M. Philippe Mauguin, PDG de l'INRAE, sur le Point : vaut lecture !
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Ce n'est pas tous les jours que nous pouvons dire (plutôt) du bien de ce qui sort – au moins dans les médias – de l'ancien Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), devenu Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement. Dans son nouvel acronyme, INRAE, l'agriculture et l'alimentation doivent se partager une lettre... et c'est à notre sens assez significatif de l'évolution de l'institution.
Or donc, M. Philippe Mauguin, PDG de l'INRAE, s'est entretenu avec l'excellente Géraldine Woessner, et cela a produit : « Le modèle agricole de demain sera à la fois durable et intensif » (en accès libre).
En chapô :
« INTERVIEW. À l’occasion du Paris-Saclay Summit, Philippe Mauguin, président de l’Inrae, liste les défis de l’agriculture pour nourrir une population en croissance en plein bouleversement climatique. »
Le grincheux – suivez mon regard, ou lisez la suite... – trouvera sans doute des objections à l'analyse.
M. Philippe Mauguin part ainsi d'un état des lieux franco-français pour décrire les défis qui se posent au niveau mondial pour l'avenir. « ...nos chercheurs ont montré qu'en dépit des progrès réalisés en génétique végétale, les rendements n'augmentent plus en raison du climat » ? Ils n'augmentent peut-être plus en France – pour le moment et pour des raisons sans doute plus complexe que le climat – mais il y a encore de la marge de progression dans le monde.
Pour la réduction pronostiquée des surfaces cultivables, liée aux changements climatiques, M. Serge Zaka vient de produire deux posts animés sur X (ex-Twitter) éloquents... De quoi ajouter une dimension géopolitique aux défis que nous avons à relever.
Les couleurs indiquent les pourcentages de rendement potentiel. Vert foncé = 100 % (Source)
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Mais cette vision quelque peu dystopique permet de sortir des sentiers battus. Enfin pas tout à fait... il est tout de même question de « transition agro-écologique ». Mais...
« Il ne suffit pas que les agriculteurs diversifient leurs rotations, plantent plus de légumineuses qui captent l'azote du sol et se substituent en partie aux engrais, encore faut-il créer des débouchés pour ces légumineuses ! Les agriculteurs ne sont qu'un maillon de la chaîne, la réussite de ces transitions repose sur l'ensemble des citoyens. Les consommateurs devront consentir à payer un peu plus cher leur alimentation. »
Mais cela suscite aussi une question : l'INRAE a-t-il une stratégie de communication pertinente – dans ce qu'il diffuse et aussi dans ce qu'il omet de diffuser – quand il vante les mérites agronomiques d'une agriculture plus diversifiée ? Les résultats des stations de Mirecourt et du domaine d'Époisses à Bretenière, par exemple, peuvent-ils être transposés à l'échelle en tenant compte de ce facteur ?
La vision de M. Philippe Mauguin sur les voies d'avenir ne peut qu'être partagée – enfin, par les esprits rationnels :
« On entend beaucoup parler de "changement de modèle" dans le débat public, un terme qui ne veut pas dire grand-chose. Il n'y a pas de solution unique, mais un ensemble de leviers qu'il faudra activer pour réussir la transition agroécologique – et les chercheurs de l'Inrae travaillent sur chacun d'entre eux. Le premier est la génétique. Les nouvelles potentialités d'édition du génome – les NGT – sont un outil très intéressant pour accélérer les processus de sélection classiques, sur lesquels nous travaillons. »
Remarquez : pris à la lettre, cela reste très frileux : les NGT ne sont pas évoquées pour ce qu'elles peuvent faire en tant que telles, mais pour leur contribution à la « sélection classique ». Ce n'est pas surprenant quand on sait ce qu'est devenue l'institution (voir notamment sur ce site « Édition du génome végétal : l'INRA a-t-il une stratégie ? » et « Les nouvelles techniques génomiques et la CGT-INRAE... à pisser de rire... ou à pleurer de rage »)...
Suit un petit couplet sur les solutions de biocontrôle. Ben oui...l'hystérie anti-pesticides... La bien-pensance « environnementale ». Et...
« Troisième levier très important : l'agronomie ! Nous devons nous orienter vers des sols qui resteront couverts tout au long de l'année, à la fois pour éviter l'envahissement par des mauvaises herbes et contribuer au stockage de carbone dans le sol. Quand vous gardez un sol couvert, y compris après la récolte de blé ou de colza, en plantant des légumineuses ou des plantes de service, le stockage de carbone atmosphérique augmente. »
Il n'aura pas prononcé les mots magiques, mais on est à bouts touchants : « agriculture de conservation (des sols) », ce mode de culture assez négligé, voire combattu, par des caciques de l'institut.
La robotique et le numérique ne sont pas oubliés.
Notons encore que M. Philippe Mauguin répond sèchement – et justement – à la question : « Faut-il arrêter l'élevage ? » :
« Surtout pas ! La science est claire : aucun scénario de prospective n'arrive à boucler correctement les cycles bio-géochimiques sans élevage. [...] »
Il y a bien d'autres éléments intéressants dans cet entretien.
Mais, sur le plan de la commnication, et au-delà de ses programmes de recherche, la question centrale reste en définitive de savoir si l'INRAE va contribuer à l'avènement d'un « modèle agricole de demain […] à la fois durable et intensif » fondé sur toutes les technologies disponibles, sans exclusive, en particulier en adoptant une démarche proactive de soutien à ces technologies et de démontage des arguments fallacieux déployés à leur encontre.
Le dernier magazine Ressources de l'INRAE comporte un chapitre « Éditer le génome des plantes ». Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas terrible. Ou plutôt : c'est terrible... un air de déjà vu, avec un nouveau tour de piste des arguments qui furent déployés pour jeter la suspicion sur les OGM.
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