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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Orville Vogel, l'homme qui a jeté les bases de la Révolution Verte

3 Mai 2024 Publié dans #amélioration des plantes

Orville Vogel, l'homme qui a jeté les bases de la Révolution Verte

 

Jack DeWitt, AGDAILY*

 

 

Image : Ga.Binder, Shutterstock

 

 

« Quelle est cette culture qui pousse sur Cottonwood Road ? », a demandé un visiteur chez moi l'été dernier. « Cela ressemble à du maïs, mais il est trop court, ses feuilles sont droites et il n'y a pas de panicules. » Je lui ai expliqué qu'il s'agissait d'un champ de maïs cultivé pour les semences, dont la génétique améliorée permet d'obtenir des plantes plus robustes et un meilleur rendement.

 

Comment ces changements interviennent-ils ?

 

Les plantes plus courtes consomment moins d'énergie pour croître, ce qui laisse plus d'énergie pour la production de graines. Les feuilles dressées ne font pas d'ombre aux feuilles situées en dessous, ce qui permet à la plante de capter plus de lumière du soleil et de maximiser la photosynthèse. Les plantes courtes avec des tiges solides sont moins vulnérables à la verse causée par des vents extrêmes. Et les panicules ? Elles étaient là, juste un peu cachées par les feuilles dressées.

 

Les semenciers travaillent sur ces variétés depuis des années, essayant de raccourcir les plantes sans réduire la taille des épis. Leurs efforts aboutissent aujourd'hui dans les champs des agriculteurs.

 

Le maïs de grande taille, « jusqu'à l'œil d'un éléphant » (tiré de la comédie musicale Oklahoma) a toujours fait la fierté des producteurs de maïs, signe de plantes fortes, saines et à haut rendement. Il en allait de même pour les producteurs de blé avant les années 1950. J'ai une photo de mon grand-père se tenant fièrement debout dans un champ de blé Jenkin's Club, avec des plantes lui arrivant aux épaules. Le problème du blé de grande taille est le même que celui du maïs de grande taille : il se couche facilement (verse). Les sélectionneurs de blé l'ont compris et se sont efforcés de raccourcir les plantes, en commençant dans la région Pacifique Nord-Ouest, avec le Dr Orville Vogel, sélectionneur de blé du Département Américain de l'Agriculture au Washington State College (Université depuis 1959) dans les années 1930.

 

Avec l'arrivée des engrais commerciaux après la Seconde Guerre Mondiale, le problème s'est aggravé, les agriculteurs essayant de dépasser les rendements normaux de 30 à 50 boisseaux/acre (20 à 34 quintaux/hectare). L'azote supplémentaire affaiblissait les tiges et ne permettait pas de porter les épis plus gros et plus productifs.

 

 

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Cette vidéo rend hommage au lauréat du prix Nobel Norman Borlaug, un sélectionneur de plantes qui a touché plus d'un milliard de vies grâce à sa détermination à enrayer la faim dans le monde. Cette histoire présente les défis auxquels Borlaug et son équipe ont dû faire face et les succès dans le développement de nouvelles variétés, en mettant au point de nouvelles méthodes et en refusant d'abandonner.

Vogel et d'autres sélectionneurs du Nord-Ouest ont obtenu un succès considérable dans la sélection de blés plus courts à la fin des années 1930 et au début des années 1940. En 1949, Vogel a mis sur le marché la variété Brevor, qui est devenue un blé largement cultivé dans la région Pacifique Nord-Ouest. Cette même année, il a croisé Brevor avec une variété japonaise à paille courte, Norin-10, un croisement qui allait finalement déclencher la Révolution Verte.

 

En 1946, un agronome de l'USDA, Cecil Salmon, qui faisait partie des forces d'occupation américaines du général Douglas MacArthur au Japon, a visité un certain nombre de stations d'expérimentation japonaises et a remarqué qu'il existait de nombreuses variétés de blé à paille courte et à bon rendement. Il a prélevé des échantillons de 16 variétés et les a envoyés à ses supérieurs à Beltsville, dans le Maryland. Les agronomes de Beltsville les envoient aux universités américaines, mais Vogel est le seul sélectionneur à s'y intéresser, car il voit la possibilité de raccourcir encore les variétés.

 

Après un nouveau croisement avec la variété Burt, une sélection finale fut nommée Gaines, le premier blé semi-nain à haut rendement au monde. En 1961, elle a été mise à la disposition des agriculteurs de la région Pacifique Nord-Ouest.

 

Le Dr Norman Borlaug, qui sélectionnait du blé au Mexique pour les agriculteurs mexicains, avait doublé la production mexicaine dans les années 40 en développant des variétés résistantes à la rouille et en encourageant une irrigation responsable et des apports d'engrais adéquats. Mais la verse constitue un grave problème. Il entendit parler des blés courts de Vogel et demanda des semences. En avril 1954, Vogel lui envoie 60 graines de son croisement Norin-Brevor-Burt, en précisant à Borlaug qu'il s'agit de semences de blé d'hiver et qu'elles ne donneront probablement pas de bons résultats parce qu'elles ne se vernalisent pas pendant les hivers chauds du Mexique.

 

Borlaug a semé la plupart des graines et, lorsque les plantes ont été prêtes à recevoir du pollen pour un croisement, il a prélevé du pollen sur une variété mexicaine résistante à la rouille. Mais des spores de rouille s'étaient déposées sur le pollen et, lorsqu'elles ont été introduites dans le parent femelle (les semences de Vogel, qui n'étaient pas résistantes à la rouille mexicaine), la rouille les a toutes tuées.

 

Il restait à Borlaug huit graines de Vogel. Il les a vernalisées dans un réfrigérateur et les a semées dans des pots dans une serre, à l'abri des spores de la rouille. Au moment de faire un croisement, il utilisa les plantes de Vogel comme source de pollen et une variété mexicaine comme plante femelle, évitant ainsi le désastre précédent. C'est du croisement de ces huit semences qu'est née la Révolution Verte.

 

 

 

 

Borlaug disposait désormais d'une base pour construire une variété exceptionnelle. Pendant plusieurs années, il a poursuivi un programme de sélection accéléré appelé « sélection en navette », dans le cadre duquel il cultivait des plantes dans le nord du Mexique en été et dans le sud du Mexique en hiver, soit deux récoltes par an. Il l'a fait contre l'avis des agronomes qui disaient que cela ne marcherait pas (Borlaug était phytopathologiste) parce que le blé est une culture photo-sensible, qui commence à épier lorsque les jours rallongent et qui reste végétative lorsque les jours raccourcissent.

 

Mais certaines plantes ont produit un épi dans le nord et le sud du Mexique, et c'est à partir de ces plantes qu'il a apporté des améliorations. Contre toute attente, il a développé une variété insensible à la longueur du jour qui utilise les unités de chaleur accumulées comme signal au lieu de la longueur du jour pour déclencher l'épiaison. Par accident, il a développé une variété adaptée à une large gamme de climats et de latitudes. En 1961, il a diffusé sa nouvelle variété auprès des agriculteurs mexicains, la même année où les agriculteurs de la région Pacifique Nord-Ouest ont reçu le blé Gaines de Vogel.

 

Au cours des années 1960, les variétés de Borlaug se sont répandues dans toute l'Asie, mettant fin à la famine partout dans le monde. L'Inde est passée d'une situation désespérée de pénurie alimentaire et de famine de masse à un pays exportateur de blé dans les années 1970. Borlaug est à juste titre considéré comme le père de la Révolution Verte qui a sauvé la vie d'un milliard de personnes, mais Orville Vogel en est, selon moi, le grand-père.

 

Orville Vogel, phytogénéticien à l'Université de l'État de Washington, compare le blé Gaines récemment mis sur le marché avec une variété plus ancienne. (Image : Université de l'État de Washington)

 

La suite de l'histoire est tragique. Des millions d'agriculteurs parmi les plus pauvres n'ont pas pu ou voulu acheter la nouvelle technologie. Ils ont été déplacés par ceux qui avaient les moyens de se les offrir et ont fini dans des villes surpeuplées, dépendant des services sociaux. Les sociologues et de nombreux écologistes affirment que la Révolution Verte a été un échec social et que nous aurions dû nous en tenir aux anciennes variétés et aux méthodes de culture moins intensives (biologiques) et laisser un milliard de personnes mourir de faim. Quelle tristesse ! Quel manque de logique !

 

En fin de compte, la population mondiale s'est enrichie, elle est mieux nourrie et l'environnement – même si beaucoup ne sont pas d'accord – s'en porte mieux, car des rendements plus élevés signifient qu'une plus petite partie de la Terre doit être cultivée pour les récoltes. Nourrir 8 milliards de personnes avec les anciennes variétés de blé, de maïs et de riz, même avec des méthodes biologiques améliorées, n'est tout simplement pas possible.

 

Dans quelle mesure les nouvelles variétés de maïs amélioreront-elles les rendements ? Elles ne doubleront ou ne quadrupleront probablement pas les rendements comme l'ont fait les blés de Vogel et de Borlaug, mais il faut s'attendre à ce que des rendements de 300 boisseaux de maïs (200 quintaux/hectare) deviennent courants dans un avenir proche.

 

______________

 

Jack DeWitt est un agriculteur-agronome dont l'expérience s'étend sur plusieurs décennies, depuis la fin de l'agriculture attelée jusqu'à l'ère du GPS et de l'agriculture de précision. Dans son livre « World Food Unlimited », il raconte tout cela et prédit comment nous pourrons avoir un monde futur où la nourriture sera abondante. Une version de cet article a été publiée à l'origine dans Agri-Times Northwest.

 

Source : The man who laid the foundation to launch the Green Revolution (agdaily.com)

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