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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La filière biologique peut-elle s'affranchir de la fraude (aux États-Unis d'Amérique) ?

14 Juin 2024 Publié dans #Agriculture biologique, #Etats-Unis d'Amérique

La filière biologique peut-elle s'affranchir de la fraude (aux États-Unis d'Amérique) ?

 

David Lightsey, ACSH*

 

 

Image : Elias Shariff Falla Mardini de Pixabay

 

 

Le programme biologique national de l'USDA s'est donné pour mission de renforcer la surveillance et l'application de la réglementation en matière de production, de manipulation et de vente de produits biologiques. Alors que la rhétorique prône la protection et la croissance du secteur biologique, des questions subsistent quant à l'authenticité et la fiabilité du sceau biologique de l'USDA. La filière biologique peut-elle vraiment se débarrasser du voile de fraude qui l'a enveloppée pendant si longtemps ?

 

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« La protection et la croissance du secteur biologique et du label biologique de confiance de l'USDA est un élément clé de l'initiative de transformation des systèmes alimentaires de l'USDA. [« de confiance » a été souligné par l'auteur]

Jenny Lester Moffitt, sous-secrétaire au marketing et aux programmes réglementaires de l'USDA.

 

 

Les médias nationaux ont largement couvert le nouveau programme national biologique de l'USDA (NOP – National Organic Program), Strengthening Organic Enforcement Action (renforcement des mesures d'application de la législation sur l'agriculture biologique), qui vise à renforcer « la surveillance et l'application de la production, de la manipulation et de la vente de produits biologiques ».

 

Cependant, il y a une hypocrisie importante – elle réside dans la façon dont cette « confiance » a été établie et dans la capacité de l'organisme à la défendre.

 

 

Fraude : revendiquer ou se faire attribuer de manière injustifiée des réalisations ou des qualités

 

Comme je l'ai écrit en 2020, les consommateurs achètent souvent des produits biologiques en pensant qu'ils sont supérieurs en termes de sécurité, de santé et d'avantages nutritionnels, mais cela a été souligné de manière exhaustive et il n'est pas nécessaire de le répéter. [1] Crédible, honorable et fiable, tous synonymes de confiance, ne correspondent pas à l'histoire des campagnes de marketing de la filière biologique. Le NOP devrait plutôt parler d'escroquerie. Le NOP exploite les malentendus des consommateurs créés par la filière biologique elle-même. Est-il possible de faire confiance au label biologique comme le programme NOP le souhaite illusoirement ?

 

Précédemment, j'ai souligné qu'en 2021, seuls 77 agents de certification accrédités étaient autorisés à contrôler et à certifier 44.896 exploitations biologiques certifiées dans le monde en 2019, dont 28.257 étaient situées aux États-Unis. Cela représentait un nombre impressionnant de 583 exploitations par certificateur. En outre, la NOP n'a exigé des certificateurs qu'un contrôle des résidus de pesticides sur 5 % de ces exploitations. Malgré cette surveillance limitée, 326 producteurs ont vu leur certification suspendue pour non-respect des normes biologiques en l'espace de six mois seulement.

 

Qu'est-ce qui a changé pour 2024 avec le nouveau NOP amélioré, qui devrait nous inciter à faire confiance au label biologique ? Au début du mois, j'ai posé les questions suivantes à Mme Jennifer Tucker, PhD, administratrice adjointe du NOP.

 

  • Combien y a-t-il d'agents de certification biologique aux États-Unis ? Réponse : 75, mais ce nombre peut fluctuer en fonction de l'entrée et de la sortie des certificateurs. Un décompte actuel des certificateurs est disponible ici.

     

  • Chaque exploitation certifiée biologique est-elle testée chaque année par le certificateur responsable de cette région ? Réponse : « Le contrôle des résidus est effectué dans un sous-ensemble d'entreprises conformément à la réglementation. » En d'autres termes, non.

     

  • Ce sous-ensemble représente-t-il les 5 % des exploitations certifiées, comme l'indique le site du NOP ? Réponse : « Oui, c'est exact. »

 

Il y a actuellement 17.545 exploitations certifiées biologiques aux États-Unis, avec une superficie déclarée de 8.436.921 acres (environ 3,4 millions d'hectares) de cultures ou d'élevage. Avec 75 certificateurs responsables des analyses de résidus, cela représente 12 des 234 exploitations ou 5.333 acres (2.158 hectares) sur les 106.666 acres (43.166 hectares) qu'ils supervisent. Il faudrait 20 ans pour effectuer une certification complète.

 

Les changements apportés par la nouvelle politique affectent principalement la certification une fois que ces cultures sont entrées dans notre système d'achat et de transport de denrées alimentaires en gros ; le programme NOP présente une faille importante qui sera évidente pour tout escroc – en raison des tests limités des résidus de pesticides dans le champ d'origine, qui sait vraiment ce qui entre sur le marché ?

 

Par exemple, j'ai discuté avec un viticulteur du comté de Kern qui produit des raisins biologiques et conventionnels. Il a déclaré qu'au cours d'une année précédente, 40 acres (16 hectares) de ses vignes biologiques avaient été attaquées par des acariens, de manière suffisamment importante pour que l'on pulvérise un produit de synthèse efficace afin de sauver les raisins ; le choix était de perdre sa certification biologique pour trois ans pour cette superficie ou de perdre la récolte. Il a estimé que le choix le plus évident était de récupérer le produit. Par conséquent, il n'a pas essayé de faire passer les raisins pour des produits biologiques. Il a toutefois fait remarquer qu'il aurait pu le faire car ses raisins, dès lors cultivés de manière conventionnelle, ne contenaient pas de résidus de pesticides lorsqu'ils ont été mis sur le marché, ce qui est très fréquent, comme le montre le programme annuel d'analyse des résidus de pesticides de l'USDA [2].

 

  • Le principe de base de la filière biologique, qui prétend offrir un produit de qualité supérieure, est faux.

     

  • Le nouveau programme NOP offre encore d'énormes possibilités de fraude en raison de l'absence de contrôle de ce qui quitte le champ d'origine et entre sur le marché.

     

  • Le programme d'analyse des résidus de pesticides de l'USDA a démontré qu'un pourcentage élevé de cultures conventionnelles passerait le test des résidus en tant que produit biologique en raison de la dissipation de l'utilisation des pesticides au moment de la récolte – faire passer un produit de culture conventionnelle pour un produit biologique ne serait pas une tâche difficile pour le producteur peu scrupuleux.

 

Bien que le National Organic Program (NOP) de l'USDA ait pris des mesures pour renforcer la surveillance et l'application de la réglementation au sein de la filière biologique, d'importants défis restent à relever. Des incohérences et des lacunes historiques persistent, jetant le doute sur l'intégrité de la certification biologique. La disparité entre le nombre d'agents de certification et le grand nombre d'exploitations certifiées biologiques souligne la difficulté de contrôler et de faire respecter les normes biologiques de manière adéquate. En outre, le peu de tests effectués sur le terrain pour détecter les résidus de pesticides soulève des questions quant à l'authenticité des produits biologiques qui arrivent sur le marché. En définitive, tant que des mesures globales ne seront pas prises pour résoudre ces problèmes tout au long de la chaîne d'approvisionnement, la filière biologique ne sortira pas complètement de l'ombre de la fraude.

 

____________

 

[1] La validité d'une grande partie des recherches scientifiques publiées est discutable (2e partie), La quête d'authenticité des Américains est souvent mal informée, Les aliments biologiques sont-ils plus nutritifs et Les aliments biologiques sont-ils plus sûrs ? Le garçon qui criait au loup.

 

[2] Un examen des données de l'USDA par Food Fraud Advisors a révélé que 9 % de toutes les cultures « certifiées biologiques » testées contenaient au moins un pesticide dépassant « la quantité maximale d'un pesticide autorisée à rester dans ou sur un aliment ».

 

David Lightsey M.S., conseiller scientifique en alimentation et nutrition auprès de Quackwatch.org, est l'auteur de « The Myths About Nutrition Science » (les mythes de la science de la nutrition).

 

Source : Can the Organic Industry Move Out from Under the Fraud Umbrella? | American Council on Science and Health (acsh.org)

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