Le malheur de Théo fait le bonheur des activistes anti-glyphosate
Un Blitz médiatique avec le concours de médias complaisants initiant le mouvement panurgique de médias suivistes tente de peser sur la position du gouvernement français sur le vote à venir (le 13 octobre 2023) sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour dix ans.
Il instrumentalise un jeune homme affecté d'une grave malformation congénitale et une décision administrative qu'on aura gardée « au chaud » pendant 19 mois et qu'on a travestie.
Le Blitz médiatique a été soigneusement préparé et orchestré. Les médias complaisants – sinon complices – ont été rapidement imités par des médias suivistes qui, évidemment, ne pouvaient plus ignorer l'« information » passé un certain stade.
Speedy Gonzalez, en l'occurrence, semble être France Info qui titre : « Glyphosate : un lien entre malformations et exposition prénatale à ce désherbant est reconnu par le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides, une première mondiale ».
En chapô :
« La commission d'indemnisation des enfants victimes d'une exposition prénatale aux pesticides a établi un lien de causalité entre l'exposition au glyphosate de Sabine G[...], alors qu'elle était enceinte, et la maladie de son fils. »
C'est faux, mais l'effet est garanti.
Médaille d'argent, le Monde, bien sûr de M. Stéphane Foucart, avec « Glyphosate : Théo G[...], porteur de graves malformations après une exposition prénatale, sera indemnisé »
Là encore, le lien de cause à effet est explicite. En chapô :
« Les experts du Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides ont reconnu un lien entre l’utilisation de l’herbicide controversé pendant la grossesse de la mère et la maladie de l’enfant, aujourd’hui âgé de 16 ans. Une première en France. »
Toujours le lien...
Mais voici ce qu'on lit dans le texte :
« Près de seize ans plus tard, le 10 mars 2022, les experts du Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) ont reconnu "la possibilité du lien de causalité entre la pathologie de l’enfant et l’exposition aux pesticides durant la période prénatale du fait de l’activité professionnelle de l’un ou des deux parents", ouvrant ainsi droit à l’indemnisation de la famille, à hauteur d’environ un millier d’euros par mois. Le versement sera effectué par la Mutualité sociale agricole, la sécurité sociale des agriculteurs. C’est la première fois en France que l’herbicide est officiellement considéré comme une cause potentielle de malformations congénitales. »
Apportons une précision sur les 16 ans : ils ne sont pas dus à une longue bataille avec une administration réticente, comme on pourrait le supposer, mais au fait que le Fonds n'a été créé qu'en 2019, par la loi n° 2019-1146 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020. Le décret d'application, n° 2020-1463 du 27 novembre 2020 relatif à l'indemnisation des victimes de pesticides, a ouvert la possibilité d'indemniser des cas survenus avant la mise en place de ce dispositif. Pour ce qui nous intéresse ici, il prévoit :
« La commission se prononce sur le lien de causalité entre la pathologie de l'enfant et l'exposition aux pesticides durant la période prénatale du fait de l'activité professionnelle de l'un des parents. »
Mais on ne peut que remercier M. Stéphane Foucart d'avoir été précis et d'avoir cité un élément de la décision : ce n'est pas un lien de causalité avéré, mais « la possibilité du lien de causalité », et le mot « reconnu » étant en dehors de la citation, il faut en conclure qu'il n'a pas été utilisé par l'organe de décision.
La décision a donc été prise le 10 mars 2022... et rendue publique par les intéressés le 9 octobre 2023.
Nous n'entrerons pas dans les propos, en principe explicatifs, de Mme Sabine G.
Mais une annonce en mars 2022 n'aurait pas eu le même effet qu'une annonce à quatre jours du vote que les États membres doivent donner à Bruxelles pour ou contre un renouvellement de l'approbation du glyphosate pour une nouvelle période de 10 ans. Surtout une annonce bien « mise en scène »...
Les journaux suivistes ont pour beaucoup adopté des titres incorrects et trompeurs. Signalons – du bon côté – le Quotidien du Médecin et son « Glyphosate : premier patient indemnisé pour malformations congénitales, le lien de causalité reconnu possible ».
Des chaînes de télévision – notamment France 2 aux informations de 20 heures du 9 octobre 2023 et M6 au 12:45 du 10 – ont aussi diffusé une séquence avec Mme Sabine G. et Théo à faire pleurer dans les chaumières.
Peser sur le vote, au moins français, c'est bien l'objectif clairement affiché selon, par exemple, le Quotidien du Médecin.
France Info, toujours lui, bon porte-voix du lobbying anti-glyphosate, a du reste produit un autre article, très explicite : « Glyphosate : "Il faut à tout prix arrêter ce produit, pour éviter de nouvelles victimes", alerte la mère de Théo, atteint d'une malformation à cause du pesticide ».
Cela n'a pas laissé indifférent un Olivier Véran, porte-parole du Gouvernement, dont on se demande s'il a exprimé une position gouvernementale ou personnelle. France Info titre en effet : « Glyphosate : Olivier Véran veut "supprimer totalement et de manière générale les pesticides dont on suspecte un rôle négatif sur la santé" ».
La position gouvernementale, telle qu'elle a été exprimée ce 10 octobre 2023, est d'une clarté plutôt obscure :
« "La France considère qu'il n'y a pas vocation à reconduire pendant dix ans, en faisant comme s'il n'y a pas des alternatives qui se développent, l'utilisation du glyphosate", a martelé le porte-parole du gouvernement. "Encore faut-il qu'il y ait des alternatives partout", a-t-il nuancé.
"Parce que si vous laissez les agriculteurs sans alternative, vous me réinviterez pour me dire que la France n'est plus capable de fournir des fruits et légumes et que l'on achète des produits au Maghreb remplis de glyphosate", a expliqué Olivier Véran. "Il faut une solution scientifique rationnelle, on est en train de la développer, on est en train de la mettre en place", a assuré Olivier Véran.
Quel artiste !
L'atrésie de l'œsophage est une malformation congénitale qui consiste en l'interruption de l'œsophage. Il présente donc deux culs-de-sac, pour la partie qui est reliée à la bouche et pour la partie reliée à l'estomac. Elle est fréquemment associée à une fistule œsophage-trachée (une connexion anormale). En France, on recense environ 200 cas par an selon le professeur qui a opéré l'enfant (un enfant sur 2.500 à 3.500 selon Wikipedia).
Selon le Quotidien du Médecin,
« La Pr Béatrice Fervers, membre de la commission et cheffe du département Prévention Cancer Environnement du centre Léon-Bérard à Lyon, explique que "juger de la présomption du lien entre l'exposition prénatale à des pesticides et des malformations n'a pas toujours été facile. En l'absence d'un tableau de maladie professionnelle, ou d'une classification de tératogénicité, nous avons dû revenir à l'examen de la littérature scientifique". La spécialiste cite notamment l'expertise collective Inserm de juin 2021. »
Il va de soi que, sauf exception comme les effets de l'alcoolisme maternel sur le bébé, un lien de cause à effet ne peut pas être établi dans un cas individuel.
Dans ce cas précis, il y aurait eu un effet à partir d'une application unique de glyphosate...
La littérature – et en particulier la littérature militante – n'est pas diserte sur les liens entre atrésie de l'œsophage et glyphosate.
Il y a bien Wikipedia en français (mais pas en allemand, anglais et en espagnol). « … le glyphosate (ou le roundup, c'est-à-dire le glyphosate associé à ses additifs) et d'autres produits pesticides font partie des produits suspectés de pouvoir induire cette malformation. », avec pour référence mise en lien... Marie-Monique Robin...
Bref, ce qu'on lit généralement, est que les causes de l'atrésie de l'œsophage ne sont pas connues.
On peut trouver étonnant que d'autres cas n'aient pas été signalés à la suite du ramdam autour de Théo. Et donc penser que si le glyphosate avait un effet reconnu, ou même suspecté, France Info n'aurait pas titré : « ...une première mondiale ».
Si l'INSERM a fait une revue de la littérature scientifique, on ne peut que constater qu'il n'y a pas eu beaucoup de poissons dans le chalut.
Une recherche avec « prénatal » livre « Maternal residential exposure to specific agricultural pesticide active ingredients and birth defects in a 2003-2005 North Carolina birth cohort » (exposition résidentielle de la mère à des matières actives spécifiques de pesticides agricoles et malformations congénitales dans une cohorte de naissance de 2003 à 2005 en Caroline du Nord) de Kristen M. Rappazzo, Joshua L. Warren, Angel D. Davalos, Robert E. Meyer, Alison P. Sanders, Naomi C. Brownstein, Thomas J. Luben (manuscrit). C'est sur quelque 300.000 naissances, l'exposition étant définie comme des cultures à moins de 500 mètres.
Le glyphosate n'y est mentionné dans le résumé que pour une association positive avec un problème cardiaque, la communication interauriculaire. L'étude évoque aussi la fistule trachéo-œsophagienne, mais pas en relation avec le glyphosate (et relève qu'elle survient, comme d'autres anomalies, plus fréquemment chez les mères âgées).
Une recherche avec « térato » livre un article de Paganelli et al. (2010) sur des têtards de Xenopus laevis et des poulets et deux articles de Dallegrave et al. (2003 et 2007).
Sauf erreur, le premier, c'est Andrés Carrasco, une étude très fortement contestée. La deuxième, sur des rates Wistar, utilisait des doses de 500, 750 et 1.000 mg/kg de glyphosate du jour 6 au jour 15 ! La troisième n'était guère plus raisonnable avec 50, 150 et 450 mg/kg de glyphosate. Pour rappel : notre imprégnation, mesurée à partir des analyses d'urine, est de l'ordre du microgramme.
Curieusement – ou peut-être pas – l'expertise collective ne cite pas « Glyphosate and adverse pregnancy outcomes, a systematic review of observational studies » (glyphosate et effets indésirables sur la grossesse, une revue systématique des études observationnelles) de Jessica S. A. de Araujo, Isabella F. Delgado et Francisco J. R. Paumgartten. Conclusion prudente :
« Les preuves épidémiologiques actuelles, bien que limitées à quelques études utilisant des estimations non quantitatives et indirectes et une analyse dichotomique des expositions, ne confirment pas les inquiétudes du public selon lesquelles les pesticides à base de glyphosate pourraient présenter des risques pour le développement de l'enfant à naître. Néanmoins, en raison des limites méthodologiques des études d'observation analytiques existantes, et en particulier de l'absence de mesure directe (niveaux dans l'urine et/ou le sang) ou d'estimation indirecte de l'exposition qui se soit avérée valide, ces résultats négatifs ne peuvent pas être considérés comme une preuve définitive que le GLY, aux niveaux actuels d'exposition professionnelle et environnementale, ne présente aucun risque pour le développement humain et la reproduction.
Mais admettons que l'expertise collective ne cite pas non plus « Teratogenic Effects of Glyphosate-Based Herbicides: Divergence of Regulatory Decisions from Scientific Evidence » (effets tératogènes des herbicides à base de glyphosate : divergence entre les décisions réglementaires et les preuves scientifiques) de M. Antoniou, M.E.M. Habib, C.V. Howard, R.C. Jennings, C. Leifert, R.O. Nodari, C.J. Robinson et J. Fagan... un bel échantillonnage de militants, ergotant sur des résultats d'essais utilisant aussi des doses invraisemblables.
Cela pose question, à notre sens, sur la valeur de l'expertise collective, et surtout sur son exploitation à des fins administratives et son instrumentalisation à des fins militantes.
Mais le pire est encore l'instrumentalisation d'un jeune homme atteint d'une lourde malformation congénitale.
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