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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Couverture vaccinale du personnel hospitalier contre la grippe saisonnière

12 Janvier 2025 Publié dans #Santé publique

Couverture vaccinale du personnel hospitalier contre la grippe saisonnière

 

Dr Jérôme Barrière, MD*

 

 

Je lui « pique » aussi. C'est une très importante question de santé publique... et individuelle. La problématique est similaire pour les personnes qui sont en contact régulier avec d'autres gens.

 

 

Comment faire pour augmenter la couverture vaccinale du personnel hospitalier contre la grippe saisonnière ?

 

Problématique : seulement 10 à 15 % du personnel hospitalier se vaccine annuellement contre la grippe, chiffre globalement en baisse

 

Or ceci favorise :

 

  • L’absentéisme (aboutissant à d’éventuels plans blancs avec déprogrammations afin de repositionner du personnel hospitalier) ;

     

  • Potentiellement une majoration du risque nosocomial pour les patients hospitalisés.

 

Alors ? Se résigner ? Rendre obligatoire la vaccination ? Ou essayer de réagir collectivement ?

 

Quelques éléments de réflexion.

 

Tout d’abord, il faut comprendre la non-vaccination : ça n’est pas de l’antivaxisme primaire bête et méchant (et totalement stupide).

 

Non.

 

 

Voici les principales causes

 

1.  Lassitude et doute sur l'efficacité : Chaque année, c’est à la longue perçu comme inutile, d’autant qu’il est vrai que le vaccin a une efficacité variable d’une année sur l’autre. Donc c’est une sorte de pari, on le voit bien avec la forte demande aujourd’hui, après coup, puisque cette année la grippe « castagne ».

 

2.  Procrastination : Beaucoup de soignants ne se prennent pas le temps. Ils ne sont pas contre mais trouvent cela secondaire. Le temps passe et plus il passe moins la vaccination est perçue comme utile.

 

3.  Ils ne se sentent pas à risque : C’est le principal frein, et ceci particulièrement chez les jeunes soignants.

 

4.  Ils ne sontpas convaincus qu’en se vaccinant, ils protègent les autres. Sur ce point, il faut avouer que nous manquons de données prospectives de fort niveau de preuve. C’est le point d’ailleurs principal qui explique que les autorités de santé n’ont pas rendu la vaccination obligatoire pour les soignants à ce jour.

 

5.  Peur des effets secondaires : C’est un point indiscutable mais minoritaire dans les enquêtes.

 

Exemple : pas envie d’avoir mal au bras ou une céphalée pendant 24 heures. On préfère alors ne pas faire et prendre le risque de choper la grippe (≈ 5-10% de risque annuel donc il faut se vacciner 10-20 fois pour éviter une grippe…).

 

C’est le biais d’omission.

 

 

Alors ? Comment faire mieux ?

 

Car si tous les soignants étaient vaccinés, même sans étude prospective, il est évident que moins seraient malades, moins à risque donc de transmettre (si on n’est pas malade on ne transmet pas). C’est bien une question de santé publique et aussi d’éthique du soin.

 

Alors :

 

  • Soit on ne fait rien ou le minimum syndical dans les établissements de santé. C’est ce qui est le cas actuellement, sauf exception.

     

  • Soit on rend le vaccin obligatoire : mais il faut des arguments scientifiques forts, non disponibles aujourd’hui, pour convaincre les autorités (moi, perso, ça m’irait mais je ne suis pas décideur).

     

  • Soit on innove :

     

    On propose par exemple un « service challenge » en se donnant comme objectif pour le bien de la collectivité d’être le service le mieux vaccinés.

     

    On vaccine DANS les services (et pas au self ou à la pharmacie) : « si tu ne vas pas à Lagardère c’est Lagardère qui ira à toi » (le Bossu)

     

  • On ajoute un critère qualité à la certification hospitalière et on impose que la couverture vaccinale annuelle des soignants soit rendue publique.

     

  • Et oui aussi… on continue à prendre notre bâton de pèlerin en tant que chef de service, médecins ou cadre. Mais il faut que le corps encadrant soit moteur et sans les points nouveaux proposés au dessus ça ne suffit manifestement plus.

 

 

Voilà quelques éléments de réflexion.

 

Je n’ai pas été dans le jugement.

 

Je reste un optimiste et un pragmatique.

 

Peut être que certains ici pourront partager leur expérience de service.

 

Encore une fois, il est important de partager ce qui marche ailleurs !

 

Et si ça ne marche pas... ne pas se résigner !!

 

_______________

 

Oncologue / Président de CME / Membre du CS de la SFC / militant contre la désinformation

 

Source : https://x.com/barriere_dr/status/1878071538978603101

 

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E
Merci pour cet article, Un petit partage d’expérience, modeste : médecin vaccinologue, membre d’une association de promotion de la vaccination (Vacci’tanie), j’ai été sollicitée par une CPTS pour venir rencontrer le personnel d’une EHPAD notamment en vue de valoriser l’intérêt de la vaccination grippale. Nous avons choisi une rencontre totalement informelle, sans aucun support, dans une salle de repos. Je ne m’attendais pas à grand résultats mais lors du bilan, de la saison, l’EHPAD a noté une amélioration de la couverture vaccinale. Est-ce parce que je suis totalement en dehors des institutions concernées ? Mon seul intérêt (je suis venue bénévolement) était la santé des personnels et des résidents.
Répondre
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour ce témoignage. Il faut communiquer, communiquer, communiquer...