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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Étude sur la disparition des insectes : l'agriculture n'est-elle finalement pas responsable ?

3 Octobre 2023 Publié dans #Article scientifique, #Biodiversité, #Climat

Étude sur la disparition des insectes : l'agriculture n'est-elle finalement pas responsable ?

 

Peter Laufmann, AGRARHEUTE*

 

 

© stock.adobe.com/ Christine

Les agriculteurs sont souvent critiqués pour la dispar des insectes. Une nouvelle étude semble les disculper.

 

 

Selon une nouvelle étude, la météo est le principal responsable de la disparition des insectes. Mais la méthodologie fait l'objet de critiques. Et la question demeure : que peuvent faire les agriculteurs pour la biodiversité si les insectes sont décimés par la météo ?

 

 

La météo est responsable de la disparition des insectes. C'est la conclusion d'une étude de l'écologue Jörg Müller de l'Université de Würzburg. Dans la revue Nature, il rapporte que ni les produits phytosanitaires, ni la perte d'habitat ne sont la cause principale de la disparition des insectes. C'est ce qu'aurait révélé une analyse des données météorologiques. Est-ce un acquittement pour les agriculteurs ? Ce n'est pas si simple. Car cette étude fait également l'objet de critiques. Mais elle montre qu'il serait trop facile d'accuser les agriculteurs de tous les maux dont souffre la nature.

 

 

L'agriculture a toujours été au centre des critiques

 

Il y a six ans, l'étude dite de Krefeld avait fait sensation. Elle a permis pour la première fois de prendre conscience de la perte considérable d'insectes. Cette étude était déjà sous le feu des critiques en raison de sa méthodologie. D'autres études sont venues s'y ajouter entre-temps. Parmi d'autres points, l'agriculture moderne était considérée comme la cause principale. L'utilisation de produits phytosanitaires, le manque de structures dans le paysage et l'intensification des cultures seraient les tueurs des coléoptères et de leurs semblables. Les agriculteurs critiquent le fait que la question des contraintes économiques soit rarement posée dans le débat.

 

 

La disparition des insectes est liée aux conditions météorologiques

 

Les chercheurs de Würzburg semblent désormais soulager l'agriculture. L'étude a été motivée par une biomasse élevée d'insectes en 2022. En comparant les données météorologiques et les insectes trouvés au cours des 27 dernières années, il s'est avéré que l'on pouvait en grande partie attribuer la disparition aux conditions météorologiques. Un hiver chaud et peu pluvieux a donc entraîné une diminution du nombre d'insectes. Tout comme un été humide et frais. Cela freine également l'activité. Cela signifie quelque chose comme : lorsque le temps est maussade, moins d'insectes volent et moins sont capturés.

 

Dans cet article, les chercheurs expliquent leur démarche et leurs conclusions.

 

 

Les chercheurs ne dégagent pas les agriculteurs de leur responsabilité dans la disparition des insectes

 

Les chercheurs considèrent ainsi le changement climatique comme un facteur important dans le débat sur la disparition des insectes. Celui-ci explique également les variations de la biomasse d'insectes sur une plus grande zone et différents habitats. Ainsi, dans une étude réalisée en 2019 en Bavière, on avait trouvé des biomasses d'insectes aussi élevées dans les surfaces agricoles intensives que dans les prairies et les forêts. Toutefois, le nombre d'espèces présentes dans les zones agricoles était nettement inférieur.

 

 

L'utilisation des terres comme variable d'ajustement, la protection du climat indispensable

 

Enfin, les chercheurs de Würzburg considèrent également l'utilisation des sols comme une variable d'ajustement importante pour enrayer la disparition des insectes. Les petites populations sont particulièrement vulnérables lorsque le mauvais temps s'en mêle. La perte de biodiversité et le changement climatique sont étroitement liés. C'est pourquoi la protection du climat est indispensable.

 

 

Cette étude sur la disparition des insectes est aussi critiquée

 

D'autres chercheurs estiment que le message de Würzburg est dévastateur. Ils s'expriment dans le Science Media Center. « Le message principal de l'étude actuelle est absolument fatal et n'aurait pas dû être publié par Nature sous cette forme », déclare M. Christoph Scherber de l'Institut Leibniz pour l'Analyse du Changement de la Biodiversité à Bonn. Il est clair que la météo est un facteur de la disparition des insectes. Mais cela ne rendrait pas les autres causes insignifiantes. Des études auraient prouvé que la fertilisation, la protection des plantes et le travail du sol avaient une influence.

 

L'écotoxicologue Carsten Brühl de l'Université Technique de Kaiserslautern-Landau en Rhénanie-Palatinat fait remarquer que la pratique agricole dépend également des conditions météorologiques. Le regard porté sur la météo pourrait donc correspondre au recul des insectes, mais il exclurait tout autant d'autres facteurs.

 

______________

 

* Peter Laufmann travaille comme chef de texte à la rédaction d'AGRARHEUTE. Le rédacteur et auteur travaille depuis de nombreuses années dans le journalisme environnemental et scientifique. Son intérêt porte régulièrement sur le grand écart entre l'utilisation et la protection des ressources naturelles.

 

Source : Studie zum Insektensterben: Ist die Landwirtschaft doch nicht schuld? | agrarheute.com

 

° o 0 o °

 

Ma note : L'étude, c'est « Weather explains the decline and rise of insect biomass over 34 years » (les conditions météorologiques expliquent le déclin et l'augmentation de la biomasse des insectes sur 34 ans) de Jörg Müller, Torsten Hothorn, Ye Yuan, Sebastian Seibold, Oliver Mitesser, Julia Rothacher, Julia Freund, Clara Wild, Marina Wolz et Annette Menzel.

 

En voici le résumé (découpé) :

 

Les insectes jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes. Le déclin de plus de 75 % de la biomasse d'insectes dans les zones protégées au cours des dernières décennies en Europe centrale [1] et ailleurs [2,3] a alarmé le public, poussé les décideurs [4] et stimulé la recherche sur les tendances des populations d'insectes. Cependant, les facteurs de ce déclin ne sont pas encore bien compris.

 

Ici, nous avons réanalysé 27 années de données de biomasse d'insectes de Hallmann et al. [1], en utilisant des informations spécifiques à l'échantillon sur les conditions météorologiques pendant l'échantillonnage et les anomalies météorologiques pendant le cycle de vie des insectes.

 

Ce modèle a permis d'expliquer la variation du déclin temporel de la biomasse d'insectes, y compris une augmentation observée de la biomasse au cours des dernières années, uniquement sur la base de ces variables météorologiques.

 

Notre constatation que la biomasse des insectes terrestres est largement déterminée par des conditions météorologiques complexes remet en question les hypothèses précédentes selon lesquelles le changement climatique est plus critique dans les tropiques [5,6] ou que les conséquences négatives dans la zone tempérée ne se produiront qu'à l'avenir [7] [Harvey, J. A. et al. Scientists’ warning on climate change and insects. Ecol. Monogr. 93, ecm.1553 (2022)] .

 

Malgré l'augmentation récente de la biomasse observée, on peut s'attendre à ce que de nouvelles combinaisons de conditions météorologiques pluriannuelles défavorables menacent davantage les populations d'insectes dans le cadre d'un changement climatique continu.

 

Nos résultats soulignent également la nécessité de poursuivre les recherches sur le changement climatique en ce qui concerne les mécanismes physiologiques affectés par les conditions et les anomalies météorologiques annuelles. »

 

Notons que les auteurs se sont placés dans notre avant-dernier paragraphe dans un contexte d'effets négatifs. Visiblement les gesticulations actuelles l'ont emporté sur la rigueur scientifique : les «  nouvelles combinaisons de conditions météorologiques pluriannuelles » auront sans aucun doute des effets complexes, y compris positifs pour certaines espèces.

 

Les auteurs ont donc retravaillé les données d'une étude (Hallmann et al.) que nous avons beaucoup critiquée sur ce blog, avec des contributions d'autres auteurs.

 

M. Philippe Stoop avait suggéré qu'une évolution en deux parties (la régression linéaire étant manifestement problématique) pouvait s'expliquer par un changement du protocole de recueil des échantillons. L'article dans Nature est évidemment derrière un péage, donc impossible de vérifier comment les auteurs ont traité ce problème.

 

Voici un graphique issu du document explicatif en allemand :

 

 

Attention : l'échelle de l'ordonnée est logarithmique.

 

 

Enfin, cette étude a fait l'objet de huit commentaires dans un Science Media Center Germany.

 

° o 0 o °

 

Complément à la note : Un tel site ou une structure similaire devait être instauré en France selon le rapport annexé à la loi n° 2020-1674 du 24 décembre 2020 de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l'enseignement supérieur :

 

« […] Les actions suivantes seront lancées dans les premières années de la LPPR :

 

  • créer, à l'instar d'autres pays (Allemagne, Australie, Japon, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni), une dynamique d'actions ou un réseau " Science et médias ", qui pourrait être territorialisé par un nombre limité d'initiatives organisées autour de l'université locale et de ses partenaires, pour développer les relations et permettre la mise en contact rapide entre journalistes et chercheurs, favoriser l'accès des citoyens à une information scientifique fiable et accroître l'apport d'éclairages scientifiques dans les débats publics sur les grands sujets actuels. Pour accompagner et soutenir les créations de contenus, l'Agence nationale de la recherche renforcera ses partenariats avec les acteurs publics de l'audiovisuel (Radio France, France Médias Monde, France Télévisions, Centre national du cinéma et de l'image animée, Institut national de l'audiovisuel) afin de collaborer sur des actions et appels à projets communs de diffusion dans la société de la culture et des métiers scientifiques, de vulgarisation des connaissances scientifiques et de médiatisation de la controverse scientifique [...] »

 

On sait que cette initiative a été vivement combattue par certains journalistes d'un journal dont même la date est fausse.

 

Qu'est-il devenu des projets ?

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