Élections européennes : l'agriculture et l'alimentation sont les parents pauvres
Enquête IPSOS pour Euronews (Source)
La part des agriculteurs dans l'emploi total est passée à 1,6 % de la population active. Est-ce à dire qu'il ne serait pas déraisonnable que leur part dans les listes de candidats à l'élection au Parlement Européen du 9 juin 2024 pourrait être du même ordre ?
La question est intéressante, mais délicate. Le poids de l'agriculture, dans nos sociétés comme dans d'autres, c'est aussi et surtout le poids de... l'alimentation. Et celui-ci est bien supérieur !
L'agriculture a un poids considérable dans l'écosystème politique européen, que ce soit directement (notamment par la PAC – la politique agricole commune) ou indirectement par les volets de l'alimentation et de la souveraineté alimentaire – une notion que l'on vient de découvrir avec la crise de la Covid et la guerre en Ukraine – et de l'écologie – la grande majorité des terres étant gérées par les agriculteurs et forestiers.
D'un autre côté, il n'est pas nécessaire d'être agriculteur pour assurer une représentation adéquate des milieux agricoles et de leurs intérêts, ainsi que des nôtres puisque notre souhait est en général de manger trois fois par jour à notre faim. Inversement, on peut même être agriculteur et, horresco referens...
Faisons donc un petit tour d'horizon en nous concentrant sur les listes susceptibles de gagner des sièges au Parlement – créditées de plus de 5 % des intentions de vote dans les sondages les plus récents – et sur les candidats en position éligible.
Les informations sont essentiellement issues des sites Candidator et Toute l'Europe et de sources plus personnelles.
On ne peut qu'être sidéré par les prémisses de cette élection au Parlement Européen.
Nous sommes à un mois du scrutin et certaines listes de candidats n'ont été complétées que très récemment. Manifestement, la tambouille préparée dans les cuisines et arrière-salles politiciennes est franco-française. Il ne s'agit qu'accessoirement de faire élire – par un scrutin de listes – des personnages susceptibles de peser dans les débats parlementaires au service des intérêts de la France.
Ne parlons même pas des programmes... Y en aura-t-il ? En dehors des slogans et des arguments de marketing destinés à capter des voix, essentiellement dans le vivier électoral traditionnel de chaque formation (ainsi, les écologistes parlent... aux écologistes) ?
La campagne embryonnaire qui se déroule actuellement est un cocktail indigeste d'âneries, de contre-vérités, de coups bas... Bref, de quoi susciter le dégoût et le rejet... au profit d'un Rassemblement National qui fait le plus possible profil bas.
S'agissant de notre domaine de prédilection – l'agriculture ou, plus important encore, l'alimentation – c'est quasiment la Bérézina. Voici donc...
C'est le désert !
M. Éric Andrieu a eu la bonne idée de démissionner de son mandat le 2 juin 2023 et de laisser la place au suivant de liste Christophe Clergeau. Celui-ci a pu donner la mesure de son activisme pendant quasiment un an. En bref : dans la même ligne que M. Éric Andrieu, pour une agriculture éloignée des réalités, anti-OGM et NGT – même s'il s'en défend –, anti pesticides, etc.
Il fut chef de cabinet de Louis Le Pensec, ministre de l’agriculture en 1997-1998.
Il est numéro 5 d'une liste qui brille par la description des candidats : essentiellement limitée aux engagements politiques... Dans le cas de M. Christophe Clergeau, c'est : « Député européen depuis 2023, secrétaire national à l’Europe du PS ».
On ne présente plus M. Benoît Biteau...
Il occupe la sixième position, la dernière éligible selon le sondage d'Ipsos. M. Claude Gruffat, qui devint eurodéputé après le Brexit, a été relégué à la douzième position..
Manifestement, l'accouchement, en deux temps, a été difficile.
Il y a sans doute eu un dilemme Pascal Canfin, compte tenu du rôle qu'il a joué dans la législature passée dans le Green Deal, dans les manœuvres pour écarter le nucléaire de la nomenclature des investissements verts, etc.
Le dilemme s'étend à la définition de la ligne électorale, mais nul doute que les artistes du « en même temps » sauront se dépatouiller.
Renaissance l'a placé en quatrième position (trophée en 2019, il était alors en deuxième position derrière Mme Nathalie Loiseau). Et vante son action...
(Source)
Qu'en penser ? Zugzwang pour une formation – ou plutôt un conglomérat – qui ne pouvait pas se renier ou intention de remettre le couvert, malgré les discours que l'on a pu entendre récemment ?
En tout cas, de l'avis général des commentateurs, la reconduction de M. Pascal Canfin constitue un véritable affront fait aux agriculteurs (et pas que, à notre sens, compte tenu des problèmes soulevés par la politique du Green Deal dans d'autres domaines.)
Le député sortant Jérémy Decerle, éleveur de charolaises en Saône-et-Loire, pointe maintenant à la 14e place, après avoir été numéro quatre en 2019.
Il est suivi de Mme Sylvie Gustave-dit-Duflo, conseillère régionale de Guadeloupe et présidente du conseil d’administration de l’Office Français de la Biodiversité... potentiellement un autre chiffon rouge pour la profession agricole et, peut-être, une personnalité de poids dans la définition des politiques défendues par le groupe au Parlement Européen.
Les sondages donnaient en effet 16 sièges... mais c'était avant la bronca suscitée par le choix de M. Pascal Canfin, et un début de campagne peu enthousiasmant. Une projection plus récente donne 15.
(Source)
Les Républicains (crédités de 7 sièges) sortent nettement du lot avec une pointure, Mme Céline Imart, agricultrice dans le Tarn, engagée syndicalement à la FNSEA et porte-parole d'Intercéréales, en plus d'être diplômée de Science Po et de l'ESSEC et d'avoir eu une expérience de haut niveau dans le monde des affaires.
Mais la députée sortante Anne Sander, issue et proche du monde agricole, n'est qu'en dixième position.
Le Rassemblement National (crédité de 28 ou 29 sièges) présente en numéro 20 Mme Valérie Deloge, agricultrice, élue locale de Saône-Et-Loire.
Aucune personnalité liée au monde agricole et alimentaire en position éligible.
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