L'agriculture moderne et la vision de Robert F. Kennedy Jr : le point de vue d'un agriculteur
Daniel Kelley, Réseau Mondial d'Agriculteurs*
« À toutes les époques et dans tous les pays, il y a des gens qui veulent arrêter l'histoire dans son élan », a déclaré Robert F. Kennedy en 1964. « Ils craignent l'avenir, se méfient du présent et invoquent la sécurité d'un passé confortable qui, en fait, n'a jamais existé. »
Je suis assez âgé pour me souvenir de l'assassinat choquant de RFK. Je me demande parfois à quoi aurait ressemblé l'avenir s'il avait survécu à son assassinat en 1968.
J'ai également suivi avec intérêt l'ascension politique de son fils, Robert F. Kennedy Jr, qui est aujourd'hui le candidat proposé par le président élu Donald Trump pour diriger le département de la Santé et des Services Sociaux, et j'aimerais vous faire part de quelques réflexions en tant qu'agriculteur qui a été témoin d'une grande partie de l'histoire et qui ne veut absolument pas qu'elle soit stoppée dans son élan.
Promettre de « rendre l'Amérique saine à nouveau », comme l'a fait RFK Jr, est un objectif louable. Nous en apprendrons davantage sur cette vision dans les semaines à venir, à mesure que les médias examineront son dossier et que le Sénat tiendra des audiences de confirmation. Nombre de ces conversations porteront sur le scepticisme de M. Kennedy à l'égard des vaccins, de la fluoration de l'eau et des produits chimiques contenus dans les crèmes solaires.
Le candidat aura l'occasion d'expliquer ce qu'il pense et si ses idées ont évolué.
Je suis prêt à l'écouter.
J'aimerais également vous faire part de quelques réflexions sur un sujet que je connais bien : l'agriculture moderne.
Lorsque les agriculteurs interagissent avec le gouvernement fédéral, c'est généralement avec le département de l'Agriculture, et non avec le département de la Santé et des Services Sociaux. Pourtant, les règles et réglementations du HSS façonnent également nos systèmes alimentaires. M. Kennedy a parlé avec enthousiasme de l'agriculture biologique et a exprimé des doutes sur les cultures génétiquement modifiées (OGM).
L'agriculture biologique a sa place dans notre approvisionnement alimentaire, en particulier lorsqu'elle répond à la demande des consommateurs. Si les gens veulent un produit, les agriculteurs le produiront.
Cependant, il ne faut pas se leurrer et croire que l'agriculture biologique peut remplacer les méthodes avancées du 21e siècle. Le Sri Lanka l'a récemment appris à ses dépens. Notre approche de l'agriculture doit être orientée vers l'avenir tout en étant fondée sur le bon sens et en s'appuyant sur des bases scientifiques solides.
Mon père était un agriculteur biologique, mais tous les agriculteurs de sa génération l'étaient aussi. Ce n'était pas un « passé confortable ». Avec une technologie limitée, ils n'avaient pas le choix. Leur vie était pleine de labeur, ils atteignaient des niveaux de production qui étaient parfois acceptables pour leur époque mais qui sont inacceptables pour la nôtre.
Au cours des dernières décennies, nous avons fait d'énormes progrès. Nous bénéficions d'une révolution dans les technologies agricoles, au cœur de laquelle se trouve la technologie des OGM végétaux.
Ces cultures sûres et saines ont produit des bénéfices que mon père n'aurait jamais pu imaginer. Avant les cultures génétiquement modifiées, j'étais ravi qu'un acre produise 150 boisseaux de maïs [94 quintaux/hectare]. Aujourd'hui, un acre de maïs génétiquement modifié devrait produire 225 boisseaux [142 q/ha] ou plus. Nous avons constaté des augmentations similaires pour le soja.
Cela s'explique par le fait que les cultures génétiquement modifiées contiennent des capacités naturelles de lutte contre les parasites et les mauvaises herbes. En fait, l'avènement du maïs Bt, un type courant de technologie génétiquement modifiée, a permis à des agriculteurs comme moi d'éliminer complètement les insecticides. Nous continuons à utiliser des outils sûrs de protection des cultures, tels que les herbicides pour réduire les mauvaises herbes et les fongicides pour prévenir les maladies, mais les cultures génétiquement modifiées nous ont permis de réduire notre utilisation globale des traitements.
Cette approche scientifique de la lutte contre les mauvaises herbes a permis d'assainir le sol, car nous avons dépassé la pratique du labour, qui peut être efficace pour détruire les mauvaises herbes, mais qui entraîne également l'érosion du sol ainsi qu'une perte d'humidité et de biodiversité. La technologie nous permet de semer des cultures de couverture et de limiter nos perturbations du sol.
Grâce aux OGM et à d'autres technologies qui nous permettent de produire plus de nourriture sur moins de terres que jamais auparavant, les agriculteurs des États-Unis et du monde entier peuvent suivre le rythme d'une population croissante tout en participant à la conservation.
Je peux même retirer certaines parties de ma ferme de la production alimentaire, en consacrant à l'herbe des bandes de terre de chaque côté d'un ruisseau. Cela améliore la qualité de l'eau et aide la faune. Lorsque je fauche ces sections, je préserve également l'habitat, en évitant de détruire les peuplements d'asclépiades, si importants pour les papillons monarques.
À ma connaissance, M. Kennedy n'a jamais proposé d'interdire les cultures génétiquement modifiées ni demandé que tous les agriculteurs passent aux cultures biologiques. C'est une bonne chose, car l'une ou l'autre de ces mesures se traduirait par une diminution de la production alimentaire, une augmentation de l'inflation et un affaiblissement de l'environnement.
Les agriculteurs américains sont prêts à rejoindre M. Kennedy pour rendre l'Amérique à nouveau saine en utilisant une science de premier ordre et les meilleures technologies agricoles.
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* Daniel Kelley
Dan produit du maïs et du soja en partenariat avec ses frères et son fils. Il a une longue expérience des systèmes coopératifs agricoles et a été le chef de file de GROWMARK et de CoBank. Dan est membre bénévole du conseil d'administration et président du comité d'audit et des finances du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).
Source : Modern Agriculture and RFK Jr.’s Vision: A Farmer’s Insight – Global Farmer Network
Ma note : C'est une opinion...
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