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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le syndicat Sne-FSU Biodiversité nous fait aimer l'OFB (ironie) et prétend intervenir dans la politique environnementale

26 Février 2025 Publié dans #Politique, #Biodiversité

Le syndicat Sne-FSU Biodiversité nous fait aimer l'OFB (ironie) et prétend intervenir dans la politique environnementale

 

André Heitz*

 

 

 

 

La réponse du syndicat Sne-FSU Biodiversité aux critiques exprimées à l'encontre de l'OFB a été plus que maladroite et témoigne d'un parti pris. Et on découvre qu'il entend intervenir dans la définition des politiques en matière d'environnement et de projets sociaux. Ce n'est pas le seul cas. Que font les pouvoirs publics ?

 

 

Une déclaration de politique générale tonitruante, mais mal comprise

 

La charge du Premier Ministre François Bayrou contre les pandores de l'Office National de la Biodiversité, dans sa déclaration de politique générale du 14 janvier 2025, est sans doute appelée à devenir un morceau d'anthologie :

 

« […] Quand nous évoquons leur crise [des agriculteurs], nous voyons ce qui saute aux yeux, la crise des revenus, le sentiment qu'ont nos agriculteurs de n'être pas respectés. À l'origine de cette situation, il y a une crise morale. Les agriculteurs, les paysans, le monde dont je viens, avaient jusqu'à il y a peu la certitude d'être les meilleurs connaisseurs et les meilleurs défenseurs de la nature. Aujourd'hui, on les accuse de nuire à la nature et c'est une blessure profonde. Quand les inspecteurs de la biodiversité viennent inspecter les fossés ou les points d'eau avec une arme à la ceinture dans une ferme déjà mise à cran par la crise, c'est une humiliation et c'est donc une faute. »

 

Cela se poursuit d'ailleurs de manière plutôt cocasse par :

 

« Pour notre agriculture, le principal enjeu aujourd'hui est celui de l'égalité des armes. [...] »

 

Les agents de l'Office Français de la Biodiversité (OFB) n'ont – à l'évidence – pas apprécié. On peut les comprendre, mais on peut aussi comprendre qu'ils ne comprennent pas que cette charge est fondée sur des critiques... fondées.

 

Un récent rapport d’inspection ministérielle (évoqué par Contexte dans un article derrière un péage) a beau minimiser les tensions, en évoquant « 180 situations relationnelles conflictuelles » sur « un total d’environ 400 000 contrôles » depuis 2020, et un taux de 0,045 % de « comportements parfois inadéquats » : le problème se situe en amont, au niveau des règles environnementales dans leur teneur matérielle et des conséquences de leur inobservation. Si la médiasphère s'est concentrée sur « avec une arme à la ceinture », l'élément critique de la déclaration de M. François Bayrou est : « inspecter les fossés ou les points d'eau ».

 

 

La section de l'OFB du Sne-FSU Biodiversité sombre dans le corporatisme

 

La section de l'OFB du Sne-FSU Biodiversité – Syndicat National de l'Environnement FSU [Fédération Syndicale Unitaire] – s'affirmant le premier syndicat de la sphère environnement – a été en pointe dans la protestation corporatiste.

 

Sur X (ex-Twitter), le syndicat s'est particulièrement distingué par deux posts.

 

 

(Source)

 

 

Un hérisson – peut-être végan – devant une boîte de frites abandonnée – sans doute une allusion au méchant capitalisme qui impose des chaînes de restauration rapides made in the USA – dans un paysage lugubre de forêt calcinée ? C'est tellement invraisemblable...

 

Du reste, il est parfaitement vrai dans nos contrée que « la nature s'adaptera », que la forêt se régénérera après un incendie. Et donc, le montage photo illustre effectivement le fait qu'on n'a « [p]as besoin de l'OFB » !

 

 

(Source)

 

 

Un jus brun sortant dans une cuisine d'un robinet du siècle dernier – rappelant sournoisement un breuvage à base de cola diffusé dans le monde entier par le capitalisme made in the USA – et un garçon censé être très malade ?

 

Là encore, si c'est pour illustrer par l'outrance le rôle de l'OFB dans la protection de l'eau potable, c'est raté.

 

 

Le devoir de réserve ?

 

Mais le problème de fond est bien plus grave. Est-il convenable pour les agents d'un service public – surtout chargé de pouvoirs de police – de faire étalage d'une conception de leur rôle et de leur mission aussi outrancière ? En fait, de leur conception tout court, fût-ce par syndicat interposé.

 

Le syndicat indique sur son site :

 

« Le syndicat défend un double objectif d’assurer d’une part la défense des droits/intérêts aux agents des services concernés et d’autre part d’inclure les enjeux écologiques aux questions sociales comme projet de société. »

 

Il y a là une prétention à influer sur les décisions politiques et administratives que l'on peut considérer comme parfaitement intolérable.

 

À titre personnel, en tant qu'ancien de la « représentation du personnel » comme on disait par euphémisme dans le système des Nations Unies, il ne me serait jamais venu à l'idée, ni à mes collègues (exceptés quelques « chiens fous »), de m'immiscer dans les politiques des organisations si cela n'avait pas un volet pertinent pour les intérêts du personnel, notamment sa sécurité.

 

Mais il faut croire que le système politique et administratif français s'accommode d'un pouvoir parallèle de ses agents complété par du lobbying et, le cas échéant des pressions.

 

Le syndicat écrit ainsi à propos des « réserves de substitution » ou « bassines » :

 

« Pour le Sne-FSU, il y a un préalable indispensable : remettre en cause le modèle dominant d’agriculture intensive au profit de modes de production agro-écologiques intégrant les principes de l’hydrologie régénérative. Le Sne-FSU affirme que l’État à son plus haut niveau a failli en s’écartant de son rôle de garant de l’intérêt général, en prenant des postures partiales au profit de la perpétuation d’un modèle agricole qui refuse de se remettre en cause. En l’état de dérives actuelles sur les projets de retenue de substitution, le Sne-FSU demande la suspension de tous les projets et des travaux en cours et la mise en place d’un moratoire permettant l’ouverture d’un vrai débat démocratique, apaisé, sur ce sujet. »

 

 

À quand la remise en ordre ?

 

Il y a là un chantier bien plus important que la question du port de l'arme de service, visible ou discrète.

 

Et il est bien plus vaste que l'OFB. Pour rester dans le domaine de l'agriculture, quelle est l'influence syndicale sur les programmes de recherche de l'INRAE, avec quels impacts sur la vitalité et la compétitivité de notre agriculture ?

 

Dans un autre domaine, le CNRS, en tant qu'institution, a été associé à une opération de débauchage d'utilisateurs de X et de migration vers d'autres plate-formes ; il n'y a eu aucune réaction de la direction.

 

Plus généralement, une association, le Lierre, annonce rassembler « plus de 2 000 fonctionnaires, agents publics, contractuels, experts, consultants, acteurs et actrices des politiques publiques, convaincus que la transformation de l'action publique est indispensable pour répondre aux urgences écologique, sociale et démocratique » – voir, sur la problématique générale, l'excellent document, « Administration, magistrature, médias publics : la bataille culturelle des écologistes » de M. Gil Rivière-Wekstein.

 

Dans le cas de l'OFB, l'action publique est-elle mise en œuvre en fonction des directives politiques et administratives (à supposer que celles-ci ne soient pas corrompues, notamment du fait d'une adhésion aux objectifs du Lierre), ou des consignes ou suggestions syndicales, ou encore d'une appréciation personnelle de la mission que l'on s'est vu confier ?

 

Ce chantier de remise en ordre incombe tout bien considéré au Premier Ministre. Et comme il a évoqué une « faute » dans sa déclaration de politique générale, on est en droit d'attendre une action résolue.

 

_______________

 

Une version de cet article a été publiée par Atlantico.

 

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J
La séparation des pouvoirs, ils ne connaissent pas visiblement... je les renverai à l'école (en commençant par la primaire puisqu'on apprend ça en primaire)!
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M
L'OFB doit être dissous d'urgence. <br /> C'est une police de petits militants écolos, c'est une agence qui se substitue aux décisions politiques. <br /> Son action est toxique du point de vue social et économique. Son existence et sa pratique sont des atteintes à la démocratie. Les bénéfices sont nuls.<br /> <br /> Concernant l'environnement, les agents de l'ONF et les garde champêtres font parfaitement leur travail.<br /> Arrêtons le massacre de nos agriculteurs et de nos libertés de circuler.
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