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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Nutri-Score est efficace, c'est l'OCDE qui vous le dit (ironie) -et, pour commencer, l'étude n'est pas de l'OCDE...

19 Septembre 2024 Publié dans #Nutri-score, #Article scientifique, #Activisme

Le Nutri-Score est efficace, c'est l'OCDE qui vous le dit (ironie)

 

et, pour commencer, l'étude n'est pas de l'OCDE...

 

 

C'est, disons, cocasse : un promoteur très, très engagé du Nutri-Score, prend appui sur la dissémination alléguée de fausses informations sur les réseaux sociaux et dans les médias pour diffuser... une fausse information pourtant évidente : l'étude n'est pas de l'OCDE ! Et qu'a-t-elle dans le ventre ?

 

La suite du fil est reproduite ci-dessous. (Source)

 

 

Nos pérégrinations nous ont amené à « Establishing an EU-wide front-of-pack nutrition label: Review of options and model-based evaluation » (instauration d'un étiquetage nutritionnel à l'échelle de l'UE sur la face avant des emballages : examen des options et évaluation basée sur un modèle).

 

C'est de Marion Devaux, Alexandra Aldea, Aliénor Lerouge, Sabine Vuik et Michele Cecchini, tous les cinq de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), Direction de l'Emploi, du Travail et des Affaires Sociales, Division de la Santé. Et c'est publié, non pas comme document de l'OCDE, mais dans une revue scientifique, Obesity Reviews.

 

 

Une publication de l'OCDE ?

 

Les sourcils d'un ancien fonctionnaire international se froncent donc quand il voit un post sur X nous invitant à « lire la récente publication scientifique de l'OCDE ».

 

Non, l'OCDE ne publie pas dans des revues scientifiques. Et c'est pourtant clair dans l'article, même si c'est noyé dans un paragraphe :

 

« REMERCIEMENTS

 

« […] Les opinions exprimées et les arguments utilisés ici n'engagent que les auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues officielles de l'OCDE ou de ses pays membres. [...] »

 

 

Le résumé

 

Nous avons donc lu (enfin... surtout le résumé), et nous avons été convaincu... De quoi ? Patience !

 

Voici le résumé (découpé) :

 

« Cet article examine l'efficacité de quatre types d'étiquettes nutritionnelles sur la face avant des emballages (FoPL) pour influencer les achats de calories.

 

Les quatre types d'étiquetage nutritionnel sont prêts à être mis en œuvre de manière unifiée dans les pays européens.

 

En outre, cette étude étend son analyse pour évaluer l'impact de l'adoption volontaire de ces étiquettes dans les 27 pays de l'UE.

 

Le Nutri-Score présente un potentiel plus élevé que les autres FoPL en termes de résultats positifs pour la santé et l'économie. Dans l'ensemble des pays de l'UE, le Nutri-Score devrait permettre d'éviter près de deux millions de cas de maladies non transmissibles, au total, entre 2023 et 2050.

 

Le Keyhole a des effets d'une ampleur similaire, mais sans signification statistique.

 

Le Nutri-Repère a des effets moindres, tandis que le Nutri-Couleurs a des effets non significatifs.

 

Le Nutri-Score devrait réduire de manière significative les dépenses de santé annuelles de 0,05 %, tandis que les autres labels ont des effets négligeables.

 

En réduisant les cas de maladie, les FoPL peuvent améliorer l'emploi et la productivité au travail. Le Nutri-Score surpasse les autres labels avec un gain annuel estimé à 10,6 équivalents temps plein pour 100.000 personnes en âge de travailler dans l'ensemble des pays de l'UE.

 

Dans l'ensemble, la mise en œuvre obligatoire de l'un des quatre labels aurait des effets plus importants que ceux obtenus dans le cadre d'une mise en œuvre volontaire, ce qui permet d'étayer la proposition législative relative à un système d'étiquetage nutritionnel à l'échelle de l'Union européenne. »

 

 

 

 

La méthode

 

Nous nous contenterons de ce qui suit :

 

« Cette étude est réalisée en deux étapes. Tout d'abord, une revue de la littérature est effectuée pour identifier les preuves de l'impact des FoPL. Deuxièmement, les données recueillies à partir de l'analyse sont intégrées dans un modèle de microsimulation afin d'évaluer l'impact de l'extension de la mise en œuvre des FoPL dans l'ensemble des pays de l'UE. »

 

Et, dans la partie « Résultats » :

 

« L'analyse de la littérature a permis d'identifier quatre articles, mais seuls deux d'entre eux répondaient à nos critères d'inclusion. Les deux études exclues portaient soit sur une épicerie virtuelle, soit sur les intentions d'achat plutôt que sur les achats réels. Par conséquent, notre analyse a permis d'obtenir des preuves pour quatre FoPL : Nutri-Score, Keyhole, Nutri-Couleurs et Nutri-Repère, qui correspondent aux quatre types de FoPL répertoriés par Julia et Hercberg.3 Il s'agit d'une échelle graduée, d'un logo d'approbation, d'une étiquette à code couleur spécifique à un nutriment et d'une étiquette non colorée spécifique à un nutriment. »

 

Quels sont ces articles ? Il faut essayer de deviner à partir de la bibliographie !

 

L'éditeur d'Obesity Reviews et les reviewers n'ont rien trouvé à redire !

 

 

Le Keyhole, avec des explications détaillées.

 

 

Crédibles, les résultats ?

 

Si nous avons bien compris, des études sur un nombre limité de personnes, placées dans des situations plus ou moins réalistes ont été extrapolées à quelque... 450 millions de personnes sur une durée de 27 ou 28 ans. Et ce, avec un bon nombre d'ajustements au doigt mouillé pour tenir compte des limitations – par exemple le fait que les achats ne se font pas tous en supermarché et que les calories peuvent aussi être consommées en restauration.

 

Si nous ne douterons pas de l'agilité intellectuelle des auteurs (ni de la fiabilité de l'équipement informatique), nous pouvons, voire devons, nous interroger sur la crédibilité des résultats par rapport à la réalité.

 

L'article ne fournit aucune marge d'erreur. Il y a des indications sur la signification statistique, mais par rapport à quoi ?

 

 

 

 

Les résultats principaux sont donc les suivants :

 

  1. Deux millions de cas de maladies non transmissibles, au total, évités grâce au Nutri-Score entre 2023 et 2050 (ou un chiffre du même ordre grâce au Keyhole, mais ce ne serait pas statistiquement significatif).

     

  2. Les dépenses de santé annuelles seraient réduites de 0,05 % grâce au Nutri-Score.

     

  3. On gagnerait 10,6 équivalents temps plein pour 100.000 personnes en âge de travailler dans l'ensemble des pays de l'UE, toujours grâce au Nutri-Score.

 

 

Le Nutri-Repère considère les acheteurs/consommateurs comme des gens intelligents. (Source)

 

 

Bravo le Nutri-Score ? Voire !

 

Dans le détail, on éviterait 1.125.000 cas de troubles musculo-squelettiques (rappelons que l'étude porte sur les achats de calories, ce qui nous amène à l'obésité), 530.000 cas de maladies cardiovasculaires, 161.000 cas de diabète, 69.000 cas de démence et 42.000 cas de cancers liés à la surcharge pondérale, sur la période 2023-2050. Impressionnant ? On est à environ 1 cas/6.000 personnes/an.

 

Logiquement, les troubles musculo-squelettiques évités devraient être la conséquence d'une réduction de l'obésité caractérisée par une très forte surcharge pondérale. En gros, une personne sur 400, ou une sur 4,2 millions en taux annuel. Crédible ? Le Nutri-Score réduirait aussi les cas de démence (une personne sur 6.500 ou une sur 175.000 en taux annuel) ?

 

La réduction des dépenses de santé ? Cinq cents euros par tranche de un million d'euros. Et ce chiffre a été obtenu grâce à des calculs par pays établis à la... quatrième décimale !

 

Et le Keyhole – bien plus simple et qui distingue positivement les « bons produits » sans dénigrer les autres – ferait légèrement mieux (0,0517 % contre 0,0503%).

 

Selon les informations complémentaires, on économiserait, tant pour le Nutri-Score que pour le Keyhole, la fabuleuse somme de 93 centimes d'euro par personne et par an en cas d'étiquetage volontaire de la qualité nutritionnelle – 1,58 et 1,32 euro, respectivement, en cas d'étiquetage obligatoire.

 

Et pour la main d'œuvre, le Keyhole fait à nouveau jeu égal ou presque avec le Nutri-Score, bien que le résultat ne soit pas statistiquement significatif.

 

 

Les « Traffic Lights » britanniques. (Source)

 

 

Des limitations dans les deux sens

 

L'article comporte un long paragraphe sur les limitations de l'étude, avec pour certaines limitations, sans surprise, des bémols.

 

En résumé, c'est de la haute voltige qui doit nous inciter à la plus grande prudence.

 

Et c'est aussi un exercice limité aux achats de calories, ce qui, pour les optimistes, tend à faire croire que les effets réels seraient supérieurs à ceux qui ont été calculés. Pour les optimistes impénitents et les lobbyistes du Nutri-Score... car rien ne prouve, au moins dans cet article, que les effets seraient similairement favorables pour d'autres aspects de l'alimentation.

 

Et vraiment meilleurs qu'un autre système existant, existant mais à améliorer, ou encore à inventer.

 

 

Post scriptum

 

L'OCDE a publié en juin 2022 un monumental « Healthy Eating and Active Lifestyles » (alimentation saine et modes de vie actifs) de 367 pages avec un chaptitre « Nutri-Score » glissé entre « La surcharge pondérale et sa menace pour la santé publique » et « Activité physique sur ordonnance ».

 

On peut trouver cela fort curieux. D'autant plus qu'il n'y a aucune référence aux autres étiquetages nutritionnels autre qu'incidente. Ce qui n'a pas empêché les auteurs de conclure hardiment, quasiment dès l'entrée en matière :

 

« Nutri-Score est une intervention transférable et fondée sur les meilleures pratiques ayant le potentiel d'améliorer considérablement le régime alimentaire, de réduire l'obésité et l'incidence des maladies lorsqu'elle sera mise en œuvre à grande échelle en France et transférée à d'autres pays européens membres ou non de l'OCDE. »

 

Le lobbying...

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J
Autre sujet <br /> <br /> Attaque en règle contre Bill Gates https://www.courrierinternational.com/article/enquete-la-revolution-verte-de-bill-gates-en-afrique-ogm-fertilisants-et-disettes_221836<br /> <br /> Payant mais le début est ridicule ...
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Bonjour,<br /> <br /> Merci beaucoup.<br /> <br /> L'original est ici :<br /> <br /> https://continent.substack.com/p/bill-gates-big-agriculture-and-the<br /> <br /> Discours convenu, maintes fois ressassé. En partie vrai, i me semble : l'impact des organisations financées par les philathropes est plutôt faible. En cause ? Le discours anti-Bill Gates, etc. des activistes (bien financés...), des organisations se prétendant de développement, des bobos citadins ayant accès aux médias des capitales, et l'incurie des gouvernements.
U
Bénéfice nul ou ridiculement faible. On continue !<br /> Dans la même veine, la Commission Européenne s'est dotée d'un Commissaire<br /> "à la santé et au bien être animal".
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