Allemagne : selon l'Agence Fédérale de l'Environnement, l'UE induit en erreur avec ses calculs phytosanitaires
Johanna Michel, AGRARHEUTE*
© imago/blickwinkel
L'agriculture regarde avec beaucoup d'inquiétude les plans de l'UE pour la réduction des produits phytosanitaires (SUR). L'Agence Fédérale allemande de l'Environnement (UBA) affirme au contraire que les calculs selon le SUR conduiront à des économies qui n'existent que sur le papier et non dans les champs.
Pour l'Agence Fédérale de l'Environnement, l'objectif de l'UE en matière de réduction des produits phytosanitaires est loin d'être suffisant. La faute à la méthode de calcul qui, au final, indique des économies là où il n'y en a pas.
Malgré la majorité de la commission de l'environnement de l'UE en faveur d'une réduction encore plus drastique des produits phytosanitaires, obtenue mardi (24 octobre) lors du vote en commission, l'Office Fédéral de l'Environnement (UBA) estime que les plans d'économie des produits phytosanitaires sont menacés.
La méthode de calcul prévue dans le règlement sur l'utilisation durable des produits phytosanitaires (SUR) est critiquée. Elle serait trompeuse. Des substances actives qui ne sont plus du tout autorisées seraient pondérées rétroactivement et de manière trop élevée. L'UBA poursuit : « Des chiffres de vente en baisse indiqueraient ainsi une diminution de tendance qui n'a pas lieu dans les champs. »
Le calcul de la réduction des produits phytosanitaires conduirait finalement à ce que l'objectif de réduction de moitié soit atteint peu de temps après l'adoption du SUR, sans qu'il y ait de réduction réelle.
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© Umweltbundesamt
Chiffres de vente des produits phytosanitaires dans l'UE (à gauche) et réduction des risques liés aux produits phytosanitaires qui en découle, selon l'Office Fédéral de l'Environnement.
Le président de l'UBA, Dirk Messner, explique : « La position qui vient d'être adoptée en commission présente [...] encore des points faibles décisifs, à commencer par la méthode qui doit permettre de mesurer les progrès. Il faudrait y apporter des améliorations. » Du point de vue de l'autorité, la méthode de calcul pour la réduction de l'utilisation de produits phytosanitaires vide le règlement de son sens. Le calcul fait apparaître une diminution alors qu'il n'y en a pas eu en réalité. La méthode n'est pas scientifiquement justifiée.
Concrètement, l'UBA fait référence à l'utilisation du « Harmonised Risk Indicator ». Tant la Commission Européenne que la commission de l'environnement du Parlement Européen veulent utiliser cet indicateur pour calculer la réduction des produits phytosanitaires d'ici 2030. Il se fonde uniquement sur les quantités vendues.
La critique de l'UBA ne vise pas le fait que les produits phytosanitaires vendus ne sont pas nécessairement équivalents aux produits phytosanitaires utilisés – l'argument suivant est plutôt avancé : « Plus un pesticide est efficace et donc toxique, plus ses quantités utilisées et vendues sont faibles et donc sa contribution mathématique au risque global. Conséquence : les insecticides très efficaces et toxiques n'entrent pratiquement pas dans le calcul. »
Les substances actives d'origine naturelle, comme le soufre, devraient être utilisées en bien plus grande quantité pour être efficaces. En raison de la méthode de calcul, elles se trouveraient toutefois en tête de la liste des produits phytosanitaires les plus dangereux. Selon l'UBA, les quantités vendues devraient être multipliées par des facteurs de pondération compréhensibles afin de refléter correctement la dangerosité d'une substance active.
De plus, la méthode de calcul conduit à une pondération particulièrement élevée des substances actives dont l'autorisation arrive à échéance. En effet, il faut s'attendre à ce que les chiffres de vente tombent à zéro. Le risque calculé diminue alors brusquement, ce qui est considéré comme un énorme succès. Comme le montre le graphique de l'UBA, selon l'examen de l'autorité, les substances actives non autorisées du groupe 4 sont même les seules dont les ventes sont en baisse.
Outre l'UBA, la Cour des Comptes Européenne a également mis en doute la pertinence de l'indicateur par le passé, fait savoir l'Office Fédéral de l'Environnement.
Fin novembre, le Parlement Européen sera le prochain à voter sur les rapports de la commission de l'environnement et de la commission de l'agriculture, compétentes en la matière, concernant le SUR. Le règlement prévu divise le Parlement. Début octobre, la commission agricole avait exigé dans son avis des améliorations et un report pour atteindre la réduction de moitié des produits phytosanitaires de 2030 à 2035.
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* Johanna Michel travaille depuis 2020 comme rédactrice cross-média chez AGRARHEUTE. Employée spécialisée dans les services des médias et de l'information, elle a d'abord travaillé dans l'administration du Bundestag allemand et a suivi, en parallèle, des études d'agronomie à l'Université Humboldt de Berlin. Au sein du Département Exploitation et Marché, elle s'intéresse particulièrement à la mise en œuvre des décisions de politique agricole en raison de ses connaissances en matière de législation.
Source : Umweltbundesamt: EU führt mit Pflanzenschutz-Rechnungen in die Irre | agrarheute.com
1. On a ici une idée de l'absurdité de la proposition de règlement – un instrument qu'on appelle d'ailleurs de plus en plus « loi ». Quel est l'objectif poursuivi ? Réduire la « dangerosité » ou les quantités ? Rappelons qu'il n'y a pas eu d'étude d'impact sérieuse.
2. On a ici aussi une idée de l'absurdité des positions des instances gouvernementales chargées de l'environnement, et leur extrémisme. L'élimination des pesticides les plus préoccupants fait-il baisser l'indicateur harmonisé de risque – et sans doute augmenter le volume des pesticides moins préoccupants, car il faut bien protéger les cultures ? Ce n'est pas suffisant.
3. On ne peut qu'être choqué par l'extraordinaire méconnaissance des réalités de la phytomédecine. « Plus un pesticide est efficace et donc toxique, plus ses quantités utilisées et vendues sont faibles... » ? L'efficacité n'est pas liée à la toxicité, ni à la dose d'emploi.
4. Et un calcul de la réduction des produits phytosanitaires qui ne serait pas « scientifiquement justifié » ? De qui se moque-t-on ?
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