Le nouvel inventaire forestier fédéral (allemand) est alarmant : les forêts ne parviennent pas à lutter contre le changement climatique
Peter Laufmann, AGRARHEUTE*
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© stock.adobe.com/Thomas Soellner
Les forestiers ont eu beaucoup à faire pour remédier aux conséquences de la sécheresse dans les forêts. Cela se reflète également dans l'inventaire forestier fédéral.
Les résultats du quatrième inventaire forestier fédéral étaient attendus avec impatience. Un résultat important devrait mettre la puce à l'oreille : la forêt devient une source de carbone. Mauvaise nouvelle pour ceux qui aimeraient se décharger de la protection du climat sur la forêt.
En Allemagne, la forêt n'est pas seulement un lieu de nostalgie, un fournisseur de matières premières, un décor de loisirs et un employeur. C'est le banc d'essai pour la protection du climat. Trop de CO2 émis ? La forêt s'en chargera. Une meilleure protection du climat ? Il y a la forêt.
Le nouvel inventaire forestier fédéral montre qu'on ne peut plus utiliser la forêt comme excuse. Elle est passée d'un puits de carbone à une source de carbone. En clair, les forêts émettent plus de CO2 qu'elles n'en stockent.
Ainsi, le stock de carbone dans les forêts a diminué de 41,5 millions de tonnes depuis 2017. Cela résulte d'un stock de bois plus faible. Aujourd'hui, les forêts allemandes comptent 3,6 milliards de mètres cubes de bois. C'était déjà plus avant : en 2017, le stock de bois avait augmenté à 3,8 milliards de mètres cubes.
Cette diminution est liée à la perte de forêts suite à des tempêtes, à la sécheresse et à des insectes affamés. L'accroissement a donc diminué de 16 pour cent ces dernières années – il se situait au niveau de 2012. Au total, deux millions d'hectares de forêt ont été touchés par les forces de la nature. Sur 34 pour cent de ces surfaces ayant subi des calamités, on a renoncé à l'abattage ; sur 20 pour cent, les arbres morts ont été abattus.
Lors de la présentation, le ministre fédéral de l'Agriculture Cem Özdemir n'a pas vu de raison de se réjouir. « Il faut de la patience et de la persévérance pour inverser cette tendance, et ce, en transformant les forêts. Nous devons protéger ce que nous utilisons. Une forêt forte signifie la protection du climat pour nous – c'est vers là que nous devons aller », a-t-il déclaré. Le ministre a souligné le rôle de la forêt en tant que facteur économique et la nécessité d'agir. « Notre proposition de nouvelle loi fédérale sur les forêts aide les propriétaires à transformer leurs forêts rapidement et efficacement », a déclaré M. Özdemir.
Le WWF constate qu'il faut agir en particulier dans les grandes forêts privées. Dans un communiqué de presse, les défenseurs de l'environnement soulignent que la transformation nécessaire des forêts ne se ferait pas suffisamment. « On paie maintenant le fait que la transformation des monocultures de résineux en forêts de feuillus résistantes au climat n'a pas été abordée suffisamment tôt et de manière conséquente. » Le NABU abonde : « Même si cette vérité est amère, l'appel à l'action est d'autant plus clair : nous avons besoin d'un programme de santé radical pour nos forêts », déclare M. Jörg-Andreas Krüger, président du NABU.
Pour la Fédération Allemande des Scieries et de l'Industrie du Bois (DeSH), le salut passe par une bonne gestion qui force la transformation en peuplements résistants au climat. « Seule une gestion active des forêts ainsi que l'exploitation du bois permettent de retirer durablement de l'atmosphère le CO2 lié dans les produits en bois et de remplacer en outre les matériaux de construction émettant du CO2 », écrit l'association. Dans le même temps, l'association appelle à une prise en compte différenciée des différences régionales. « Dans le Harz ou le Sauerland, le reboisement est la priorité absolue, en Bavière, il faut faire de la place pour les jeunes arbres et les essences variées dans les peuplements denses en prélevant les plus vieux », explique le président de la DeSH, le Dr Stephan Lang.
Et l'image que donne l'inventaire forestier fédéral est tout à fait différenciée. Car il y a aussi des signes positifs. Du point de vue de la protection de la nature et de la biodiversité par exemple. Selon ce rapport, la quantité de bois mort a augmenté d'un tiers par rapport au dernier inventaire. Ce qui n'est pas étonnant au vu des centaines de milliers d'hectares de forêts d'épicéas mortes.
Il y a de plus en plus de vieux et de gros arbres, ce qui rend plus fréquents des micro-habitats précieux sur le plan écologique. En outre, les forêts sont devenues plus structurées, en termes de mélange d'essences et de structure d'âge. C'est surtout l'épicéa qui a souffert, sa surface ayant diminué de 17 pour cent. Dans l'ensemble, la surface des feuillus a augmenté : 47 pour cent contre 43 pour cent en 2012. Les conifères représentent désormais 50 pour cent de la surface, contre 54 pour cent en 2012. Les trois pour cent restants sont constitués de trouées et de surfaces non arborées. Au total, 79 pour cent des forêts sont désormais des forêts mixtes. Cela correspond à une augmentation de deux pour cent depuis 2012. « Les mesures politiques visant à adapter les forêts au changement climatique portent leurs fruits », annonce le ministère fédéral de l'alimentation et de l'agriculture (BMEL).
L'inventaire forestier fédéral, publié par le ministère fédéral de l'Agriculture et l'Institut Thünen à Berlin, a lieu tous les dix ans et montre la taille et l'état des forêts ainsi que des différentes espèces d'arbres.
Il s'agit d'un état des lieux qui, dans le cas présent, ne présage rien de bon. Le gouvernement fédéral s'était fixé pour objectif que l'Allemagne atteigne la neutralité en matière de gaz à effet de serre en 2045. Après 2050, des émissions négatives de gaz à effet de serre devraient même être possibles. Dans ce plan, les forêts sont le joker : avec les tourbières, elles doivent neutraliser chaque année au moins 40 millions de tonnes de CO2. On veut ainsi compenser les émissions, par exemple dans les transports ou l'industrie. Sans les forêts dans le calcul, cela sera difficile.
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* Peter Laufmann travaille comme chef de texte à la rédaction d'AGRARHEUTE. Le rédacteur et auteur travaille depuis de nombreuses années dans le journalisme environnemental et scientifique. Son intérêt porte régulièrement sur le grand écart entre l'utilisation et la protection des ressources naturelles.
Source : Neue Bundeswaldinventur ist alarmierend: Wald fällt im Klimaschutz aus | agrarheute.com
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