Le monde merveilleux de l’agroécologie par corrélations, III : La fabrique de la science alternative
Philippe Stoop*
Une publication récente de Pour la Science, rédigée par des chercheurs de l’INRAE, du Muséum national d'Histoire naturelle, et du CNRS, affirme que le rendement des cultures est d’ores et déjà sensiblement affecté par le déclin des populations d’insectes pollinisateurs, et que ce déficit de pollinisation est aggravé par l’emploi des pesticides [1]. Dans les deux premières parties du présent article [2], en nous plongeant dans les publications scientifiques qui justifiaient le raisonnement des auteurs, nous avons vu que toutes présentaient de graves angles morts qui auraient dû interdire de les employer avant d’avoir vérifié si leurs résultats étaient répétables. Il est admissible que des chercheurs les aient néanmoins utilisées comme hypothèse de travail, mais il aurait été nécessaire qu’ils attirent l’attention des lecteurs sur les doutes restant à lever sur ces références. On peut mettre ces simplifications abusives sur le fait que cette publication était destinée à une revue de vulgarisation scientifique, et qu’il ne s’agit pas d’un rapport d’expertise engageant la responsabilité des Instituts de tutelle des auteurs. Qu’en est-il justement dans la communication institutionnelle et les rapports d’expertise sur ce sujet ?
Nous avons vu que ces publications contestables contredisaient des connaissances réputées bien établies sur l’écologie des cultures, et reposaient sur des méthodes issues de l’écologie théorique, transposées à l’agroécologie : emploi de modèles statistiques multivariés interprétant des données massives (le fameux « Big Data »), pour estimer l’effet de chaque facteur environnemental sur les variables étudiées (par exemple le rendement des cultures). Pour disposer de données en nombre suffisant, ces études font souvent aussi appel à la recherche participative, associant des citoyens volontaires à la collecte d’observations, dont le nombre s’accroit ainsi considérablement, mais pas forcément la qualité… De plus, ces méthodes permettent seulement d’établir des corrélations entre variables environnementales et état des cultures, sans démontrer de lien de causalité. Il est logique que ces méthodes développées en écologie soient approuvées par le MNHN ou le CNRS, qui ont une approche essentiellement de recherche fondamentale. Mais qu’en est-il à l’INRAE, institut à vocation de recherche plus appliquée, et dont les résultats « historiques » sont souvent contredits par ces nouvelles méthodes ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces méthodes y sont aussi très en vogue, sans que l’on se préoccupe beaucoup des difficultés à en tirer des solutions utilisables par les agriculteurs. Dans un webinaire récent [3] de la Mission Agrobiosciences de l’INRAE, un historien des sciences à l’INRAE expliquait qu’avec ces nouveaux outils statistiques « on aborde la question de la complexité des systèmes, on aborde des approches nouvelles de type holiste que l’on va pouvoir instrumenter par les nouveaux moyens informatiques. On a donc une nouvelle manière de produire de la science, plus performante pour dialoguer avec la société et avec des objets complexes comme la question de l’environnement dans le champ des agrobiosciences. » D’après lui, ces approches répondent à « la crise de la science classique, arrivée au bout du réductionnisme enfermé dans le laboratoire » [4].
Tout cela est très stimulant intellectuellement, mais que fait-on quand ces nouvelles méthodes arrivent à des résultats contradictoires avec ceux de l’agronomie « classique », pour ne pas dire « bêtement réductionniste » ? Nous avons vu dans la deuxième partie de cet article que c’était le cas pour l’impact des insectes pollinisateurs sur les rendements du colza, mais on pourrait citer de nombreux autres exemples, sur d’autres sujets liés à la protection des cultures :
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Une publication suggérant que la nuisibilité des adventices est réduite quand la flore adventice est diversifiée, alors qu’en agriculture raisonnée on considère que les nuisibilités des différentes espèces adventices présentes s’additionnent (Adeux et al., 2019) [5] ;
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Des travaux postulant que les guêpes parasites du méligèthe, un insecte ravageur du colza, peuvent avoir le même niveau d’efficacité que des traitements insecticides (Rusch 2010 [6] et Juhel 2017 [7]), alors que les approches classiques en lutte biologique estiment qu’ils ne sont efficaces que quand les populations de méligèthes ont atteint un niveau tel qu’elles ont déjà causé des dommages irréversibles au colza [8] ;
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Dans le même esprit que l’article Rui Catarino et al., 2016, une autre publication du Centre d’Etude Biologiques de Chizé (CEBC) affirmait, avec la même méthode désinvolte que pour les insecticides du colza, que les herbicides sur blé ne servent à rien, et même détruisent préférentiellement des espèces rares (Gaba et al., 2016 [9], pour un décryptage de cet article voir [10]).
En soi, il est intéressant que de nouvelles approches scientifiques bousculent les idées reçues, c’est même comme cela que la science progresse… mais à une condition impérative : que ces divergences soient reconnues, et que l’on en cherche les causes pour voir quelle approche est la plus pertinente. Parfois, il peut arriver que l’on découvre qu’elles ne sont en fait pas contradictoires, et que les deux ont chacune leur domaine de validité, comme ce fut le cas en physique pour les visions particulaires et ondulatoires de la lumière. Mais ce n’est pas le cas ici : dans toutes ces publications, les auteurs énoncent leurs résultats sans mentionner leurs divergences avec les concepts de l’agriculture raisonnée, pourtant éprouvés par près d’un demi-siècle de déploiement sur le terrain. Toutes ces publications relèvent donc de ce que j’appelle la « presse scientifique d’opinion » [11]. C’est-à-dire « des articles qui respectent le formalisme des publications scientifiques, qui ne contiennent aucune information fausse, mais s’abstiennent complètement de traiter des objections évidentes, que tout connaisseur du sujet traité pourrait adresser à la thèse défendue par les auteurs ».
A l’époque, j’avais préféré éviter de parler de science militante, pour ne pas suggérer une intentionnalité indémontrable. Mais après tout, il n’y a plus de raison de stigmatiser ce terme, de plus en plus assumé par les organismes de recherche : le webinaire de l’INRAE déjà cité, qui faisait l’éloge de ces nouvelles techniques statistiques dont nous avons vu les fragilités, avait précisément comme sujet la légitimation de la posture du « chercheur militant », présenté comme un nouveau citoyen.
Dans cette optique, on comprend facilement l’engouement des chercheurs militants pour ces nouvelles méthodologies d’analyse de données issues de l’écologie :
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Reposant sur des études observationnelles (comptages faunistiques ou floristiques dans l’état actuel des techniques agricoles), elles n’impliquent aucune intervention sur les pratiques des agriculteurs, et permettent ainsi d’éluder toute objection de personnes trop proches du terrain, qu’ils s’agisse des agriculteurs eux-mêmes ou des conseillers agricoles.
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La complexité des méthodes statistiques employées justifie de faire relire les publications par des comités de lecture composés de statisticiens, ou des écologues rodés à l’utilisation de ces méthodes, plutôt que des agronomes. Seraient-ils consultés, ceux-ci auraient bien du mal à faire valoir leurs objections éventuelles, en raison de l’opacité et du caractère abstrait des variables de sortie de ces modèles, souvent impossibles à rattacher à des variables mesurables sur le terrain.
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Au nom d’une approche systémique, voire « holistique », elles peuvent être vendues aux politiques et à la presse comme émanant d’un point de vue supérieur à celui des méthodes scientifiques classiques et réductionnistes employées par les acteurs de la recherche de terrain, même si celles-ci expliquent mieux les faits objectifs observés. Il est vrai que, dans le même temps, la notion même de faits objectifs est largement dévalorisée, même pour les sciences physiques et biologiques, sous l’influence des travaux de Bruno Latour et de ses nombreux épigones. Nous avions déjà relevé, à propos d’un numéro hors-série de Le Nouvel Obs sur les « penseurs » de l’écologisme politique [12], que ceux-ci étaient presque tous issus des sciences humaines, en particulier de la philosophie, et s’appuyaient beaucoup sur les travaux de B. Latour et ses suiveurs pour discréditer les approches scientifiques des sciences « dures », présentées comme étriquées et sujettes au même relativisme que les sciences humaines et politiques.
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Enonçant de simples corrélations statistiques, elles laissent complètement ouvertes la question du sens des causalités qui sous-tendent (peut-être…) ces corrélations. Devant des reviewers pas trop exigeants, cela permet de choisir le sens qui colle le mieux aux opinions des auteurs. Dans plusieurs des publications que nous avons citées, la nouvelle approche écologique conduit ainsi à inverser les causalités par rapport aux hypothèses classiques : dans Adeux et al., les auteurs estiment que la diversité de la flore adventice réduit son impact sur le rendement du blé, alors que l’approche classique de l’agriculture raisonnée explique les faits observés par la faible compétitivité des espèces présentes, qui permet à la fois à des espèces adventices variées de cohabiter, et au blé de prendre l’avantage sur toutes ces concurrentes. Quant aux thèses d’A. Rusch et A. Juhal, elles partaient du postulat que la proximité de bois ou de prairies permettrait de favoriser l’efficacité des hyménoptères parasites du méligèthe, alors qu’il parait bien plus vraisemblable que ces éléments du paysage ne favorisent en fait que les méligèthes : l’effet sur les parasites serait indirect (en favorisant de fortes densités de populations des méligèthes, ils leur permettent de trouver plus facilement leurs proies). Or cette explication met fin à tout espoir d’utiliser un jour ces hyménoptères comme auxiliaires des cultures, car elle signifie qu’ils ne sont efficaces que quand les méligèthes ont largement dépassé leur seuil de nuisibilité. Précisons que nous ne mettons pas ces travaux sur les méligèthes dans le même sac que les autres publications citées : dans ces deux thèses, nous ne trouvons aucune tentative de dissimuler des résultats gênants. Elles sont simplement la démonstration que ces méthodes statistiques peuvent faire perdre du temps sur de mauvaises pistes en toute bonne foi, alors que la bonne vieille méthode réductionniste d’établissement des courbes de réponse fonctionnelle des parasitoïdes aurait permis de lever les doutes bien plus rapidement [13].
Cette inversion des causalités a un effet encore plus fondamental sur tout un domaine de recherche actuel : celui de la quantification des services écosystémiques. Nous avons déjà vu que dans Rui Catarino et al. 2016, l’interprétation des auteurs attribue aux pollinisateurs un service écosystémique majeur vis-à-vis de la culture. Une interprétation plus classique et plus vraisemblable des mêmes données conclurait plutôt que ce service de pollinisation est mineur, et que c’est plutôt le colza qui rend un service écosystémique majeur aux pollinisateurs, en leur offrant une importante ressource alimentaire pendant sa floraison. Un service écosystémique d’autant plus important que la densité de fleurs de colza au printemps est élevée… ce qui est facilité par l’utilisation de désherbants ou d’insecticides si nécessaire à l’automne !
Le principe de base de la science militante est d’arriver à faire passer dans une revue scientifique, si possible prestigieuse, un travail qui justifie la thèse disruptive développée par les auteurs, sans vérifier si les connaissances existantes ne permettent pas d’expliquer aussi bien, voire mieux, les phénomènes observés. C’est particulièrement facile dans le domaine de l’agroécologie, où il suffit de faire relire le manuscrit par des écologues, qui maitrisent parfaitement les techniques statistiques employées, plutôt que des agronomes qui risqueraient de poser les questions qui fâchent. Mais si on vise une revue prestigieuse, il est tout de même nécessaire d’aborder dans le chapitre « Discussion » de la publication un minimum des objections envisageables, quitte à y apporter une réponse boiteuse. C’est le cas dans la majorité des publications que nous avons vues :
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Dans Duflot et al. 2022, les auteurs s’étaient sentis obligés d’expliquer l’étrange effet des pollinisateurs sur le rendement de céréales qui sont pollinisées par le vent, en leur attribuant un effet sur les attaques de pucerons, dont l’impact sur les rendement n’est pas plus avéré dans la région d’étude que celui de la pollinisation ;
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Dans Rui Catarino et al. 2019, les auteurs avaient bien dû faire un rappel bibliographique sur les expériences d’éviction de pollinisateurs sur les cultures de colza, qui ne montraient qu’un effet très modeste de ces insectes sur le rendement, en particulier pour les colzas hybrides, très majoritaires dans cette étude du CEBC. Malgré cela, le comité de lecture n’a pas jugé utile de demander aux auteurs d’être un peu plus prudents dans leurs conclusions.
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Sur le même genre de sujet (un article sur le déclin des populations d’oiseaux d’Europe, dont le premier auteur milite avec les Soulèvements de la Terre, Rigal et al. 2023 [14]), nous avons vu précédemment [15] que les auteurs avaient bien dû mentionner que ce déclin s’était interrompu depuis 20 ans, et que leur biomasse totale avait même remonté de façon spectaculaire sur cette période. Mais ces informations étaient reléguées dans les documents supplémentaires de l’article, et assorties d’une explication fumeuse selon laquelle cette remontée était due à la remontée des populations des espèces protégées : une justification bien peu crédible, ces espèces étant par définition trop rares pour peser beaucoup sur l’avifaune globale. Il suffit d’ailleurs de compiler les statistiques du STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) pour constater que cette augmentation de la biomasse aviaire s’explique très bien par la prolifération d’espèces très courantes d’oiseaux des champs, tels que les corvidés et les pigeons ramiers.
Ces aveux de faiblesse sont une discrète mais nécessaire concession à l’esprit scientifique : c’est le prix à payer pour une publication dans une revue vraiment prestigieuse, qui s’attend à ce que l’on fasse au moins semblant de prendre en compte les objections possibles aux théories des auteurs. Parmi les publications que nous avons vues, Hallmann et al. 2017 est la seule qui s’en soit complètement dispensée, mais elle avait dû se contenter de PlosOne, une revue en ligne bien connue mais moins exigeante [16]. Ces éléments de discussion, qui font partie de toute publication scientifique, sont la partie de l’article qui permet d’éprouver la solidité des preuves apportées. Encore faut-il pour cela lire la publication. Cela ne risque pas d’arriver aux lecteurs de Pour la Science, faute de références pour trouver la publication initiale. Et pour ceux qu’ils l’ont trouvée quand même, il faudra la lire en entier, car bien entendu le titre et le résumé se gardent bien d’évoquer le moindre doute. Inutile de dire que cela va bien au-delà du travail que 95 % des journalistes sont prêts à consacrer à la rédaction de leur article, alors qu’il est tellement plus simple de paraphraser le communiqué de presse de l’Institut de recherche, ou d’en faire un simple copier/coller…
Heureusement, il reste normalement un garde-fou pour la rigueur scientifique : les expertises collectives que ces mêmes instituts de recherchent réalisent périodiquement pour éclairer les décideurs politiques. Elles sont, ou devraient être, l’occasion de porter un regard critique sur le flot de la bibliographie scientifique.
Leur première et inévitable limite est qu’elles ne sont réalisées qu’irrégulièrement : il faut donc attendre plusieurs années pour qu’une publication litigieuse soit examinée. Mais sur le sujet qui nous intéresse aujourd’hui, nous avons de la chance : la pollinisation faisait partie du périmètre de l’expertise collective INRAE – IFREMER « Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques » publiée en 2022 [17], où bien sûr toutes les publications analysées sont parfaitement référencées. Il est donc intéressant de regarder comment les publications que nous avons jugées douteuses y sont traitées.
Duflot et al. 2022 et Rigal et al. 2023 n’y figurent pas, étant sorties après la période couverte par cette expertise. Mais de façon plus surprenante, Hallmann et al. 2016, malgré sa célébrité, n’y est pas citée non plus, de même que les deux publications du CEBC, Rui Catarino et al. 2019 et Gaba et al. 2016 !
Ne faisons pas aux experts l’insulte d’envisager qu’il s’agissait d’un oubli, et voyons le verre à moitié plein : on pourrait se féliciter de ce qu’ils n’aient pas voulu cautionner ces trois chefs d’œuvre de science d’opinion, qui étaient pourtant au cœur du sujet (et, pour Gaba et al. 2016, publié dans une revue du groupe Nature…). Mais il est tout de même bien regrettable qu’ils n’aient exprimé aucune réserve sur ces travaux qu’ils n’ont pas retenus, alors qu’ils ont été très largement médiatisés de façon élogieuse (y compris par les services de presse des Instituts de rattachement des auteurs [18]). C’est la discrétion de ce désaveu qui permet aux auteurs de l’article de Pour la Science de continuer à les citer. Et de façon plus générale, c’est la neutralité des organismes de recherche vis-à-vis de leurs chercheurs militants qui permet par exemple aux chercheurs du CEBC de présenter leurs théories comme des faits parfaitement démontrés, auprès de personnes aussi influentes que la Mission d’Information Parlementaire sur les Pesticides de 2018 : dans une audition en décembre 2017, le Directeur de Recherches du CEBC V. Bretagnolle et sa collègue S. Gaba avaient exposé en les simplifiant encore un peu les résultats de Gaba et al. 2016 : les herbicides n’ont aucun effet sur la populations d’adventices, qui elles-mêmes n’ont aucun effet sur le rendement de la culture, ce qui expliquait que les herbicides n’avaient au final aucun effet sur le rendement, et un effet négatif sur la marge nette des exploitations. Cette démonstration avait suscité une question de bon sens élémentaire de la Présidente de la mission parlementaire, Mme Toutut-Picard : « Comment se fait-il que les agriculteurs, qui sont loin d’être bêtes, surtout les français (sic), persistent dans ce genre de pratiques ? ». La réponse de V. Bretagnolle, avait été très révélatrice des limites de l’agroécologie par corrélations : « Demandez-leur cet après-midi, parce que je n’ai pas la réponse à cette question justement » [19].
Nous avions intitulé un article dans European Scientist sur Hallmann et al. 2016 « Comment nait une légende scientifique » [20]. Cet article de Pour la Science est une parfaite illustration de la façon dont ces légendes grandissent. En rassemblant un petit nombre de publications militantes, très douteuses mais bien médiatisées et complémentaires. Il devient alors possible de construire un discours où une poignée de publications marginales remettent en cause des connaissances bien établies par des centaines d’autres travaux, en occultant toutes les objections pourtant bien présentes dans ces publications. A partir d’une première étape réussie (persuader le grand public que 75 % des insectes ont disparu en Europe), on rend ainsi plausible le fait qu’une disparition aussi massive ait des conséquences sur la fécondation des cultures (même si les expériences réalisées sur ce sujet ne vont pas dans ce sens), et il n’y a plus qu’à attribuer ces méfaits supposés aux « usual suspects » (pesticides ou simplification des paysages agricoles, de toute façon ce sera « l’agriculture industrielle »). C’est ainsi qu’un discours scientifique parallèle circule dans la presse généraliste et de vulgarisation, propagé par un petit nombre de chercheurs aux opinions bien arrêtées et par les services de presse de leurs Instituts de tutelle, puis déformé et amplifié par les journalistes acquis à la cause écologiste. Un discours que ces mêmes Instituts ne valident pas dans les expertises collectives qui engagent leur crédibilité, mais qu’ils ne démentent pas explicitement non plus. Cette conception très élastique de la neutralité finit par poser un problème quand les mêmes Instituts valorisent la position des chercheurs militants et entendent défendre leur liberté d’expression. Si, comme c’est le cas actuellement, cette liberté laissée aux chercheurs ne s’accompagne pas d’une volonté de clarifier où est le consensus scientifique, elle permet aux politiques de choisir la version de la science qui les arrange. Avec les conséquences que l’on connait pour les agriculteurs français et européens, qui, eux, n’ont pas le choix de la nature dans laquelle ils travaillent.
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[1] Agriculture et pollinisateurs : vers une nouvelle alliance ? | Pour la Science
[2] https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7244261870117748736/ et https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7246436112821293058/
Sur ce blog :
[3] https://www.youtube.com/watch?v=zAJEbmQNWsA , à partir de 12’30’’
[4] Pour une analyse de ce webinaire, voir : L’agrologie en action : Chercheurs militants et BorderLines selon l’INRAE (europeanscientist.com)
[5] Mitigating crop yield losses through weed diversity | Request PDF (researchgate.net)
[6] Adrien Rusch, « Analyse des déterminants des attaques de Meligethes aeneus (Coleoptera, Nitidulidae) et de sa régulation biologique à l’échelle d’un paysage agricole: contribution à l’amélioration de la protection intégrée du colza ». Ecosystèmes, AgroParisTech, 2010
[7] Amandine Juhel, « Dynamique des populations de méligèthes Brassicogethes aeneus Fabr. et de son principal parasitoïde, Tersilochus heterocerus Thomson en fonction de l’hétérogénéité des paysages agricoles », novembre 2017
[8] Agroécologie : transition, révolution, ou saut dans le vide ? Le cas des méligèthes du colza (agriculture-environnement.fr)
[9] Herbicides do not ensure for higher wheat yield, but eliminate rare plant species | Scientific Reports (nature.com)
[10] Inutile, le désherbage ?? Quand l’agroécologie nie l’agronomie… et l’écologie | ForumPhyto [Ma note : Si vous n'avez pas lu, vous avez raté quelque chose...]
[11] „Attention à la dérive de la presse scientifique“ Philippe Stoop (interview) (europeanscientist.com)
[12] https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7227222071645216768/
[13] agroecologie-cas-meligethes-colza.pdf (agriculture-environnement.fr)
[14] https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2216573120
[15] Oiseaux d’Europe : les populations remontent ! (mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle) (europeanscientist.com)
[16] Par contre PlosOne facilite l’expression des objections à la thèse des auteurs, sans passer par la procédure longue des « Lettres aux Editeurs », en permettant à tout lecteur de formuler ses objections sur une page « Readers Comments » dédiée. Ce que plusieurs personnes ont fait dès la publication de Hallmann et al 2016 (https://journals.plos.org/plosone/article/comment?id=10.1371/annotation/461e660c-4307-4ed7-b522-2697700e88eb), arguments auxquels C. Hallmann et ceux qui louent son œuvre n’ont jamais répondu.
[18] Pour Rui Catarino et al 2019, voir La pollinisation par les abeilles accroît la rentabilité des cultures de colza | INRAE et La pollinisation par les abeilles accroît la rentabilité des cultures de colza | CNRS
[19] Voir la réf. 11. Malheureusement, l’enregistrement de cette audition surréaliste du CEBC par les parlementaires, dont le lien figurait dans cette référence, a disparu entre temps du site de LCP (La Chaine Parlementaire). Ce qui est bien dommage pour l’édification des électeurs sur la façon dont les parlementaires peuvent être informés par certains scientifiques. [ma note : Je l'ai retrouvée et, effectivement (voir ci-dessous)...]
[20] L’extinction de 75% des insectes : Comment naît une légende scientifique (europeanscientist.com)
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* Directeur Recherche & Innovation ITK - Membre de l'Académie d'Agriculture de France
Source : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:ugcPost:7248751651874902018/
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