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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une petite histoire d'eau au Maroc

28 Décembre 2024 Publié dans #Divers

Une petite histoire d'eau au Maroc

 

Ali Hatimy*

 

 

 

 

Ma note : Une histoire triste, mais rehaussée par la dernière phrase.

 

 

Cette micro-parcelle de 0,005 hectare [50 mètres carrés] est la seule terre cultivable qui reste à un paysan de 80 ans que j’ai rencontré dans l’oasis marocaine de Skoura.

 

Son histoire illustre l’ampleur de la désolation des oasis marocaines, résultat du changement climatique et d’une exploitation minière des eaux souterraines.

 

Skoura est une oasis sur la route entre Tinghir et Ouarzazate. Lorsque j’y suis passé en novembre 2022, j’ai été choqué par le paysage de l’oasis totalement asséchée en arrière-plan.

 

En entrant dans l’oasis, j’ai rencontré un vieux paysan qui m’a raconté comment il avait perdu ses parcelles les unes après les autres, pour se retrouver à la fin de sa vie avec une parcelle de la taille d’un appartement.

 

40 ans plus tôt, cet homme cultivait 1,5 hectare, 300 fois plus que son jardin actuel.

 

Dans une oasis en bonne santé, 1,5 hectare est une surface modeste mais suffisante pour générer une production abondante tant le modèle agroforestier est performant : association de palmiers dattiers, d’oliviers, d’amandiers, de céréales et de légumineuses.

 

Cette agriculture idyllique était possible à Skoura grâce aux « khettara », système traditionnel d’irrigation par dérivation des eaux souterraines.

 

Au début des années 1980, une succession de sécheresses réduit significativement le débit d’une première khettara qui approvisionnait une des deux parcelles principales de l’agriculteur.

 

La perte de cette première parcelle ruine alors des années de travail et d’entretien de la palmeraie. Mais l’activité agricole se maintient sur une seconde parcelle.

 

A partir de 1997, la situation s’aggrave. La sécheresse est quasiment permanente : la région du Drâa-Tafilalet a été en déficit pluviométrique 23 années sur 27, par rapport à la moyenne enregistrée de 1960 à 2000.

 

Cette sécheresse permanente affecte le bon remplissage de l’oued Skoura et de la nappe alimentant le système d’irrigation traditionnel.

 

Mais c’est l’exploitation minière des eaux souterraines qui a fini par tuer l’oasis.

 

Dans les années 2000, le Maroc met en place des subventions de l’ordre de 80 à 100 % pour les forages et systèmes d’irrigation. Les grands exploitants qui accèdent aux subventions n’ont alors plus besoin d’irrigation communautaire et les forages individuels se multiplient.

 

Cette augmentation incontrôlée des pompages assèche progressivement le système d’irrigation traditionnel qui dépend d’une eau proche de la surface. La seconde parcelle principale de l’agriculteur, et ce qu’il restait de l’oasis, s’assèchent presque entièrement dans les années 2010.

 

Le vieux paysan n’a désormais rien d’autre qu’un micro-jardin irrigué avec de l’eau potable faute d’alternative. L’agriculture ne le fait plus vivre. Il survit avec de l’argent envoyé par son fils à Marrakech.

 

Dans ce paysage de désolation, il a insisté pour que je reparte avec trois grenades, une bonté paysanne qui contraste avec la quête infinie de profits qui guide la destruction du Vivant.

 

_______________

 

* « Fils d'agriculteur au Maroc, ma passion pour l’agriculture m’a conduit à réaliser un cursus d'ingénieur agronome à AgroParisTech avant de rejoindre Sciences Po en double-diplôme pour identifier les freins de gouvernance et de financement à une réelle transition agroécologique et climatique. »

 

Source : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7275487126165610499/

 

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