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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Anatomie d'une alerte aux pesticides : le stratagème du faux dénonciateur

27 Février 2024 Publié dans #Activisme

Anatomie d'une alerte aux pesticides : le stratagème du faux dénonciateur

 

Cameron English, ACSH*

 

 

Image : CDD20 CDD20 via Pixabay

 

 

Les militants écologistes s'appuient sur plusieurs tactiques pour susciter la peur des pesticides. L'une de leurs méthodes favorites consiste à recruter de faux dénonciateurs, souvent des scientifiques à la retraite, qui répandent des absurdités conspirationnistes sur les agences de réglementation et d'autres chercheurs. Voici un exemple concret du « jeu du faux dénonciateur ».

 

 

Les groupes d'activistes utilisent une série d'outils de propagande bien rodés pour monter le public contre les pesticides. Ces outils vont du financement d'études bidon à l'achat d'une couverture médiatique favorable, en passant par le dépôt de plaintes interminables contre les fabricants de produits chimiques. Mais toutes ces voies d'attaque sont renforcées par un stratagème que j'appelle le « jeu du faux dénonciateur ».

 

L'archétype du faux dénonciateur est un scientifique accrédité, généralement un ancien fonctionnaire, qui utilise sa réputation pour aider les avocats prédateurs et les ONG environnementales à vendre des campagnes de peur anti-pesticides aux consommateurs. Soi-disant rebelle universitaire, cette personne suit la science là où elle mène. Bien entendu, « la science » conduit inévitablement à des rémunérations massives pour les avocats spécialisés dans la responsabilité civile et à des restrictions sévères pour des produits chimiques d'une importance vitale.

 

Voici un exemple récent et concret de la tactique du faux dénonciateur, tiré du Guardian, dont l'auteur est la journaliste devenue activiste Carey Gillam et qui est financée par l'Open Society Foundation, soutenue par des milliardaires. Sa cible est l'herbicide paraquat, qui fait actuellement l'objet de milliers de poursuites alléguant que ce désherbant est à l'origine de la maladie de Parkinson.

 

Démontons ce village Potemkine, maison en carton-pâte par maison en carton-pâte, afin que vous puissiez voir comment fonctionne ce système et pourquoi il est si dangereux.

 

 

 

 

Ne faites pas confiance à l'EPA, dit une scientifique de l'EPA

 

Selon Mme Gillam, « les régulateurs fédéraux sont incités à ne pas s'exprimer sur les pesticides potentiellement dangereux ». Comment le sait-elle ? Une scientifique de l'EPA a déclaré à un grand média que les scientifiques de l'EPA avaient peur de dire ce qu'ils pensaient :

 

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Karen McCormack, une scientifique de l'Agence de Protection de l'Environnement (EPA) à la retraite qui a passé 40 ans au sein de l'agence [...] a décrit une culture de « capture réglementaire » à l'EPA et a déclaré que les collègues qui se prononçaient en faveur d'une réglementation plus stricte sur les pesticides étaient souvent mis à l'écart.

 

Nous avons déjà entendu cette histoire à maintes reprises ; il s'agit de l'histoire « progressiste » classique de la malfaisance des entreprises et elle ne résiste pas à l'examen. Le premier problème est que le CV de Mme McCormack fait tout le travail. Elle n'étaye pas une seule des allégations qu'elle a faites au sujet de l'EPA dans l'article de Gillam. Nous sommes apparemment censés croire que Mme McCormack dit la vérité sur ses collègues mis à l'écart et sur la capacité de l'industrie des pesticides à « s'emparer » de l'agence. Si son ancien employeur est si corrompu, Mme McCormack devrait le prouver. Dans le cas contraire, ses références et son expérience ne sont pas pertinentes.

 

Mais l'allégation est doublement absurde, car Mme McCormack utilise sa réputation de scientifique de l'EPA qui a « mené des recherches sur les pesticides » pendant 40 ans, pour saper la confiance dans cette même organisation. Elle ne peut pas vanter son expérience au sein de l'agence et affirmer que tous les autres employés sont des représentants de l'industrie ou des bureaucrates craintifs qui approuvent les pesticides « quel que soit le niveau de risque ». Pourquoi croire quelqu'un qui a travaillé dans un environnement aussi sordide pendant quarante ans ?

 

 

Ignorer les vrais problèmes

 

Ironiquement, il existe de nombreuses preuves que l'EPA a succombé aux pressions politiques dans le passé, comme l'a montré mon collègue le Dr Henry Miller. Contrairement aux allégations de Mme McCormack, le problème réside dans la volonté de l'agence de s'associer à des groupes anti-pesticides, explique M. Miller :

L'EPA a une longue et vilaine histoire de ce que l'on a appelé « poursuivre et transiger », ou « la réglementation par le contentieux », par laquelle les régulateurs encouragent les contestations juridiques de leurs décisions réglementaires par les défenseurs de l'environnement [...] Cela permet à l'EPA de faire des concessions aux plaignants par le biais de règlements et de décrets d'accord sans les contraintes de la réglementation et l'examen minutieux du Bureau de l'information et des affaires réglementaires du Bureau de la Gestion et du Budget.

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Ces dernières années, l'EPA a cédé aux groupes militants devant les tribunaux sur un pesticide après l'autre, y compris les insecticides sulfoxaflor et chlorpyrifos et les herbicides dicamba, atrazine et paraquat. De nombreux agriculteurs ont expliqué à l'EPA pourquoi ces concessions sont si dévastatrices. Le fait de restreindre inutilement l'accès au paraquat et à d'autres désherbants, par exemple, peut accroître l'érosion des sols, la pollution de l'eau et la résistance des mauvaises herbes aux herbicides, a souligné une association d'agriculteurs dans un commentaire public adressé à l'EPA.

 

En fin de compte, cela rend la production de nourriture pour nous tous plus coûteuse et plus difficile. Malheureusement, les agriculteurs reçoivent beaucoup moins d'attention que les militants qui mentent sans hésiter sur la sécurité des pesticides.

 

 

Les mensonges sur le paraquat

 

Prenons l'analyse du paraquat par Mme Gillam comme exemple de malhonnêteté rampante. Elle prétend avoir « exposé des années d'efforts de la part des entreprises pour dissimuler les liens entre le paraquat et la maladie de Parkinson, tromper le public, contester la littérature scientifique publiée et influencer l'Agence de Protection de l'Environnement ».

 

Mais c'est tout simplement faux. Au moins 85 études financées par des gouvernements, des fabricants de pesticides et des organisations à but non lucratif n'ont pas réussi à prouver que l'herbicide était à l'origine de la maladie de Parkinson. Même les travailleurs des usines de fabrication de paraquat, qui sont les plus exposés au produit chimique, ne sont pas plus susceptibles de développer la maladie de Parkinson que le reste de la population.

 

Lorsque le paraquat cause des dommages, c'est généralement parce que quelqu'un l'utilise délibérément à mauvais escient (par exemple, lors d'une tentative de suicide) ou ne respecte pas les instructions figurant sur l'étiquette lorsqu'il l'applique. L'EPA, favorable aux activistes, ajoute qu'elle n'a « trouvé aucun risque alimentaire préoccupant associé au paraquat lorsqu'il est utilisé conformément aux instructions figurant sur l'étiquette ». Cela signifie que la grande majorité des gens (qui ne sont exposés qu'à des quantités infimes de pesticides par le biais de l'alimentation) ne peut pas être affectée par le désherbant.

 

Mme Gillam invoque des « dossiers secrets » des fabricants de paraquat Syngenta et Chevron pour étayer sa conspiration, mais ce n'est que de la poudre aux yeux. Lorsqu'on lit les documents eux-mêmes au lieu de se fier aux allégations fallacieuses de Mmes Gillam et McCormack, on s'aperçoit qu'ils contiennent en grande partie les mêmes informations que celles que l'on trouve dans les sources accessibles au public. Voici un exemple tiré d'un mémo de Chevron datant de 1974, disponible sur le site web New Lede de Mme Gillam :

 

 

 

 

Des conséquences tragiques

 

Les gouvernements et les entreprises font parfois des choses malveillantes. Les véritables lanceurs d'alerte qui dénoncent la corruption réelle rendent un service inestimable, mais ce n'est pas ce que fait Mme McCormack. Elle aide des militants malhonnêtes comme Mme Gillam à répandre des absurdités idéologiques qui ont des conséquences dévastatrices.

 

Limiter inutilement les produits chimiques utilisés par les agriculteurs pour produire nos aliments entraîne la faim, la pauvreté et l'instabilité politique, comme le Sri Lanka l'a récemment découvert à ses dépens. Tous ceux qui favorisent ces horribles résultats ne méritent que le mépris.

 

_____________

 

Cameron English est auteur, rédacteur et co-animateur du Science Facts and Fallacies Podcast. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : Anatomy of a Pesticide Scare: The Phony Whistleblower Gambit | American Council on Science and Health (acsh.org)

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