Les « pisseurs de glyphosate », le CRIIGEN et Mme Corinne Lepage rattrapée par la patrouille
En ces temps de forte agitation sur le glyphosate, la FNSEA CVL (Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles, section du Centre-Val-de-Loire) a fort opportunément remis sur la table une information importante en la publiant dans Terre de Touraine le 6 octobre 2023 : « Tests mensongers des "pisseurs" : le CRIIGEN savait ».
En chapô :
« GLYPHOSATE/ La FNSEA CVL vient d'informer les députés européens. Le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) de Corinne Lepage, proche des opposants au glyphosate, savait depuis janvier 2020, que les tests des pisseurs n'étaient pas fiables. »
Ce n'est pas le meilleur titre, ni la meilleure approche du sujet.
D'une part, il nous paraît beaucoup plus important d'apprendre que la FNSEA régionale a alerté les parlementaires européens. Son courriel du 3 octobre 2023 est reproduit sur la page référencée ci-dessus :
« Demain 4 octobre le glyphosate est à l’ordre du jour du Parlement Européen. L’EFSA, la Commission, indiquent que l’autorisation de la molécule doit être renouvelée moyennant le respect de conditions d’utilisations. Le débat va être très politique pour cette molécule symbolique.
Nous tenons à porter la démonstration comme quoi les opposants idéologiques au glyphosate n’hésitent pas à travestir la réalité pour modeler les craintes de l’opinion afin que les responsables politiques prennent des décisions allant dans leur sens. En France, mais aussi en Allemagne (lien).
[…]
Dès décembre 2019 – janvier 2020, Campagne Glyphosate savait que leur test n’était pas fiable. Malgré cela, ils ont poursuivi leur campagne avec dépôt de plainte, notamment contre l’ANSES, en s’appuyant sur une pièce à conviction (leur test), qu’ils savaient être non fiables. »
Elle avait pourtant été prévenue ! (Source)
D'autre part – et nous venons de le lire – le point important est que Campagne Glyphosate savait.
Notons encore, incidemment, avec de grands regrets, l'absence de la FNSEA nationale sur ce dossier, essentiellement porté par deux FRSEA et deux ou trois FDSEA, toutes de l'Ouest.
Mais revenons à Campagne Glyphosate. Bien sûr qu'ils savaient !
Le 21 février 2019, M. Gil Rivière-Wekstein publiait dans Agriculture et Environnement, « BioCheck, un laboratoire aux curieuses analyses », avec notamment un tableau qui ne laissait guère de place au doute.
Le 12 décembre 2019, Mme Géraldine Woessner s'appuyait sur un petit test en double analyse de la FDSEA 29 et annonçait dans le Point : « Preuve à l'appui : les glyphotests sont bidon ! ».
Mieux encore, la suspicion avait aussi été jetée sur les « glyphotests » le 29 janvier 2019, à la suite de l'innommable Envoyé Spécial, par M. Gil Rivière-Wekstein dans « Envoyé Spécial : Élise Lucet face à une avalanche de critiques ».
Nous avions aussi fait notre part sur ce site (par exemple en janvier 2022 avec d'autres éléments sur Biocheck).
Que le Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le Génie Génétique savait n'est pas non plus un scoop.
Nous devons l'information à M. Yann Kindo, « Le monde selon le Criigen » du 17 novembre 2021 :
« Air du temps oblige, la question du glyphosate et des Pisseurs Volontaires apparaît beaucoup dans les discussions de l’association au cours des dernières années. Il faut néanmoins souligner que le Criigen ne s’aligne pas complètement sur Générations Futures : lors d’ une intéressante discussion[42], ses membres expriment des doutes sur la validité des tests d’urine réalisés par l’entreprise Biocheck, dont on sait en effet qu’ils ne sont tout simplement pas fiables. »
La note 42 est le compte rendu de la réunion du conseil d'administration et du comité scientifique du CRIIGEN du 14 janvier 2020.
Cette date incite à croire que le CRIIGEN avait été alerté et saisi par une légitime inquiétude par les articles parus dans la presse, notamment celui de Mme Géraldine Woessner.
Que le CRIIGEN savait n'est somme toute qu'incident. L'important est en revanche que la discussion a impliqué Mme Aude Dessaint et M. Guillaume Tumerelle, du cabinet d'avocats Tumerelle.
M. Guillaume Tumerelle est en effet le chef d'orchestre juridique de la Campagne glyphosate, ainsi qu'en témoigne son site – dont on se demande s'il est bien légal (mais il y en a d'autres du même style promouvant des actions individuelles regroupées en action collective).
On apprend par le compte rendu de la réunion du CRIIGEN que, selon M. Guillaume Tumerelle, « la campagne nationale a été stoppée avant les articles critiques ». C'est, semble-t-il faux et, sauf erreur, les plaintes n'ont pas été retirées.
Il y a eu des suites rocambolesques à cette réunion (voir par exemple chez M. Gil Rivière Wekstein), mais les décrire serait digresser ici.
L'article de Terre de Touraine citait Mme Corinne Lepage dans son chapô, comme nous l'avons vu ci-dessus. À l'époque des événements relatés ici, elle était présidente d'honneur et membre du conseil d'administration.
Elle a choisi de répondre sur X (Twitter) :
« Je n’ai plus aucune fonction au Criigen depuis 2009! »
(Source)
Elle a essuyé une bordée de démentis. Et la nouvelle fonction de vérification par les utilisateurs a fait son œuvre.
(Source)
À notre connaissance, Mme Corinne Lepage a pris ses distances bien plus tard, quand des membres du CRIIGEN ont versé dans l'activisme et le complotisme anti-vaccin contre la Covid. Rappelons qu'il y eut aussi, en mai 2021, une sombre manœuvre de cybersquatting, qu'on ne peut certes pas imputer formellement au CRIIGEN ou à des membres du CRIIGEN.
(Source)
Mme Corinne Lepage a aussi été interpellée par Mme Géraldine Woessner – d'une manière pas vraiment opportune car elle n'est pour rien dans l'affaire de la Campagne glyphosate. En revanche, la question posée est tout à fait pertinente :
« Fabriquer sciemment des fausses preuves, dans le but de tromper la Justice (puisque près de 2000 plaintes ont été déposées par les pisseurs de #glyphosate, et sont actuellement instruites par la @justice_gouv), ça tombe sous quelle qualification, @corinnelepage ? #Glyphotests »
(Source)
Réponse (sans mise en lien avec le post d'origine) :
« Vous seriez bien inspiréS de cesser de retweeter @GeWoessner qui cite mon nom à propos d’une affaire concernant les « Pisseurs volontaires » à laquelle je suis totalement étrangère, car je n je n’ai plus de fonction au Criigen depuis que j’ai démissionné de la Présidence en 2009 »
(Source)
Et pour parfaire sa défense :
« Pour finir,j’ai créé le Criigen en 99,l ai préside jusqu en 2009 ; j’ai démissionné quand j’ai été élue et suis devenue présidente d honneur . À ce titre, je suis invitée au conseil d’administration où je ne vais quasiment jamais et de toute façon sans aucun droit de vote. »
(Source)
Laissons là Mme Corine Lepage qui nous aura démontré que... tout se plaide. Se réfute aussi.
Voici que déboule Générations Futures avec un post en réponse à... Mme Géraldine Woessner :
« La belle désinformation Mme @GeWoessner vous êtes terriblement mal renseignée sur les #glyphotest (entre autres) et @genefutures mais est-on surpris ? Les approximations ou erreurs ne semblent pas être un gros souci pour vous https://liberation.fr/checknews/2019/01/23/quel-est-le-vrai-du-faux-dans-les-critiques-de-l-emission-d-envoye-special-sur-le-glyphosate_1704353/ et »
(Source)
Ha ! Ha ! Ha ! Checknews de Libération serait le juge des élégances ?
En fait non. C'est un article qui ne traite pas des « glyphotests ». Il ne s'agit ici que d'une diversion de bas étage. De très bas étage.
Ce monde de l'activisme sent décidément très mauvais.
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