Élections européennes : voilà pourquoi la politique agricole de l'UE sera différente à l'avenir
Norbert Lehmann, AGRARHEUTE*
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© IMAGO/ZUMA Press Wire
Les citoyens européens ont voté. Le Parlement Européen se déplace vers la droite. Les Verts ont perdu beaucoup de soutien dans toute l'Europe lors des élections européennes de 2024. Les manifestations des agriculteurs ont été le signe avant-coureur d'un changement de direction en Europe.
L'Europe a désavoué les Verts. Le Parlement Européen se déplace vers la droite. Cela a des conséquences pour la politique agricole commune (PAC). Une analyse des élections européennes de 2024.
Ma note : C'est une analyse sur la base des informations dont nous disposons (et j'ai ajouté les derniers chiffres en tant que de besoin). Il y aura sans doute des mouvements au sein du Parlement Européen, s'agissant en particulier ralliements de non-inscrits à un groupe).
Les élections européennes de 2024 ont confirmé le virage à droite attendu. Les grands perdants sont les Verts. Le groupe PPE avec la présidente de la Commission Ursula von der Leyen (CDU) sort en revanche renforcé de ces élections. Mais les partis populistes de droite et eurosceptiques ont également gagné des voix dans toute l'UE. En Allemagne, l'AfD est devenue la deuxième force.
Les conséquences des élections européennes sont donc graves. En France, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé le soir même des élections la dissolution de l'Assemblée Nationale et la convocation d'élections anticipées pour cet été. En Belgique, le chef du gouvernement libéral Alexander De Croo a annoncé sa démission. Au sein de l'UE, la lutte pour le pouvoir commence maintenant pour le renouvellement de la Commission Européenne et pour d'autres postes de haut niveau. Une chose est sûre la politique agricole de l'UE est sur le point de changer de cap.
(Source)
La répartition provisoire des sièges au Parlement Européen après les élections européennes de 2024.
Selon les résultats encore provisoires des élections, le groupe PPE, dont font partie en Allemagne la CDU et la CSU [ma note : LR en France], pourra remporter à l'avenir 184 (25,6 %) sièges [ma noe : 185 selon le dernier graphique disponible au moment de la traduction] au Parlement Européen, contre 176 auparavant. Les sociaux-démocrates (S&D) restent stables avec 139 députés (19,3 %) [en baisse à 137]. Les libéraux (Renew Europe) diminuent fortement, passant de 102 à 80 sièges [79], soit 11,1 %[ma note : classer Renew dans les libéraux-- M. Pascal Canfin... – est assez audacieux].
Les pertes les plus importantes sont enregistrées par le groupe des Verts, qui passe de 71 à 52 députés (7,2 %). En revanche, le bloc de la droite conservatrice (ECR) et le groupe Identité et Démocratie (ID) enregistrent des gains significatifs, passant ensemble de 118 à 131 sièges (18,2 %). Le groupe de la gauche perd un siège et se retrouve avec 36 députés (5,0 %).
Le groupe des parlementaires indépendants et non inscrits est relativement important, avec un total de 98 sièges [100]. En Allemagne, l'AfD en fait partie. Les voix de ces députés seront disputées dans les semaines à venir afin d'élargir les groupes parlementaires.
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© IMAGO/IPON
Mme Christine Singer représentera à l'avenir les Freie Wähler (FW – électeurs libres) au Parlement Européen en tant que députée. Mme Singer est la paysanne régionale du groupe des femmes rurales de l'Union Bavaroise des Agriculteurs (BBV).
En Allemagne, la CDU et la CSU ont réussi à conserver leurs 30 sièges au Parlement Européen lors des élections européennes de 2024. Ainsi, M. Stefan Köhler, agriculteur et président de l'Association des Agriculteurs de Basse-Franconie, qui se présente pour la CSU, fera son entrée dans l'hémicycle.
Les Verts, jusqu'ici deuxième force politique, perdent nettement des sièges, passant de 21 à 12. Pour le politicien agricole vert Martin Häusling, qui occupait la sixième place sur la liste, cela suffit toutefois pour réintégrer le Parlement. Dans l'ensemble, les Verts sont toutefois distancés par l'AfD, qui enverra probablement 15 députés à Strasbourg au lieu de 9.
Le SPD passe de 16 à 14 sièges. Le FDP conserve ses 5 sièges. Les Freie Wähler ont gagné un siège. Ainsi, avec l'agricultrice bavaroise Christine Singer, qui menait la liste des Freie Wähler, ceux-ci seront désormais représentés au Parlement Européen. En revanche, l'agriculteur et porte-parole de LSV Deutschland Anthony Lee, qui occupait la huitième place sur la liste, n'a pas réussi à y entrer.
Le parti Die Linke perd deux sièges et n'aura plus que trois députés. La nouvelle alliance Sahra Wagenknecht (BSW) obtient d'emblée 6 places au Parlement Européen.
[Ma note : il n'y a pas de seuil de 5 % en Allemagne pour les élections européennes.]
Le Parlement Européen veut créer rapidement une situation claire. L'entrée en fonction de la nouvelle Commission Européenne ne doit pas devenir une pantalonnade. Il s'agit d'éviter une vacance du pouvoir en période de guerre en Ukraine et d'élections présidentielles américaines.
Le 16 juillet, le Parlement nouvellement élu devrait donc élire son nouveau président ou sa nouvelle présidente. En outre, une élection précoce du nouvel homme ou de la nouvelle femme (actuelle) à la tête de la Commission Européenne par le Parlement se dessine pour le 18 ou le 19 juillet.
Au vu du résultat des élections européennes de 2024, la titulaire du poste, Ursula von der Leyen, peut être considérée comme la favorite. L'Allemande a communiqué très tôt ses ambitions pour un nouveau mandat de cinq ans à Bruxelles. Le résultat des élections, qui a été favorable au groupe PPE, renforce la position de Mme von der Leyen.
Pour obtenir la majorité simple nécessaire de 361 des 720 voix des députés européens, il suffirait que le PPE, les sociaux-démocrates et les Verts votent pour Mme von der Leyen [ma note : les Verts ou Renew]. Elle n'aurait alors pas besoin du soutien des populistes de droite. Le PPE, les sociaux-démocrates et les Verts obtiendraient également une majorité, même si ce n'est que de justesse avec 375 voix [374].
En revanche, sans les voix du groupe S&D, Mme von der Leyen ne pourra obtenir un second mandat qu'avec l'aide des députés du bloc de droite et de la droite populiste.
Mais seul(e) un(e) candidat(e) assuré(e) du soutien des principaux gouvernements des États membres de l'UE pourra se présenter en plénière. La décision pourrait être prise lors du sommet européen des chefs d'État et de gouvernement des 27 et 28 juin. Le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et les chefs de gouvernement d'autres États membres ne se disputeront pas seulement le poste de premier plan à la Commission Européenne.
Les postes à la tête du Conseil Européen (actuellement le Belge Charles Michel), du Parlement Européen (la Maltaise Roberta Metsola) et du représentant de l'UE pour les affaires étrangères (l'Espagnol Josep Borrell) sont également à distribuer. Ensemble, ce quatuor déterminera de manière décisive le cours politique de l'Europe jusqu'en 2029.
Une première orientation sur la répartition de ces postes de haut niveau pourrait déjà émerger lors du sommet du G7 qui se tiendra du 13 au 15 juin dans les Pouilles en Italie. Formellement, le G7 n'est pas l'instance qui décide des postes de l'UE. Lors de ce sommet, M. Macron, M. Scholz, Mme von der Leyen et M. Michel se rencontreront toutefois pour la première fois depuis les élections européennes.
Si Mme von der Leyen échoue à la présidence de la Commission, le droit de proposer un commissaire européen allemand revient à l'Alliance 90/Die Grünen. L'accord de coalition des feux tricolores le stipule clairement. Cela pourrait par exemple ouvrir la voie à la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock à Bruxelles.
Si Mme Baerbock ne se lance pas dans la politique européenne, le nom de M. Anton Hofreiter est évoqué. M. Hofreiter a été le grand perdant de la formation du gouvernement en 2021. Les Verts lui doivent une faveur. Cela pourrait signifier que M. Hofreiter sera le prochain commissaire européen à l'agriculture ou à l'environnement.
Cela bouleverserait toutefois le résultat des élections. Les électeurs de l'UE se sont clairement prononcés en faveur d'une politique européenne plus conservatrice. Appliqué à la politique agricole de l'UE, cela signifie un cours qui met davantage l'accent à l'avenir sur la sécurité d'approvisionnement et l'autosuffisance de l'UE en denrées alimentaires provenant d'Europe et sur la rentabilité de l'agriculture. Les objectifs très ambitieux du Green Deal en matière de protection du climat et de l'environnement seront réduits d'un cran. C'est ce que laissait de toute façon présager le changement de cap de la Commission von der Leyen depuis les protestations des agriculteurs cet hiver.
Il ne sera toutefois pas plus facile de défendre politiquement le gros gâteau du budget agricole de l'UE lors de la réforme de la PAC pour les années à partir de 2028, si l'argument des exigences environnementales élevées pour l'agriculture est vidé de sa substance.
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* Norbert Lehmann travaille depuis plus de 25 ans comme journaliste spécialisé. Après des études d'économie agricole à Bonn, le service de presse et d'information Agra-Europe a été sa première étape professionnelle. Il a fait de fréquents séjours à Bruxelles en tant que correspondant. Ensuite, activités au sein du groupe d'édition Handelsblatt, dans les relations publiques scientifiques ainsi qu'en tant qu'indépendant. Depuis 2012, il travaille au dlv, en dernier lieu en tant que chef de la rubrique Management & Markt à la rédaction d'AGRARHEUTE.
Source : Europawahl: Darum wird die EU-Agrarpolitik künftig eine andere sein | agrarheute.com
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