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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mexique – Mettons fin à l'incertitude et adoptons la technologie

12 Juin 2023 Publié dans #OGM, #Mexique, #Etats-Unis d'Amérique

Mexique – Mettons fin à l'incertitude et adoptons la technologie

 

Georgina Gutierrez, Réseau Mondial d'Agriculteurs*

 

 

Mes vaches laitières n'ont pas de bouton marche/arrêt.

 

Elles ont besoin d'un apport quotidien de nourriture dans le cadre d'un régime adapté qui leur fournit une excellente alimentation pour la santé et la productivité. Le maïs est l'une de leurs meilleures sources d'énergie. Ici, au Mexique, nous achetons des quantités importantes de maïs aux producteurs des États-Unis parce que mon pays n'a pas la capacité de produire tout le maïs dont les agriculteurs et les autres industries ont besoin.

 

C'est pourquoi l'interdiction des importations de maïs génétiquement modifié que mon gouvernement s'apprête à décréter est si destructrice : elle portera préjudice aux agriculteurs et aux consommateurs mexicains et nuira à nos relations avec notre plus grand et plus important partenaire commercial.

 

Le Mexique doit faire marche arrière et adopter les technologies et les échanges qui permettent à tous les Mexicains de prospérer.

 

Les États-Unis sont une puissance en matière de production de maïs. Au nord du Rio Grande, les agriculteurs en produisent d'énormes quantités, grâce à un climat idéal, à un sol riche et aux meilleures technologies du XXIe siècle. Ils récoltent bien plus de maïs que les Américains n'en ont besoin et en exportent environ un tiers.

 

C'est ainsi qu'un maïs de haute qualité et abordable devient disponible pour moi, au sud de la frontière, où nous ne pouvons en fait pas cultiver suffisamment de maïs pour répondre à nos besoins. L'année dernière, la production totale de maïs du Mexique a été inférieure de 38 % à la demande intérieure.

 

L'ironie de la chose, c'est qu'en dépit de ces déficits, les racines les plus profondes de cette culture se trouvent ici. Il y a quelque 10.000 ans, bien avant l'arrivée des Européens sur notre continent, les anciens Mexicains cultivaient une plante sauvage appelée téosinte. Bien que la téosinte existe toujours en tant qu'espèce, les agriculteurs mexicains ont utilisé des méthodes de sélection traditionnelles pour la transformer en quelque chose de nouveau. Chaque plante de maïs dans le monde a donc un héritage mexicain.

 

De nombreuses autres cultures et aliments populaires sont également originaires du Mexique : le chocolat, les tomates, les haricots, les cacahuètes, la gomme, les avocats, les papayes, les ananas, l'agave, les piments et les poivrons. Les herbes mexicaines qui sont aujourd'hui indispensables à la médecine moderne pourraient constituer une autre longue liste.

 

L'histoire du maïs au Mexique est une histoire d'innovation. Tout comme nos ancêtres ont transformé la téosinte en l'une des meilleures cultures au monde, nous voyons aujourd'hui la science moderne rendre le maïs encore plus fort, meilleur et plus durable, avec des variétés génétiquement modifiées capables de vaincre les mauvaises herbes et les parasites, deux des plus grands ennemis auxquels les agriculteurs aient jamais été confrontés.

 

Nous restons fidèles à notre héritage en acceptant ces innovations. Les rejeter, c'est trahir les hommes et les femmes qui, un jour, se sont penchés sur la téosinte et ont pensé qu'ils pouvaient l'améliorer.

 

Pourtant, le maïs reste inégalé dans la culture mexicaine, et nombreux sont ceux qui souhaitent le protéger. Si cela signifie que les espèces indigènes auront toujours un avenir, alors la protection est une bonne idée. Malheureusement, cette volonté de protection s'est transformée en un protectionnisme économique qui frappera tous les Mexicains dans leur portefeuille.

 

C'est ainsi que fonctionne la loi de l'offre et de la demande : si nous ne pouvons pas acheter de produits de cultures génétiquement modifiées aux États-Unis ou ailleurs, l'offre diminuera, ce qui nous obligera à payer plus cher pour tout. Les restaurants feront payer plus cher les tortillas, les éleveurs feront payer plus cher la viande de bœuf et je devrai faire payer plus cher le lait de mes vaches laitières.

 

Ce sont les Mexicains les plus pauvres qui souffriront le plus. À l'heure actuelle, environ 10 % des Mexicains n'ont pas accès à une nourriture suffisante. Selon une étude, si le gouvernement interdit le maïs génétiquement modifié, « ce pourcentage devrait doubler ou tripler dans les neuf États mexicains les plus pauvres, principalement dans le sud du pays ». Pour ces malheureux, les œufs deviendraient un « produit de luxe ». Près de 57.000 Mexicains perdront leur emploi.

 

L'interdiction viole également notre accord commercial avec les États-Unis et le Canada et crée une tension inutile à un moment où nous avons trop d'autres problèmes diplomatiques et de sécurité à régler, tels que les migrations et le trafic de drogue.

 

Et dans quel but ? Absolument rien. L'interdiction du maïs génétiquement modifié ne fera que nous nuire, sans nous aider en quoi que ce soit. Elle ne fait que servir les intérêts mal informés et dangereux d'idéologues antiscientifiques.

 

La bonne nouvelle, c'est que le gouvernement mexicain est peut-être en train de revenir à la raison, même si c'est lentement. En février, il a repoussé l'interdiction du maïs génétiquement modifié, qui devait entrer en vigueur en janvier 2024. Aujourd'hui, il n'y a pas de date limite – et si nous avons de la chance, il n'y en aura jamais.

 

Nous avons besoin de plus qu'une date reportée. Le Mexique doit faire volte-face et éliminer l'incertitude qui continue de semer la confusion et l'animosité – et annoncer, une fois pour toutes, que tous les types de maïs sont les bienvenus dans notre pays aujourd'hui comme ils l'étaient lorsque les agriculteurs, il y a bien longtemps, les ont découverts et ont commencé à les améliorer.

 

_______________

 

Georgina Gutierrez

 

Gina Gutierrez est Agvocate de proximité pour le Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network). Elle est une éleveuse de vaches laitières de cinquième génération de la région centrale du Mexique. En 2015, Gina a créé une page Facebook pour défendre la filière laitière. La Vida Lactea compte aujourd'hui près de 60.000 followers. Elle a obtenu une maîtrise en droit des sociétés. Elle écrit régulièrement pour les magazines Ganadero et Holstein de Mexico. En 2018, Gina a remporté le prix Kleckner du Global Farmer Network.

 

Source : Mexico – Let’s Stop the Uncertainty and Embrace Technology – Global Farmer Network

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