La vision du commissaire Christophe Hansen : la carotte plutôt que le bâton pour les agriculteurs de l'UE
Norbert Lehmann, AGRARHEUTE*
© MLV NRW/Mark Hermenau
Le commissaire européen à l'Agriculture Christophe Hansen, ici lors d'une visite en Rhénanie-du-Nord-Westphalie lundi (17 février), a présenté à Bruxelles sa « vision » de la PAC jusqu'en 2040.
Le nouveau commissaire européen à l'Agriculture veut restructurer la Politique Agricole Commune (PAC). Plus simple et plus pratique. Un entretien avec M. Christophe Hansen sur sa « vision pour l'agriculture ».
La Commission Européenne a visiblement tiré les leçons des manifestations continues des agriculteurs de l'année dernière : le nouveau commissaire à l'Agriculture Christophe Hansen (PPE) promet un changement de cap dans la Politique Agricole Commune (PAC), en s'éloignant des contraintes jusque dans les moindres détails au profit d'une politique d'incitations.
Sa « vision pour l'agriculture et l'alimentation », que le Luxembourgeois a publiée aujourd'hui (19 février 2025) à Bruxelles, doit constituer la feuille de route pour la réorientation de la politique agricole de l'UE.
AGRARHEUTE s'est entretenu avec le commissaire à l'Agriculture dans le cadre d'une interview sur ses projets, sur la manière dont il souhaite simplifier la conditionnalité et les réglementations écologiques et rendre le soutien au revenu des exploitations plus ciblé et plus efficace.
L'objectif est de rendre l'agriculture et l'alimentation plus durables, dans le sens où la rentabilité des exploitations et les questions environnementales et sociales sont prises en compte de manière égale.
Les agriculteurs doivent à nouveau pouvoir s'épanouir dans leur métier. Ils doivent pouvoir mettre en œuvre des innovations. Pour cela, ils ont besoin que les responsables politiques planifie non seulement pour sept ans, mais aussi jusqu'en 2040.
C'est la voie que j'aimerais tracer avec ma vision. Il s'agit notamment de rendre l'agriculture à nouveau attractive pour les jeunes. Actuellement, moins de 12 % des agriculteurs et agricultrices ont moins de 40 ans. C'est trop peu. Si nous voulons continuer à produire sur l'ensemble du territoire, nous devons réussir le changement de génération.
Comme je l'ai déjà dit, il est essentiel d'attirer la jeune génération vers l'agriculture. Pour cela, les agriculteurs doivent pouvoir gagner un revenu équitable grâce à leur travail. Et l'espace rural doit offrir une bonne qualité de vie.
Nous devons considérer l'agriculture comme un secteur stratégique, et pas seulement comme une toute petite partie de l'économie. L'Europe doit conserver sa souveraineté alimentaire.
Il est également très clair que nous devons réduire la charge bureaucratique pour les exploitations. Un autre élément est un commerce extérieur équitable. Notre ligne de conduite doit être d'atteindre les objectifs politiques par des mesures d'incitation avec les agriculteurs et non contre eux.
Ce n'est pas seulement dans ma vision, mais déjà dans le rapport final du dialogue stratégique. Les ressources limitées de la PAC doivent aller là où elles sont le plus nécessaires.
Nous voulons soutenir davantage les agriculteurs actifs et producteurs, mais aussi les jeunes agriculteurs et les nouveaux venus. Le plafonnement et la dégressivité peuvent être des instruments à cet effet. Je souhaite que nous parvenions à un consensus sur ce point.
Nous devons également améliorer la gestion des crises. Les décisions à ce sujet sont toutefois liées à la taille et à la structure du cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période de financement à partir de 2028.
Nous n'en sommes qu'au début du processus de discussion sur la structure du CFP. Les États membres et le Parlement Européen ont également leur mot à dire. Nous savons que de nombreux programmes européens se chevauchent. Nous voulons éviter cela.
Le rapport du dialogue stratégique indique clairement qu'un budget agricole spécifique approprié doit être maintenu à l'avenir. Les exigences supplémentaires imposées au secteur doivent être accompagnées de moyens financiers supplémentaires. Je pense que nous en parlerons encore intensivement dans les mois à venir.
Ce chiffre est fondé sur une estimation de la Banque Européenne d'Investissement (BEI). Il est très difficile, surtout pour les jeunes agriculteurs et pour les agricultrices, d'obtenir un crédit auprès d'une banque. Nous devons en discuter avec les banques privées et y remédier. Mais j'ai déjà mis en place, en collaboration avec la BEI, une enveloppe de 3 milliards d'euros pour les crédits destinés aux jeunes agriculteurs.
L'important pour le financement des investissements est à mon avis la sécurité de planification pour les exploitations. La politique doit mieux y parvenir.
La dernière Commission Européenne a déjà adopté un paquet de simplification en 2024. Mais il y a encore plus à faire. Je pense par exemple à des réglementations forfaitaires pour les petites exploitations. Nous devons également voir si les paiements environnementaux et les contrôles peuvent être simplifiés.
Certaines charges ont toutefois été ajoutées par des réglementations nationales ou proviennent d'autres domaines politiques que la politique agricole.
Il est clair que les simplifications ne doivent pas seulement être efficaces pour les autorités, mais aussi pour les exploitations agricoles. Je présenterai à cet effet un nouveau paquet de simplification au deuxième trimestre.
Nous en sommes actuellement à l'analyse. Nous avons reçu quelques suggestions concrètes de la part des États membres et des organisations agricoles. Il est clair que je ne veux pas de réforme avant la réforme, mais proposer des simplifications dans le cadre juridique existant qui peuvent être mises en œuvre rapidement.
Peu de temps après le projet de CFP, qui est annoncé pour juillet 2025. En tout cas, je veux que la réforme de la PAC soit achevée avant les élections européennes de l'été 2028. Avec la dernière réforme, nous sommes entrés de plain-pied dans la campagne électorale européenne. Ce n'était pas optimal.
Mon intention n'est pas de proposer une réforme radicale. Nous devrions seulement changer ce qui ne fonctionne pas bien et conserver tout le reste. Ce serait la bonne approche, notamment pour donner aux exploitations la sécurité nécessaire en matière de planification.
Non. C'est très clair : les denrées alimentaires doivent rester abordables pour le consommateur. Ce dont nous avons besoin, c'est de plus de transparence dans la chaîne de valeur. Nous devons savoir qui gagne quoi et où. Pour cela, nous allons mettre en place un observatoire. L'objectif est qu'une plus grande part de la valeur ajoutée revienne à l'agriculteur.
Nous constatons une tendance à la baisse de l'élevage dans l'UE, depuis dix ans déjà. Mais le fait est que l'élevage se concentre parfois fortement dans des régions limitées. C'est là que surgissent les problèmes de protection des eaux et des émissions. Nous devons y remédier sur place, notamment grâce à la technologie.
Il est important que nous maintenions l'élevage d'animaux de rente sur l'ensemble du territoire pour la création de valeur dans les zones rurales et la biodiversité. L'élevage doit avoir de bonnes perspectives dans l'UE.
Cela ne relève pas de ma compétence, mais de celle de mon collègue Olivér Várhelyi (commissaire européen à la Santé, ndlr). L'objectif de la dernière proposition de règlement a été soutenu par de nombreux agriculteurs. Mais les négociations ont été poussées politiquement à l'extrême, si bien que l'on ne parlait plus que de pourcentages irréalistes. C'était une grave erreur.
Pour l'instant, le règlement n'est pas à l'ordre du jour. Mais si mon collègue Várhelyi vient avec une proposition, je resterai en contact très étroit avec lui, de sorte que nous parvenions à des règlements adaptés à la pratique.
Nous constatons que, par le passé, de nombreuses substances actives ont été retirées du marché. Nous avons ainsi subi des pertes de récolte substantielles dans de nombreux domaines. Nous devons y remédier. Nous ne pouvons pas continuer à retirer des produits phytosanitaires du marché sans proposer d'alternatives.
Je vais vous donner un exemple : dans l'UE, nous avons retiré les néonicotinoïdes du marché parce qu'ils sont dangereux pour les abeilles. Pourquoi importons-nous alors des denrées alimentaires de pays tiers où ces produits sont utilisés ? Personne ne le comprend.
Nous devons maintenir notre compétitivité et éviter le greenwashing via le commerce. Cela implique également d'adopter rapidement une réglementation sur la culture des plantes obtenues grâce aux nouvelles techniques génomiques (NGT). Je travaillerai en étroite collaboration avec le commissaire Várhelyi pour faire avancer ce dossier sous la présidence polonaise (ndlr : c'est-à-dire au premier semestre 2025).
Nous avons des relations commerciales très actives avec les pays du Mercosur. L'UE importe chaque année, entre autres, de grandes quantités de soja d'Amérique du Sud et 200.000 tonnes de viande de bœuf. En contrepartie, nous y livrons du vin, des spiritueux et du fromage.
Si nous renforçons la rentabilité de nos exploitations, notre agriculture a beaucoup à gagner de cet accord. Nous avons besoin de partenaires fiables dans le commerce extérieur. L'évolution du commerce avec les États-Unis sous la présidence de Donald Trump et avec la Chine le souligne actuellement de manière très impressionnante.
C'est en effet très important pour moi. Dès la première semaine de mon mandat à la Commission, j'ai participé à l'organisation d'un dialogue avec les jeunes afin de savoir quels étaient exactement les problèmes des jeunes agriculteurs. Comme je l'ai dit, je souhaite que l'aide au revenu soit encore plus ciblée sur les jeunes agriculteurs. Ils doivent avoir la possibilité d'apporter leurs idées et leurs innovations.
Je pense en particulier à la production d'énergies renouvelables et à la bioéconomie. Il est important que nous améliorions la qualité de vie dans les zones rurales. En outre, les jeunes agriculteurs doivent avoir un meilleur accès aux capitaux extérieurs et à la terre.
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* Norbert Lehmann travaille depuis plus de 25 ans comme journaliste spécialisé. Après des études d'économie agricole à Bonn, le service de presse et d'information Agra-Europe a été sa première étape professionnelle. Il a fait de fréquents séjours à Bruxelles en tant que correspondant. Ensuite, activités au sein du groupe d'édition Handelsblatt, dans les relations publiques scientifiques ainsi qu'en tant qu'indépendant. Depuis 2012, il travaille au dlv, en dernier lieu en tant que chef de la rubrique Management & Markt à la rédaction d'AGRARHEUTE.
Source : Hansens Vision: Zuckerbrot statt Peitsche für Landwirte in der EU | agrarheute.com
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