de retrait nécessite un préavis d'un an, mais on ne sait pas encore si le Congrès autorisera le retrait.
Dans le secteur agricole, l'OMS collabore avec l'Organisation Mondiale de la Santé Animale pour coordonner les réponses aux maladies zoonotiques telles que la peste porcine africaine et la grippe aviaire. Bien que les deux organisations bénéficient d'un financement américain, le financement de l'OMSA devrait se poursuivre, la mise en œuvre étant dirigée par le Service d'Inspection de la Santé Animale et Végétale de l'USDA.
Les experts en santé animale affirment que le retrait des États-Unis de l'OMS ne compromet pas directement la santé animale, mais qu'il « exclut les États-Unis de discussions et de collaborations essentielles », selon un responsable international de la santé animale. « C'est un rôle que le secteur privé peut jouer », a ajouté ce responsable. L'OMS, l'OMSA et l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) collaborent sur les interfaces entre les maladies animales et humaines, les initiatives « One Health » (Une Seule Santé) et les rapports hebdomadaires.
Le recul de M. Trump par rapport aux engagements mondiaux en matière de santé publique intervient alors que la grippe aviaire continue de se propager. Les États-Unis ont déjà enregistré 67 foyers, dont un cas humain confirmé (le patient est décédé le mois dernier). En Europe, un cas a récemment été confirmé au Royaume-Uni. Les agences du monde entier renforcent leurs protocoles de surveillance et d'intervention.
La grippe aviaire, une maladie qui se propage entre les oiseaux sauvages et le bétail, est documentée depuis le début du XXe siècle, époque à laquelle elle était connue sous le nom de « peste aviaire ». Toutefois, sa réapparition aux États-Unis en 2022 représentait un risque nettement plus important en raison de l'échelle industrielle des élevages de volailles américains, où les exploitations individuelles abritent souvent plus de 75.000 oiseaux. Ces grandes installations, qui produisent 95 % des œufs du pays, selon le Manuel de l'Industrie Avicole Américaine, créent des conditions susceptibles d'accélérer la propagation de la maladie. En revanche, les élevages de volailles des pays du Sud entretiennent généralement des troupes beaucoup plus petites, de 10 à 23 oiseaux en moyenne, alors que la troupe de basse-cour américaine moyenne compte environ 49 oiseaux, selon une étude des Instituts Nationaux de la Santé (NIH).
Un éleveur de canards de Long Island a récemment été victime d'une épidémie qui a nécessité l'abattage de 10.000 oiseaux. « Si l'élevage de canards n'est pas une option, je ne sais pas trop ce que nous ferions », a déclaré un éleveur à la chaîne NBC. « Nous ne sommes pas vraiment préparés à faire autre chose. »
Lorsque les maladies animales perturbent les marchés, les gouvernements prennent souvent des mesures rapides pour atténuer les dommages économiques.
L'Allemagne a récemment été confrontée à une épidémie de fièvre aphteuse, ce qui a entraîné un arrêt temporaire des exportations de viande et la suspension du statut « indemne de fièvre aphteuse » de l'Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA). Des restrictions commerciales ont été imposées par la Corée, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Russie et le Japon, bien que certaines aient été levées. M. Norbert Lins, membre allemand du Parlement Européen, a appelé à une aide économique pour les éleveurs, dont les pertes sont estimées à un milliard d'euros.
« De nombreuses exploitations ne sont pas en mesure de livrer leurs animaux et subissent des pertes de 60.000 à 80.000 euros par jour depuis des mois », a-t-il déclaré. « Si on fait le calcul, nous devrions penser à des compensations, c'est tout à fait normal. »
Les gouvernements du monde entier ont intensifié leurs réponses aux épidémies de maladies animales en raison de leur impact économique considérable. Sous la précédente administration de l'USDA, des mesures telles que l'amélioration des tests, des programmes d'aide financière et des programmes de paiement d'indemnités ont été mises en œuvre pour soutenir les agriculteurs touchés par des épizooties.
La réponse de l'USDA aux maladies animales est restée cohérente pendant la transition présidentielle. La candidate au poste de secrétaire à l'Agriculture, Brooke Rollins, a déclaré lors de son audition de confirmation au Sénat : « Je sais que l'équipe actuelle et la future équipe travailleront main dans la main pour faire tout ce qui est en leur pouvoir en matière de maladies animales ».
Toutefois, au cours de cette audition, la sénatrice Amy Klobuchar (D-Minn.) a interrogé Mme Rollins sur « l'arrêt des communications externes du CDC en matière de santé publique sur ces épidémies de grippe aviaire ». Plus précisément, elle s'est inquiétée du rapport hebdomadaire du CDC sur la morbidité et la mortalité, dont la publication est désormais soumise à l'approbation d'une personne nommée pour des raisons politiques.
Mme Klobuchar a exhorté Mme Rollins à discuter de cette question avec le CDC : « Je sais que cela ne relevait pas de l'USDA, mais je vous demande instamment d'en parler avec eux. Nous sommes inquiets. »
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* Jake Zajkowski est un journaliste agricole indépendant qui couvre la politique agricole, les systèmes alimentaires mondiaux et le Midwest rural. Élevé dans des exploitations maraîchères du nord de l'Ohio, il étudie actuellement à l'Université de Cornell.
Source : From avian flu to food aid: Trump reshapes global health & hunger
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