Marianne délire sur l'accord avec le MERCOSUR – de Charybde en Scylla
Autopsie d'un article de M. Périco Légasse
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Dans un billet précédent, « Marianne délire sur l'accord avec le MERCOSUR – je suis partagé entre hilarité et indignation », nous avons décortiqué l'éditorial de Mme Natacha Polony, « Accord UE-Mercosur – Pourquoi ils sacrifient les agriculteurs français », publié dans le numéro du 21 novembre. Vous avez « aimé » l'éditorial ? Vous allez a-do-rer l'article de M. Périco Légasse.
Le sur-titre est une variation du bandeau de la couverture. Le traité ne va pas « sacrifier » les agriculteurs français, mais « tuer nos éleveurs ».
Quant au titre, il est difficile de ne pas faire un rapprochement avec de sombres périodes historiques marquées par un nationalisme exacerbé : « Mercosur ou une haine certaine de la France » !
Aux armes citoyens !
« Alors que notre classe politique condamne unanimement les clauses de cet accord nocif et infâme, la Commission de Bruxelles et nombre de nos partenaires européens décident de s'y vautrer. Une honte qui justifie toutes les résistances. »
On peut aimer la plume alerte et élégante de M. Périco Légasse sur le plan sémantique. On peut ne pas l'aimer – en fait la détester – quand elle est plongée dans le vitriol à très mauvais escient :
« Ne voulant pas insulter le genre porcin, qui ne mérite en rien d'être assimilé à de sinistres individus, nous ne traiterons pas ici les partisans du Mercosur de gorets, même si une injure adéquate se justifie tant ce traité est marqué du sceau de l'infamie. »
Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que l'« infamie » est saluée par la grande majorité des milieux politiques Européens. On peut, bien sûr, ne pas partager leur optimisme, mais on peut aussi s'étonner devant ce grand écart dans les opinions, du reste à un stade où les négociations n'étaient pas encore conclues.
Selon M. Périco Légasse, les agriculteurs français seraient armés pour un marché avec une concurrence non faussée. Cela peut se discuter, le problème étant que la société française, par ses décideurs politiques, largement cornaqués par des lobbyistes de divers horizons, a bien péjoré la situation de nos agriculteurs sur le marché européen. Mais voici :
« […] Avant même de passer des accords internationaux taillés sur mesure pour les trusts financiers, le système économique européen ouvrait ses frontières à des denrées agricoles importées, à des tarifs pirates, dans le seul dessein de grossir les profits du lobby agroalimentaire et de la grande distribution. [...] »
C'est lyrique, mais c'est aussi grossièrement faux :
« Voici qu'après avoir retardé sa trahison la Commission européenne s'apprête à laisser le loup entrer dans la bergerie au prétexte que, la porte étant ouverte dans les deux sens, les brebis pourront librement aller se promener en forêt... Autrement dit : nous acceptons de sacrifier nos éleveurs bovins en important votre barbaque de merde, si vous achetez nos voitures électriques fabriquées grâce aux métaux issus de votre déforestation.
Mentionner la déforestation était évidemment incontournable. Notons que l'accord maintenant conclu, sous réserve de signature et de ratification, comporte des dispositions à ce sujet et qu'il apparaît, selon ce que l'on sait, comme protecteur. Mais lier déforestation et métaux... Certes, il existe un arbre de fer (Parrotia persica), mais il est originaire du nord de l'Iran et de l'est du Caucase.
On peut aussi s'interroger sur les voitures électriques. À l'évidence, le marché sud-américain est loin d'être prêt. Et le Brésil devrait plutôt tabler sur les carburants renouvelables.
Quant à l'image des brebis dans la forêt...
C'est un intertitre.
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin, après la « trahison » ?
« Pour céder aux turpitudes mercantiles d'exécutifs compromis, Bruxelles et la cohorte de salauds prêts à sacrifier notre paysannerie vont valider l'intrusion dans nos organismes de plus de 150 molécules chimiques, toxines et pesticides interdits en Europe. »
Arrêtons-nous ici sur un argument ressassé de tous bords.
Le Brésil, comme d'autres États dans le monde, autorise davantage de matières actives phytosanitaires que l'Union Européenne. Et ce, pour des raisons diverses et variées.
Il y a le fait que l'UE réglemente sur la base du danger, et non du risque, et fait un caca nerveux dès qu'un danger est identifié... ou dont l'existence n'a pas pu être écartée. Les différences dans les gammes de cultures, les conditions agroclimatiques et les parasites et maladies à contrôler induisent aussi des différences dans les gammes de produits de protection des plantes. Et dans les « pesticides interdits en Europe », il y en a qui, en fait, ne sont pas autorisés parce que leurs producteurs n'auront pas demandé une homologation.
Ce n'est pas pour autant que ces « pesticides interdits » se retrouveront dans nos organismes, comme cela est prétendu avec une emphase et un aplomb extraordinaires. Il n'y pas de résidus de pesticides dans les viandes, ou encore dans le sucre. Plus généralement, les produits importés devront se conformer aux normes européennes, notamment en matière de limites maximales de résidus ; c'est déjà le cas aujourd'hui.
Mais, plus c'est gros, n'est-ce pas...
La charge n'est pas terminée. Il s'agit :
« d'un traité criminel qui s'assoit sur les valeurs d'une Europe censée protéger les peuples et les entreprises, [et] il n'en est pas moins vrai que le passage en force souhaité par les gouvernements espagnol, allemand, néerlandais, italien, et autres, témoigne d'une vénalité nationale dont les plus virulents détracteurs du traité de Maastricht n'auraient pu imaginer la bassesse. [...] »
Non, la charge n'est toujours pas terminée :
« […] Unanime face au danger de ce compromis barbare, la classe politique française joue collectif et tente de sauver l'esprit du traité de Rome. Elle ne fait en réalité qu'arracher un peu plus le masque derrière lequel une partie de l'oligarchie bruxello-atlantiste dissimule sa haine de la France. Ils nous détestent, car notre pays, encore imprégné des échos d'une révolution qui les alphabétisa aux droits de l'homme et du citoyen, ne cesse de leur donner des leçons de dignité. [...] »
Non, la charge... Mais nous nous arrêterons là, car de l'indignité manifeste on passe au cran suivant du ridicule tout aussi manifeste.
Pour 3 euros 50, je me suis payé une belle tranche de rire... et un billet de blog.
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