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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Génie génétique : ce qu'il faut savoir – questions à Ludger Weß

17 Juillet 2023 Publié dans #Biotechnologies, #OGM, #NGT, #Willi l'Agriculteur, #Ludger Wess

Génie génétique : ce qu'il faut savoir – questions à Ludger Weß

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

J'ai posé quelques questions sur l'amélioration des plantes (sélection), et plus particulièrement sur les méthodes modernes de sélection, à Ludger Weß, que je connais personnellement et que j'apprécie, car il sait des choses que je ne sais pas. Ludger a étudié la chimie et la biologie à l'Université de Münster et a ensuite travaillé pendant quatre ans comme chercheur en biologie moléculaire du développement à l'Université de Brême. Il est également auteur de livres, principalement sur la génétique et la biotechnologie. Nous échangeons de temps en temps, car il s'intéresse à l'agriculture pratique. Nous formons donc un bon binôme. La photo nous montre tous les deux dans notre ferme à l'époque de la Covid-19. D'où la distance...

 

 

J'ai l'impression que, ces derniers temps, on discute à nouveau plus intensément du génie génétique vert, et surtout des nouvelles méthodes de sélection. Est-ce une vue de l'esprit ? Si ce n'est pas le cas, pourquoi en est-il ainsi ?

 

Cela est dû à l'annonce des projets de la Commission Européenne, qui veut mettre sur un pied d'égalité juridique les plantes produites par ce que l'on appelle l'édition du génome et celles produites par la sélection classique de mutations. Celle-ci est une forme de sélection des plantes, que nous pratiquons depuis près de 100 ans, et qui modifie d'un seul coup des milliers de gènes au moyen d'une irradiation ou d'un bain de produits chimiques provoquant des mutations, ce qui ne produit pas seulement les propriétés souhaitées, mais aussi de très nombreuses propriétés indésirables, voire nuisibles pour les consommateurs. Ces plantes doivent ensuite être péniblement croisées à nouveau. Cela peut prendre jusqu'à 12 ans. Avec l'édition du génome (les « ciseaux génétiques »), il est possible d'obtenir la propriété souhaitée en modifiant avec précision un ou quelques gènes, sans s'exposer aux nombreux inconvénients de la sélection par mutation classique. D'ailleurs, la sélection par mutation classique est aussi considérée juridiquement comme du génie génétique, mais elle ne doit pas être étiquetée jusqu'à présent, car le législateur a estimé qu'elle s'est avérée sûre au cours des dernières décennies.

 

 

Les partisans et les adversaires de CRISPR/Cas9 n'ont pour l'essentiel pas de nouveaux arguments. Alors que d'un côté, les chances sont soulignées, les opposants argumentent sur les risques. Les ciseaux génétiques présentent-ils un risque ? Les êtres vivants ainsi créés mettent-ils en danger notre vie, notre environnement ? Existe-t-il des preuves à ce sujet ?

 

Il existe des centaines d'études à ce sujet, qui affirment toutes que les variétés produites par les ciseaux génétiques ne présentent pas de risques plus importants que les variétés produites par la sélection classique. Le risque que cette méthode entraîne des modifications génétiques non prévues et non souhaitées est même inférieur à celui de toutes les autres méthodes. Le risque souvent évoqué que les nouvelles caractéristiques de ces plantes puissent se transmettre à d'autres variétés existe également pour toutes les autres variétés. Si, par exemple, je mets sur le marché une nouvelle variété dotée d'une résistance à des virus, le risque de transmission de cette résistance ne dépend absolument pas du fait que le gène de résistance aux virus en question ait été introduit par la sélection classique, par la sélection par mutation ou par les ciseaux génétiques.

 

 

Les opposants à la sélection moderne sont en majorité des ONG. Si on lit les pages de Testbiotech, de Deutsche Umwelthilfe ou de Greenpeace, les arguments sont identiques. Quels sont les intérêts de ces associations ?

 

Dans les années 1980, Greenpeace était très favorable au génie génétique vert, car l'organisation de protection de l'environnement y voyait une chance de réduire l'utilisation d'insecticides. C'était tout à fait dans l'esprit de Rachel Carson, la grande pionnière de la protection de l'environnement. Mais le vent a ensuite tourné et on a découvert qu'il était possible d'obtenir de bons résultats en termes de dons en menant des campagnes contre les grandes entreprises de l'industrie chimique. Lorsque l'action en canot pneumatique contre un cargo de « soja génétiquement modifié » dans le port de Hambourg a eu un grand écho médiatique, Greenpeace a dès lors joué la carte de l'anti-génétique – d'autant plus que l'ensemble du génie génétique, y compris celui utilisé en médecine, était alors considéré comme extrêmement dangereux par les écologistes. On prétendait que la fabrication de médicaments par génie génétique était également très risquée et avait le potentiel d'une super catastrophe biologique. Il existait à ce sujet des expertises dites « indépendantes » – tout comme aujourd'hui. Certains lecteurs se souviennent peut-être encore de la lutte des Verts contre la production d'« insuline génétique » chez Hoechst à Francfort. Gerhard Schröder a ensuite balayé l'opposition au génie génétique en médecine au sein de la coalition rouge-verte, mais il a laissé à son partenaire de coalition le génie génétique dans l'agriculture comme terrain de jeu, pour ainsi dire. D'autres organisations de protection de l'environnement comme le BUND, l'Umweltinstitut München (institut de l'environnement de Munich) ou l'Umwelthilfe (aide à l'environnement) ont ensuite pris le train en marche et ont remarqué que les dons affluaient lors des campagnes contre le génie génétique. D'un point de vue cynique, le porte-monnaie des donateurs s'ouvre le plus largement lorsqu'ils ont peur pour leur propre santé ou celle de leurs enfants. Dans le cas de Testbiotech, il faut encore ajouter que cette petite association est maintenue en vie principalement grâce aux dons de fondations et d'entreprises de l'agriculture biologique ou de chaînes de magasins bio, ainsi que de donateurs anthroposophes. Et ces derniers sont clairement opposés au génie génétique. L'association au nom pompeux d'« Institut für unabhängige Folgenabschätzung in der Biotechnologie » (institut d'évaluation indépendante des conséquences de la biotechnologie) dépend donc en réalité entièrement de donateurs qui ont un intérêt financier ou idéologique à lutter contre le génie génétique. En interne, Greenpeace a toujours eu des débats pour savoir si son opposition radicale au génie génétique n'était pas une erreur, mais l'organisation s'est tellement manoeuvrée dans un coin avec sa position qu'elle ne peut plus en sortir sans perdre la face. Une approche différenciée des ciseaux génétiques aurait été une solution, mais la discussion n'a pas eu lieu. Il est plus facile de s'en tenir à ce qui a fait ses preuves que d'évoluer.

 

 

Ce que je ne comprends pas, c'est que la méthode traditionnelle de la mutagénèse par irradiation ou par des produits chimiques est relativement « brutale » et non ciblée. Avec les ciseaux génétiques, on peut modifier des choses de manière très ciblée. Et si les ciseaux génétiques sont considérés comme du génie génétique, la sélection conventionnelle ne devrait-elle pas l'être également ?

 

C'est ce que j'ai déjà essayé d'expliquer plus haut. Il est complètement illogique d'accepter la sélection par mutation, bien qu'elle provoque beaucoup plus de chaos et de dégâts dans le génome des plantes, et de rejeter les ciseaux génétiques, beaucoup plus précis. La folie devient complète si on imagine que de nombreux aliments sur lesquels est apposé le logo « sans OGM » contiennent en réalité des OGM. Je m'étonne toujours, par exemple, de la bière bio prétendument sans OGM, car il n'y a pas d'orge brassicole dans toute l'Europe qui n'ait pas été produite à l'aide de la sélection par mutation, considérée juridiquement comme du génie génétique. Je pense qu'il s'agit d'une tromperie du consommateur.

 

 

L'autre jour, on a discuté sur mon blog de la possibilité d'intégrer directement dans l'ADN humain des gènes provenant de produits alimentaires. En l'état actuel des connaissances, ce n'est certainement pas le cas. Quel est alors le sens de l'étiquetage du lait comme « sans OGM », par exemple ? Le fourrage, qui pourrait éventuellement être génétiquement modifié, doit encore passer par la vache. Un lait sans OGM est donc totalement absurde.

 

J'ai suivi la discussion. Elle reposait sur des malentendus parfois grotesques sur la biologie. Les gènes issus de l'alimentation ne sont pas intégrés dans l'ADN humain. Il existe certes des exemples dans l'histoire de l'évolution où des gènes de virus ou d'autres parasites ont trouvé leur chemin dans le génome humain ou celui des ancêtres, mais nous parlons ici d'infections et de périodes de centaines de milliers ou de millions d'années. Si les gènes de l'alimentation pouvaient trouver aussi facilement leur chemin vers notre génome, nous aurions certainement déjà des feuilles qui poussent au lieu de cheveux et nous ferions de la photosynthèse. Quant au lait sans OGM, je pense qu'il s'agit là aussi d'une tromperie du consommateur. Il n'y a pas de bétail génétiquement modifié. L'appellation indique seulement si les animaux ont mangé avant la traite des aliments dans lesquels se trouvaient des plantes ou des parties de plantes qui ont été produites à l'origine avec le génie génétique. Et si cela était effectivement si dangereux, pourquoi les personnes qui ont par exemple mangé des aliments génétiquement modifiés aux États-Unis ou qui ont été traitées avec des médicaments génétiquement modifiés en Allemagne peuvent-elles encore donner leur sang sans qu'un avertissement ne figure ensuite sur la poche de sang ? Selon la terminologie des opposants aux OGM, le sang des personnes qui, avant de donner leur sang, ont mangé une barre chocolatée contenant du sucre issu de betteraves sucrières génétiquement modifiées est du « sang génétique ».

 

 

Est-il vrai que pour les produits sans OGM, une tolérance de 0,9 % de mélange avec des organismes génétiquement modifiés est autorisée ? Dans ce cas, la publicité est en fait une tromperie du consommateur.

 

Oui, je pense que c'est également une tromperie du consommateur. De plus, de nombreux aliments contiennent des vitamines, des enzymes, des colorants et d'autres additifs produits à l'aide du génie génétique. Les opposants aux OGM ont délibérément refusé de les étiqueter tous, car cela aurait entraîné l'apposition d'un avertissement sur les OGM sur pratiquement tous les produits alimentaires (ainsi que sur les détergents et les textiles, et même sur les billets de banque). Ils ont alors craint que cela ne conduise à un affaiblissement de ces mises en garde et, finalement, à l'acceptation du génie génétique. C'est pourquoi ils s'opposent aujourd'hui encore bec et ongles à une extension de l'étiquetage, en particulier à l'étiquetage des variétés obtenues par mutation, car le commerce bio aurait alors également un problème.

 

 

Le génie génétique rouge est accepté et loué, le génie génétique vert est le diable. Où est l'erreur dans la communication ? Est-il encore possible de changer cela ?

 

Si le génie génétique rouge est accepté, c'est parce que les gens s'inquiètent pour leur santé et font alors fi de certains risques, surtout lorsqu'il s'agit de risques qui ne sont que théoriques. A l'époque, Schröder a eu du flair. Il savait qu'il n'aurait pas été possible de faire comprendre à la population que l'Allemagne avait renoncé à des médicaments qui auraient pu sauver des vies, uniquement parce qu'ils avaient été produits par génie génétique. Dans le cas du génie génétique vert, ce sont les craintes liées aux risques imaginaires qui l'emportent, des risques dont on a persuadé la population. On parle de lait génétiquement modifié, de maïs Frankenstein, de monstres génétiques et on utilise des mots comme « manipulé », « contaminé » et « pollué ». En outre, il y a toujours ces images de seringues plantées dans des tomates, des épis de maïs et des pommes, des articles illustrés par des panneaux d'avertissement sur le danger biologique et des actions au cours desquelles Greenpeace marche dans les champs où a été cultivé du maïs génétiquement modifié en se protégeant intégralement avec un masque respiratoire. Si l'on aborde les gens au supermarché, beaucoup sont désormais convaincus que leurs aliments ne devraient pas être « contaminés » par des gènes, et ils sont totalement surpris d'apprendre que les fruits et légumes bio contiennent eux aussi des gènes. C'est pourquoi je n'ai pas été surpris de voir qu'en Allemagne, tant de gens avaient peur des vaccins contre la Covid-19, produits avec des ARNm et donc à l'aide du génie génétique. Est-ce que cela peut changer ? Ce n'est probablement possible que si les scientifiques – comme Christian Drosten à l'époque de la Covid-19 – expliquent patiemment, encore et encore, ce qu'il en est du génie génétique, des ciseaux génétiques et des autres méthodes de culture, non seulement en répondant patiemment à toutes les craintes et à toutes les peurs, mais aussi en s'opposant énergiquement aux fausses affirmations qui circulent.

 

 

Existe-t-il des exemples de croisements involontaires d'organismes génétiquement modifiés dans le monde ?

 

Il y a effectivement des exemples, surtout aux États-Unis. Cela a été observé sur le riz, la luzerne et le colza. Mais comme nous l'avons déjà décrit plus haut, toutes les variétés peuvent échanger des gènes avec d'autres variétés dans des champs voisins ou avec des plantes sauvages proches. Ce n'est pas une propriété spécifique au génie génétique ou aux ciseaux génétiques.

 

 

Ton évaluation personnelle : les nouvelles techniques de sélection pourront-elles être utilisées dans l'UE à l'avenir ?

 

Je suis prudemment optimiste, car je ne peux pas imaginer que l'UE veuille s'isoler à ce point sur le plan international. Les États-Unis, le Canada, le Japon, la Chine, de très nombreux pays émergents – tous autorisent ces nouvelles techniques de sélection sans grande hésitation. Même l'Afrique s'y ouvre. L'Europe préfère-t-elle vraiment se rallier à Poutine, Assad, Maduro et Kim Jong Un, qui diabolisent tous le génie génétique et les techniques modernes de sélection ? Beaucoup dépendra toutefois du comportement de vote de l'Allemagne. Et là, je ne vois aucun signe dans les ministères dirigés par les Verts et le SPD qu'ils se départiront de leur opposition fondamentaliste à toutes les nouvelles méthodes de sélection. Je suis étonné de l'ampleur de la méconnaissance, du degré d'ignorance et de l'occultation délibérée des résultats de la recherche et des faits, ainsi que des fausses déclarations parfois aventureuses dont ont fait preuve les ministres verts et rouges ces derniers jours. Je sais de certains ministres verts qu'ils voient les choses de manière plus nuancée, mais chez les Verts, l'opinion personnelle ne vaut rien. Un ministre vert, même s'il est en complet désaccord, doit défendre la ligne du parti. Et dans le cas des nouvelles techniques de sélection, la ligne du parti est « non, non et non ». Mon seul espoir est que le FDP reste ferme sur ce point et insiste au moins pour s'abstenir au conseil des ministres ou dans les commissions. Mais je suis sceptique quant au fait que le parti risque de briser la coalition sur cette question. Mon optimisme résiduel se fonde sur le fait que d'autres pays européens se sont déjà prononcés très fermement en faveur des nouvelles méthodes de sélection.

 

_________________

 

 

Source : Gentechnik: was man wissen sollte -Fragen an Ludger Weß - Bauer Willi

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