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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Deutsche Demos c. manifs françaises

27 Janvier 2024 Publié dans #Manifestations

Deutsche Demos c. manifs françaises

 

 

(Source)

 

 

À l'heure où j'écris, le point final aux manifestations n'a pas été posé des deux côtés du Rhin. Mais une comparaison s'impose, en espérant qu'elle puisse contribuer à la cause de la profession agricole française.

 

En Allemagne, le mouvement est parti d'un point de friction clairement identifié : la tentative du gouvernement de la coalition Ampel (feux tricolores) de ponctionner l'agriculture d'un milliard d'euros, une contribution à l'équilibre de son budget, en introduisant une taxe sur les véhicules agricoles et forestiers et supprimant une détaxe sur le gazole agricole.

 

L'association allemande des agriculteurs (DBV), l'organisation majoritaire, a rapidement pris la tête du mouvement et l'a organisé et canalisé. Les manifestations se sont déroulées dans l'ordre, avec peu de débordements, en coopération avec la police pour assurer la sécurité de tous.

 

Les organisateurs se sont aussi assurés que leur mouvement ne serait pas récupéré politiquement.

 

Des cortèges de tracteurs ont investi des villes. Les agriculteurs ont été applaudis et ont reçu le soutien de commerçants des métiers de bouche comme les boulangers et les bouchers, leurs clients, sous forme de ravitaillement.

 

Lors de la manifestation (en principe) de clôture, le lundi 15 janvier à Berlin, toutes les familles agricoles étaient sur le podium. Message : unité ! Des représentants d'autres secteurs, comme les transporteurs (également touchés) et l'hôtellerie-restauration, ont rejoint les orateurs de la profession agricole.

 

Le mouvement de protestation s'est employé à faire comprendre que « la fin de l'agriculteur, c'est la faim du consommateur », à s'allier les citoyens/consommateurs. Les revendications ont ainsi été mises dans la perspective plus large de la souveraineté alimentaire.

 

 

(Source)

 

 

En France, le mouvement a pris naissance dans le Sud-Ouest sur la base d'un ensemble de problèmes qui peut paraître diffus pour les observateurs peu avertis. Il a été précédé par une action, bon enfant, le retournement de panneaux indicateurs à l'entrée des agglomérations pour signifier qu'on marchait sur la tête. Le signal n'a pas été pris à sa juste mesure, ni par le gouvernement, ni par les organisations syndicales.

 

Les centrales syndicales ont tardé à réagir. Pour l'heure, le mouvement ne semble pas maîtrisé partout. Sur X (ex-Twitter), au moins sur ma timeline, les appels au calme et à la raison proviennent d'agriculteurs « de base », beaucoup des FranceAgritwittos.

 

Dès lors, ce qu'on voit dans les médias et sur les réseaux sociaux, ce sont surtout les odieuses images d'exactions : un acte de vandalisme dans un MacDo, l'abattage d'un arbre pour couper la circulation sur une autoroute ou l'incendie d'une MSA, etc., ainsi que les « traditionnels » déchargements de fumier et projections de lisier.

 

Si le mouvement bénéficie d'un large soutien de la population, sans doute ravie par l'expression d'un mécontentement qu'elle ne peut pas exprimer elle-même, il n'est pas sûr que ce soutien soit durable.

 

Pour l'heure, les forces de l'ordre sont en retrait par décision ministérielle ; les dirigeants syndicaux du sommet sont étonnamment discrets. L'argument de l'« agroterrorisme » prend forme, ainsi que celui du « deux poids, deux mesures ». Hélas !

 

Il y a pourtant une réponse simple : s'organiser pour éviter les débordements.

 

Dans les deux cas, le monde politique a été largement absent. Le chancelier Olaf Scholz s'est tu. Le président Emmanuel Macron a « demandé au gouvernement d’être pleinement mobilisé pour apporter des solutions concrètes aux difficultés que vous rencontrez »...

 

Le gouvernement allemand a renoncé à la taxe sur les véhicules agricoles et supprimera(it) progressivement la détaxe sur le gazole, avec un sursis pour 2024. Il n'a pas l'air de comprendre que le problème est plus profond. Les manifestations continuent.

 

Le fraichement nommé premier ministre français Gabriel Attal a pris un peu de temps. Il a présenté des mesures quatre jours après avoir rencontré la FNSEA et les JA, puis les autres organisations.

 

L'annonce des premières mesures a été faite dans le calme, au milieu d'agriculteurs à Montastruc-de-Salies en Haute-Garonne. Chapeau à tous les participants !

 

Elles donnent à penser que l'on a pris la mesure des problèmes. Seront-elles mises en œuvre efficacement et suivies d'autres mesures, compte tenu des réticences et obstructions politiciennes et administratives qui ne manqueront pas de se manifester ? Nous verrons.

 

 

(Source)

 

 

L'unité de revendication ne s'est pas faite et des exigences impossibles à satisfaire ont été formulées... La FNSEA et les JA ont appelé à la poursuite du mouvement.

 

La convergence ne s'est pas faite non plus au niveau européen, alors qu'une partie importante des problèmes auxquels sont ou seront confrontés les agriculteurs trouve son origine à Bruxelles (et Strasbourg) dans les décisions et projets de la Commission, du Conseil (les États membres) et le Parlement Européen.

 

Je formule un vœu pressant, comme bien d'autres sur les réseaux sociaux : manifestez, et exprimez-vous, dans l'honneur et la dignité.

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