Glyphosate : de l'intérêt de faire des analyses sur des femmes enceintes... militantisme
Une étude bricolée, sinon bidouillée, sur 40 femmes enceintes vivant près ou loin de champs traités (ou non) au glyphosate. Les enseignements n'auraient pas été différents si on avait mené la recherche sur des femmes non enceintes... Mais femme enceinte, égale bébé à naître, égale opportunité de faire jouer l'émotion...
Nos pérégrinations sur les sites des activistes anti-pesticides... air connu...
Voici donc « The Effect of Pesticide Spray Season and Residential Proximity to Agriculture on Glyphosate Exposure among Pregnant People in Southern Idaho, 2021 » (l'effet de la saison des pulvérisation des pesticides et de la proximité résidentielle de l'agriculture sur l'exposition au glyphosate chez les femmes enceintes dans le sud de l'Idaho, 2021) de Cynthia L. Curl, Carly Hyland, Meredith Spivak, Lianne Sheppard, Bruce Lanphear, Michael N. Antoniou, Maria Ospina et Antonia M. Calafat.
L'article est publié dans Environmental Health Perspectives. Mais nous y avons eu accès au départ sous la forme d'une copie diffusée auprès d'une « amie » (des auteurs) en vue du tapage médiatique.
Il s'inscrit dans le cadre d'une subvention de... 457,537 dollars des National Institutes of Health (NIH). Disons d'emblée qu'il y aurait eu des projets plus utiles à financer... et que la liste des auteurs nous paraît bien longue pour le travail effectué.
Voici le résumé de l'étude :
« CONTEXTE :
Le glyphosate est l'un des pesticides les plus utilisés au monde, mais on sait peu de choses sur les sources d'exposition au glyphosate chez les femmes enceintes vivant dans des régions agricoles.
OBJECTIF :
Notre objectif était d'évaluer l'exposition au glyphosate pendant la grossesse en fonction de la proximité résidentielle de l'agriculture et de la saison des traitements agricoles.
MÉTHODES :
Nous avons quantifié les concentrations de glyphosate dans 453 échantillons d'urine prélevés toutes les deux semaines sur une cohorte de 40 femmes enceintes dans le sud de l'Idaho de février à décembre 2021. Nous avons estimé l'exposition au glyphosate de chaque participante comme étant la moyenne géométrique (MG) des concentrations de glyphosate mesurées dans tous les échantillons (moyenne n = 11 échantillons/participante), ainsi que la MG des échantillons collectés pendant la "saison des traitements" (définis comme ceux collectés entre le 1er mai et le 15 août ; moyenne n = 5 échantillons/participante) et la "saison sans traitements" (définis comme ceux collectés avant le 1er mai ou après le 15 août ; moyenne n= 6 échantillons/participante). Nous avons défini les participantes qui résidaient à moins de 0,5 km d'un champ agricole activement cultivé comme vivant "près des champs" et celles qui résidaient à ≥ 0,5 km d'un champ agricole comme vivant "loin des champs" (n = 22 et 18, respectivement).
RÉSULTATS :
Parmi les participantes vivant à proximité des champs, le glyphosate urinaire a été détecté plus fréquemment et à des concentrations MG significativement plus élevées pendant la saison des traitements par rapport à la saison sans traitements (81 % contre 55 % ; 0,228 µg/L contre 0,150 µg/L, p< 0,001). En revanche, parmi les participantes qui vivaient loin des champs, ni la fréquence de détection du glyphosate ni les MG ne différaient pendant la saison des traitements par rapport à la saison sans traitements (66 % contre 64 % ; 0,154 µg/L contre 0,165 µg/L, p = 0,45). Les concentrations ne différaient pas en fonction de la proximité résidentielle des champs pendant la saison sans traitements (0,154 µg/L contre 0,165 µg/L, pour la proximité vs. éloignement, p = 0,53)
DISCUSSION :
Les concentrations urinaires de glyphosate chez les femmes enceintes vivant à proximité de champs agricoles étaient significativement plus élevées pendant la saison des traitements agricole que pendant la saison sans traitements. Elles présentaient également des concentrations urinaires de glyphosate significativement plus élevées pendant la saison des traitements que celles qui vivaient loin des champs agricoles à n'importe quel moment de l'année, mais les concentrations ne différaient pas pendant la saison sans traitements. Ces résultats suggèrent que les pulvérisations de glyphosate agricole sont une source d'exposition pour les personnes vivant à proximité des champs. https://doi.org/10.1289/EHP12768 »
Cet article plutôt long – et qui s'égare à notre sens dans des considérations sans pertinence, telle l'origine ethnique déclarée des participantes, de surcroît pour une population aussi réduite – tend(rait) à montrer en définitive qu'il y a une dérive du glyphosate lors des traitements et que, par conséquent, les personnes qui vivent près des champs ont une exposition supérieure au glyphosate, lors de la saison des traitements, du fait d'une absorption par voie respiratoire ou cutanée.
Ces résultats sont tout de même un peu surprenants, sachant que le glyphosate n'est pas connu pour dériver ou se disperser d'une autre manière (sauf peut-être adsorbé sur des poussières). Par ailleurs, on ne traite pas tous les jours pendant la saison des traitements et le glyphosate qui n'est pas éliminé directement par les selles est rapidement excrété par les urines (selon l'article, la demi-vie biologique du glyphosate est estimée à 5,5-10 heures pour l'homme, « ce qui signifie qu'un échantillon d'urine ponctuel reflète essentiellement l'exposition au cours, tout au plus, de la journée précédente »).
Il aurait été intéressant d'en dire un peu plus sur les associations (éventuelles) avec les espèces cultivées et les surfaces en culture (voir le tableau ci-dessous). Tout au plus apprend-on que l'espèce la plus cultivée est la luzerne, en majorité GM, et qu'elle est désherbée une ou deux fois par saison. Avec 22 participantes vivant « près des champs », il n'aurait pas été difficile de demander aux agriculteurs concernés leurs dates de traitement.
Les auteurs ont préféré tripoter les chiffres pour en évaluer la robustesse par rapport à d'autres critères comme l'âge, l'éducation, la taille et le revenu du ménage, etc.
En dernière analyse, cette étude n'est certes pas inintéressante, en ce qu'elle suggère des pistes pour d'autres études, mais elle relève largement du bricolage, sinon du bidouillage.
Et c'est là que se pose la question du choix de femmes enceintes comme participantes. Comme le montre le graphique mis en tête d'article, leur recrutement s'est effectué dans la durée, compliquant sans nul doute la conduite de l'essai et l'exploitation des résultats.
Les enseignements de cet article n'auraient pas été fondamentalement différents si on avait mené la recherche sur des femmes non enceintes.
À l'évidence, le but a été de susciter l'attention sur l'étude. Femme enceinte, égale bébé à naître, égale opportunité de faire jouer l'émotion...
Ce but est en partie atteint, même si – sans surprise – les « contaminations » sont très largement en dessous des doses journalières admissibles (30.000 fois aux normes américaines selon un calcul rapide) :
« Ces études et d'autres études sur l'exposition révèlent une prévalence élevée de l'exposition au glyphosate, mais à des niveaux considérés comme faibles par rapport à la plupart des critères de risque. Cependant, il n'est pas certain que ces critères soient basés sur les points finaux les plus sensibles et les plus appropriés. Une grande partie de cette discussion est centrée sur les effets cancérigènes possibles, en particulier le lymphome non hodgkinien, mais, compte tenu des recherches récentes sur les résultats à la naissance, des effets sur la reproduction peuvent également être indiqués. Outre les études épidémiologiques décrites précédemment, des preuves solides issues d'études sur des animaux de laboratoire suggèrent que l'exposition gestationnelle au glyphosate et aux GBH peut entraîner des effets indésirables, notamment des malformations congénitales, des défauts dans la spermatogenèse, une dysbiose du microbiome intestinal, et une altération transgénérationnelle des résultats reproductifs féminins probablement médiée par des changements épigénétiques (statut de méthylation de l'ADN). Collectivement, ces études sur les animaux soulignent l'importance des enquêtes incluant les personnes enceintes. »
Mais quand les auteurs citent à l'appui de leurs dires, par exemple, une étude qui, d'une part, a utilisé des doses de 2 mg (milligrammes !)/kg de poids corporel et 200 mg (200 !)/kg p.c. et que, d'autre part, ladite étude a été abondamment critiquée, on a toutes les raisons d'être inquiet... sur l'objectivité des auteurs.
Il en est de même pour une étude sur des effets transgénérationnels dans laquelle les mères se sont vu administrer... 25 mg de glyphosate/kg p.c., et ce... par voie intrapéritonéale...
Il en est de même pour cette autre étude qui a utilisé 0,5 ; 5 et 50 mg de glyphosate pur ou dans le Roundup 3 Plus/kg p.c.
Et il y a aussi la décriée étude de Carrasco et un article qui relève de la polémique.
La littérature citée à l'appui des dangereux effets du glyphosate en matière de reproduction
Dans la liste des auteurs, il y en a au moins deux qui soulèvent un « red flag ». L'un est par exemple un membre de longue date du comité scientifique du CRIIGEN, l'autre a fait un scandale au Canada.
Et il n'y a pas de déclarations sur les conflits d'intérêts...
Le lien vers l'article sous embargo donné ci-dessus renvoie... à une publication du site furieusement anti-pesticides et anti-OGM The New Lede. C'est une « Initiative du EWG » (Environmental Working Group), avec comme figure de proue Carey Gillam, pourfendeuse de Monsanto qu'elle accuse d'être à l'origine de sa disgrâce chez Reuters, et relais zélé des avocats prédateurs états-unien, y compris pour des « ...papers » publié dans un journal français bien connu.
Une copie de l'article sous embargo a donc été diffusée auprès de « bons clients ». Une telle diffusion est une pratique courante ; ce qui suscite interrogation, c'est le cercle auprès duquel il a été diffusé.
Carey Gillam a, sans surprise, joué son rôle de télégraphiste sur le blog, ainsi que dans The Guardian. Et bingo dès le deuxième paragraphe :
« L'équipe de recherche a déclaré que ces résultats étaient préoccupants, étant donné que des études récentes ont montré que l'exposition gestationnelle au glyphosate est associée à une croissance réduite du fœtus et à d'autres problèmes fœtaux. Le glyphosate a également été associé au cancer et à d'autres problèmes de santé. »
Mmes Cynthia Curl et Carly Hyland ont aussi assuré leur autopromotion dans The Conversation – qui a pour devise : « Pour une information fiable face à la désinformation »... ne riez pas ! Le titre : « Glyphosate, the active ingredient in the weedkiller Roundup, is showing up in pregnant women living near farm fields – that raises health concerns » (le glyphosate, l'ingrédient actif du désherbant Roundup, est présent chez les femmes enceintes vivant à proximité de champs agricoles, ce qui suscite des inquiétudes en matière de santé).
Tout est déjà dit dans le titre : il y a – prétendument – des inquiétudes en matière de santé,
Et, surprise... cet article a été repris le même jour par de nombreux sites...
Et vous n'êtes pas au bout de vos surprises : sur un site néozélandais, on a oublié de supprimer la mention de l'embargo. Cet article aussi a fait l'objet d'une vaste campagne de diffusion.
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