Overblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La bataille contre la désinformation : un nouveau rapport met en lumière le paysage de la vérification des faits en Asie

10 Janvier 2024 Publié dans #critique de l'information, #Activisme

La bataille contre la désinformation : un nouveau rapport met en lumière le paysage de la vérification des faits en Asie

 

Paul Roberts, Alliance pour la Science*

 

 

 

La Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) a lancé un rapport complet soulignant la nécessité d'améliorer les efforts de vérification des faits en Asie, alors que les pays sont aux prises avec la montée en flèche de la désinformation en ligne.

 

Intitulé « Managing the Misinformation Effect - The State of Fact-Checking in Asia » (gérer l'effet de la désinformation - l'état de la vérification des faits en Asie), le rapport examine en profondeur les défis posés par la désinformation et propose des recommandations pour renforcer la vérification des faits. Le rapport se concentre sur la vérification des faits dans cinq pays asiatiques : l'Indonésie, l'Inde, le Népal, le Bangladesh et le Sri Lanka, chacun étant confronté à ses propres défis dans la lutte contre la désinformation.

 

 

Bangladesh : La désinformation a eu des conséquences catastrophiques au Bangladesh, entraînant des violences communautaires et des pertes humaines. Le rapport souligne le rôle essentiel de la vérification des faits pour dénoncer les campagnes de désinformation dans un pays où la liberté de la presse fait l'objet de restrictions croissantes.

 

Ces dernières années, le Bangladesh a été le théâtre d'événements alarmants de violences communautaires déclenchées par des informations erronées, lesquelles ont entraîné des décès et le déplacement de communautés. Un incident particulièrement grave a vu une foule musulmane en colère vandaliser et incendier des temples et des maisons bouddhistes pour protester contre une fausse photo diffusée sur Facebook, représentant à tort un Coran partiellement brûlé.

 

Les canulars sur les réseaux sociaux se sont également révélés mortels, huit personnes ayant perdu la vie en 2019 lors de lynchages déclenchés par des rumeurs sur Facebook affirmant à tort que des enfants étaient enlevés et sacrifiés pour la construction d'un méga-pont.

 

En outre, la désinformation anti-réfugiés a trouvé sa place dans les médias grand public et les plate-formes de réseaux sociaux du Bangladesh, comme en témoignent les médias internationaux. Dans un pays où la liberté de la presse a été progressivement réduite par des lois répressives et où la confiance dans les médias est en déclin, la vérification des faits est apparue comme une nouvelle fenêtre permettant aux gens de remettre en question les récits grâce à des faits et de dénoncer la désinformation.

 

Un projet de recherche sur le rôle des organisations de vérification des faits au Bangladesh, en Inde et au Népal, publié en 2018, a conclu que, malgré leurs limites, ces initiatives faisaient preuve de persistance dans le démontage des fausses affirmations, les utilisateurs commençant à s'engager avec elles.

 

 

Inde : La prolifération des fausses informations en Inde a fait des ravages sur la santé publique, les moyens de subsistance et l'harmonie sociale. Le rapport souligne que la croissance rapide des technologies numériques et l'augmentation de la pénétration de l'internet ont exacerbé le problème, rendant essentielles de solides initiatives de vérification des faits.

 

Au début de la pandémie de Covid-19 en 2019, l'Inde a connu une augmentation stupéfiante de 214 % des cas liés aux « fake news » et aux rumeurs, selon les données du National Crime Records Bureau. Ces fausses informations ont eu des conséquences concrètes, comme les pertes subies par l'industrie avicole indienne en raison de spéculations infondées sur les réseaux sociaux selon lesquelles les poulets pouvaient propager le virus de la Covid-19. De fausses allégations selon lesquelles les musulmans propageraient délibérément le virus ont également conduit à des appels au boycott économique des commerçants musulmans.

 

Si la désinformation n'est pas un phénomène nouveau, la prolifération rapide des technologies numériques et l'augmentation de la pénétration de l'internet ont amplifié sa portée et son impact. Selon le ministère de l'Électronique et des Technologies de l'Information, l'Inde comptait plus de 700 millions d'abonnés à l'internet et plus d'un milliard de téléphones portables en 2022. Toutefois, cet accès généralisé ne s'est pas traduit par une augmentation correspondante de la culture numérique, c'est-à-dire de la capacité à utiliser l'internet de manière utile et critique. Une étude réalisée par Oxford University Press a révélé que 54 % des Indiens interrogés utilisent les réseaux sociaux pour accéder à des informations factuelles, et que 87 % d'entre eux partagent des informations provenant des réseaux sociaux en exprimant leur confiance dans leur exactitude.

 

Dans ce contexte, la vérification des faits apparaît comme un outil important pour lutter contre la désinformation. En janvier 2023, l'Inde comptait le plus grand nombre de signataires vérifiés et actifs du code de principes de l'International Fact-Checking Network, avec 14 organisations indiennes de fact-checking répertoriées.

 

 

Indonésie : le rapport révèle le rôle historique de l'État dans la propagation de la désinformation. Historiquement, l'Indonésie a été un terrain fertile pour la désinformation, avec des exemples flagrants remontant au début des années 1960, lors de la transition entre l'ancien et le nouvel ordre. Une campagne nationale parrainée par l'État a imputé au mouvement du 30 septembre 1965 la mort de sept généraux de l'armée, ce qui a entraîné des massacres et des violences contre des individus et des groupes affiliés au parti communiste indonésien, faussement accusés d'avoir orchestré le coup d'État. Cette campagne s'est fortement appuyée sur la désinformation diffusée par les journaux et la radio.

 

Aujourd'hui, le paysage de la désinformation en Indonésie est plus complexe, influencé par une série d'acteurs, dont l'État, des acteurs étrangers et des intérêts économiques. Le gouvernement a été accusé de participer à des campagnes de désordre de l'information, les accusations de trolling et de désinformation parrainés par l'État se répandant sur les plate-formes de réseaux sociaux.

 

En outre, des acteurs étrangers ont également contribué à la diffusion de fausses informations en Indonésie. Par exemple, en 2019, un réseau mondial de désinformation lié à la Chine a été découvert, opérant sur Facebook et Twitter. Le réseau a diffusé des récits pro-chinois et a ciblé des militants pro-démocratie à Hong Kong et à Taïwan, mais il a également étendu ses activités à l'Indonésie. Les intérêts économiques jouent également un rôle important. La désinformation et les canulars liés à la santé et à la sécurité ont frappé l'industrie de l'huile de palme, avec de fausses allégations sur les risques de cancer associés à la consommation d'huile de palme, qui ont entraîné des pertes économiques. En tant que grand producteur d'huile de palme, l'économie indonésienne a été fortement touchée par la campagne de désinformation.

 

Dans cet environnement complexe, les organisations de vérification des faits en Indonésie s'efforcent de lutter contre la désinformation et de maintenir la confiance du public dans des informations exactes. Des initiatives telles que Mafindo (Masyarakat Anti Fitnah Indonesia) se sont employées à démystifier les canulars et à promouvoir l'éducation aux médias. Cependant, elles sont confrontées à des défis considérables, notamment des menaces pour leur sécurité et la difficulté d'atteindre une population diverse et parfois isolée.

 

 

Népal : Le Népal représente à bien des égards un cas unique dans le paysage asiatique de la désinformation. C'est un pays caractérisé par l'instabilité politique, des changements fréquents de gouvernement et un manque de maîtrise des médias et de l'information au sein de sa population. Malgré ces difficultés, le Népal n'a pas été épargné par la diffusion de fausses informations, même si l'ampleur et l'impact sont comparativement plus faibles que chez certains de ses voisins régionaux.

 

L'un des problèmes récurrents au Népal est la circulation de rumeurs et de fausses informations liées à l'évolution de la situation politique et aux incidents de sécurité. Le paysage politique complexe du pays, qui a été le théâtre de fréquentes luttes de pouvoir et de changements de dirigeants, constitue un terrain fertile pour la diffusion de fausses informations. Par exemple, au cours de la transition politique au Népal, il est arrivé que de fausses informations circulent au sujet de personnalités politiques clés, de leurs affiliations et de leurs intentions. Ces fausses informations peuvent alimenter les tensions et contribuer à l'instabilité sociale et politique, ce qui fait de la vérification des faits un outil important pour maintenir la confiance du public et prévenir l'escalade des conflits.

 

Malgré ces défis, les initiatives de vérification des faits se sont régulièrement développées au Népal, avec des organisations telles que South Asia Check qui jouent un rôle crucial en démystifiant les fausses affirmations et en fournissant des informations exactes au public. Ces initiatives se heurtent à des obstacles, tels que des ressources limitées. Elles n'en demeurent pas moins dédiées à la promotion de l'éducation aux médias et à la lutte contre la désinformation dans un pays où la diffusion de fausses informations peut avoir des conséquences considérables.

 

 

Sri Lanka : Le rapport met en lumière le double problème de la polarisation et de la désinformation dans le paysage médiatique et politique du Sri Lanka. Les médias du pays sont souvent divisés selon des lignes ethnolinguistiques et idéologiques, ce qui accentue les divisions sociales. Les initiatives de vérification des faits au Sri Lanka jouent un rôle essentiel dans la perturbation de ces schémas et la promotion d'un débat démocratique éclairé.

 

La propagation de faux récits liés aux tensions ethniques et religieuses est un problème majeur dans le paysage sri-lankais de la désinformation. La désinformation et les discours de haine ont été utilisés comme des armes, ce qui a conduit à des violences communautaires. Par exemple, les émeutes antimusulmanes meurtrières de 2018 ont été en partie alimentées par des campagnes de désinformation qui ont diffusé de fausses affirmations sur les entreprises musulmanes. Un autre défi est la polarisation des médias selon des lignes politiques, de nombreux médias s'alignant sur des partis politiques ou des idéologies spécifiques. Il en résulte des reportages biaisés et l'amplification de récits partisans.

 

Des organisations comme FactCheck.lk et Verité Research ont joué un rôle crucial dans le démontage des fausses affirmations et la promotion d'un débat démocratique éclairé. Elles ont dû faire face à des défis, notamment des menaces pour leur crédibilité et leur sécurité, mais elles continuent à fournir un service vital dans un pays où la désinformation a des conséquences concrètes.

 

Le rapport de la FIJ souligne non seulement le rôle essentiel de la vérification des faits dans le paysage médiatique asiatique, mais présente également des conclusions clés et une série de recommandations pour lutter contre l'épidémie de désinformation :

 

  • Un défenseur vital de la démocratie : Le fact-checking apparaît comme un défenseur vital de la démocratie, servant à combattre la désinformation, à promouvoir l'éducation aux médias et à restaurer la confiance du public dans les médias indépendants.

 

  • Soutien des médias : Les médias et les journalistes sont invités à soutenir les institutions indépendantes de vérification des faits et le réseau croissant de vérificateurs de faits au niveau régional et mondial. Il est essentiel d'organiser des ateliers et des formations sur la vérification des faits à l'intention de tous les journalistes et travailleurs des médias afin de limiter la diffusion involontaire de fausses informations dans les reportages.

 

  • Sécurité des vérificateurs de faits : Les organisations de vérification des faits devraient prendre des mesures pour protéger les vérificateurs de faits contre les menaces à leur bien-être physique et mental, y compris la diffamation, le harcèlement, les abus et les traumatismes indirects.

 

  • Visibilité sur les réseaux sociaux : Les plate-formes de réseaux sociaux devraient veiller à ce que les vérifications de faits bénéficient du même niveau de visibilité que les fausses informations qu'elles visent à corriger, ce qui permettrait d'uniformiser les règles du jeu en matière d'information.

 

  • Rôle des syndicats de journalistes : Les syndicats de journalistes sont encouragés à explorer et à développer les efforts pour soutenir et représenter le « droit de publier » des vérificateurs de faits et à exprimer leur solidarité en reconnaissant leur participation en tant que travailleurs des médias.

 

  • Soutien des bailleurs de fonds et des donateurs : Les bailleurs de fonds et les donateurs devraient continuer à soutenir les initiatives de vérification des faits, en couvrant la formation, les initiatives de démarrage et les programmes de viabilité à long terme.

 

  • Durabilité à long terme : Les initiatives de vérification des faits devraient explorer des modèles de financement durables au-delà des options à court terme, afin de garantir leur viabilité à long terme.

 

  • Engagement de la communauté : Les initiatives de vérification des faits devraient étendre leur portée pour améliorer l'éducation aux médias et rechercher activement le soutien des médias, de la société civile et des défenseurs des Droits de l'Homme pour diffuser leurs résultats.

 

  • Éducation aux médias : Les universités et les écoles devraient intégrer des compétences de lecture critique dans leurs programmes, en se concentrant sur l'analyse des informations officielles, des médias de masse et des réseaux sociaux afin d'encourager l'éducation aux médias.

 

Le rapport de la FIJ souligne que les groupes de vérification des faits ont besoin de stabilité et de longévité, fondées sur un financement fiable et des bases organisationnelles solides. Ils doivent également veiller à protéger leurs vérificateurs de faits contre tout préjudice, en reconnaissant les menaces pour la sécurité physique et la santé mentale associées à ce type de travail. À une époque où l'information est un pouvoir, la lutte contre la désinformation est plus cruciale que jamais, et les vérificateurs de faits sont en première ligne dans ce combat pour la vérité et la responsabilité.

 

_____________

 

Paul est un expert britannique en communication, spécialisé dans la stratégie, le cadrage, les messages et la communication de crise. Il dispose d'une grande expérience aux Maldives et en Asie en matière de politique étrangère, de diplomatie climatique, de politique d'énergie renouvelable, de démocratie et de gouvernance. Paul a été conseiller en communication du président Mohamed Nasheed, l'aidant à se forger un profil international exceptionnel. Il est le fondateur d'Atoll Communications, une société maldivienne de relations publiques et de communication. Il est également directeur de l'Institut du Corail des Maldives.

 

Source : The battle against misinformation: New report sheds light on Asia's fact-checking landscape - Alliance for Science

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article